Le budget 2017-2018 fait grossir les rangs des opposants au gouvernement

Tenant compte des mécontentements qu’occasionne le budget 2017-2018, surtout au niveau de la diaspora, concernant l’impôt forfaitaire de 10 000 gourdes instauré dans le budget, la ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger, Stéphanie Auguste, a tenté de présenter des explications sur cet impôt, non sans des nuances. Stéphanie Auguste informe que la diaspora aura à payer cet impôt, seulement au moment de demander des services dans l’administration publique, comme le dédouanement d’une voiture ou de marchandises ou encore dans le cadre de transactions comme l’achat et la vente d’une maison ou d’un terrain. Mme Auguste a fait savoir qu’à travers cette disposition, le gouvernement cherche à protéger la diaspora contre les raquetteurs. Elle est allée bien plus loin que les dénonciateurs, en affirmant que ces derniers auraient fait savoir que les compatriotes de la diaspora auraient à payer cette somme, dès leur arrivée à l'aéroport. Et elle la dément aussitôt : «non c'est faux. Aucun citoyen n'aura à payer cette somme à son arrivée à l'aéroport, ni dans les consulats et ambassades d'Haïti à l'étranger pour bénéficier des services de l'État haïtien.» Toutefois, ceux qui s'en prennent à la mesure gouvernementale, dénoncent une imposition annuelle abusive. Pour sa part, le ministre de l’Économie et des Finances, Jude Alix Patrick Salomon, informe que l’impôt forfaitaire de 10 mille gourdes concerne non seulement la diaspora haïtienne, mais également les étrangers qui effectuent des transactions génératrices de revenu dans l’administration publique haïtienne. M. Salomon a indiqué qu’il revient à tous les citoyens de faire leur déclaration définitive d’impôt et que le but de cette décision du gouvernement est d’encourager le civisme fiscal. De son côté, le porte-parole de la Présidence, Lucien Jura, a expliqué que la taxe sera versée une fois par an. La nouvelle taxe sera collectée par la Direction Générale des Impôts (DGI), afin d'autoriser des transactions importantes telles que: l'acquisition de véhicules, de terrains et de maison. Elle ne touche que des personnes disposant de revenus, a laissé entendre M. Jura, faisant valoir que le chef de l'État est conscient de la participation de la diaspora dans l'économie. Alors que le brouillard semble se grossir sur le sort du projet de budget 2017-2018 décrié tantôt par des syndicats de tout bord, tantôt par des parlementaires qui crient au scandale, des pontes du Palais national déploient de grands moyens afin de faire franchir sans corvée, le dernier écueil : le grand Corps. La mèche a été vendue par le sénateur Jean Marie Salomon. « Il y a eu ce matin, une réunion entre le président de la République et 14 sénateurs », dégaine-t-il, croyant lancer une mise en garde contre « ceux qui sont en collusion avec le gouvernement pour continuer à torpiller le peuple ». Cette rencontre, justement, a été confirmée au Nouvelliste par plusieurs sénateurs. « Oui, la rencontre a eu lieu. Ce n’est pas un secret. J’y étais », confie Willot Joseph qui balaie tout doute sur les intentions du chef de l’État : « Jovenel Moïse voulait nous convaincre sur la nécessité de voter le budget dans les mêmes termes que la Chambre des députés. » Le sénateur Willot Joseph, qui n’est pas un pourfendeur du pouvoir Tèt kale, indique avoir laissé la rencontre sur fond de désaccords avec le président de la République. Et de lâcher « Le président n’est pas mon chef. J’ai un seul chef : le peuple haïtien ! » Le sénateur du Plateau Central, 2e secrétaire du grand Corps, soutient que le « budget sera modifié et retourné à la Chambre des députés ». Êtes-vous passé à l’opposition ? « Je supporte un pouvoir qui fait de bonnes choses. Mais pas un pouvoir ‘’k ap betize’’ », a martelé Willot Joseph, pas moins acide que Jean Marie Salomon. Pour sa part, le président du Sénat qualifie de discriminatoire, la disposition du projet de budget prévoyant la perception d'un impôt forfaitaire de 10 000 gourdes sur tous les Haïtiens résidant à l'étranger. Rappelant le caractère général de la loi, Youry Latortue estime que l'administration Moïse/Lafontant aurait mieux fait d'imposer cette décision à l'ensemble des Haïtiens ici ou ailleurs. Le Mouvement démocratique populaire (MODEP) appelle la population, notamment les classes populaires, les organisations conséquentes et les travailleurs haïtiens, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, à la vigilance, pour empêcher un vote favorable au projet de loi de finances 2017-2018, au Sénat de la République. « Le projet de budget 2017-2018, élaboré au détriment de la classe populaire et des travailleurs haïtiens de la diaspora, est criminel, » fustige le MODEP, dans une prise de position. Ce projet de budget 2017-2018 prévoit d’augmenter les taxes, impôts ainsi que les prix des services des contribuables, alors que la bourgeoisie continue de bénéficier des avantages prestigieux. Certaines grandes entreprises pourraient ne pas payer des taxes et impôts, selon le code d’investissement pris en faveur de la bourgeoisie, déplore le MODEP. Le prix du livret de passeport devrait passer de 1 600 à 6 000 gourdes. La matricule fiscale qui était à 250 gourdes, devrait passer à 1 000 gourdes, selon les dispositions du projet de loi de finances 2017-2018, souligne le MODEP, à titre d’exemples. Ce projet de loi de finances 2017-2018 envisage une augmentation exorbitante sur les prix d’affermage et de loyer des terres, alors que les potentats du pouvoir en place et la bourgeoisie continuent de déposséder les paysannes et paysans de leurs terres, critique le MODEP. 17% du budget, soit 25,32 milliards de gourdes seront alloués à la rubrique « autres interventions » (caisse occulte), alors que 5% - soit 7,2 milliards de gourdes attribués au Parlement - représentent une augmentation de 74%, par rapport au budget de l’exercice fiscal 2016-2017 du Parlement. En dépit des propagandes faites par le président Jovenel Moïse autour de l’agriculture, à travers le programme dit Caravane du Changement, seulement 6,9% (10 milliards de gourdes) sont alloués à l’agriculture. Alors que Moïse avait décrété l’État d’urgence en faveur de l’environnement, seulement 0,5% (757 millions de gourdes) du budget est attribué au ministère de l’Environnement. Le pouvoir judiciaire a une part de 0,8% (1,2 milliard de gourdes) dans le projet de budget 2017-2018. Le MODEP dit plaider en faveur de l’augmentation du budget de l’agriculture, de l’éducation, de la santé, des logements et de l’environnement, pour éviter d’enregistrer des pertes en vies humaines, lors des catastrophes naturelles.
Publier le : 10/09/2017   Auteur : Emmanuel Saintus

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