2 Novembre, 2005

November 2, 2005

2 Novanm, 2005
Vol. 23 No. 34
Et quel bilan pour la répression?

Ce combat contre l’insécurité n’est qu’un passe-temps, car le véritable consensus entre les autorités de facto, leurs tuteurs et leurs troupes, c’est-à-dire la PNH et la Minustah, c’est l’élimination des «chimères», les trop nombreux «jetables»

La Police nationale (PNH) se félicitait, comme de coutume, et une fois encore le 26 octobre, de l’arrestation d’une «centaine de bandits» au cours des derniers jours dans la région métropolitaine, lors de la conférence de presse hebdomadaire, de son porte-parole Frantz Lerebours; «27 à Pétionville, disait ce dernier, 23 à Port-au-Prince, 16 à Carrefour, 14 à Croix-des-Bouquets, 19 à Delmas et 1 à Tabarre.» Puis il donnait en les plaçant par groupe les motifs de ces interpellations: «24 pour association de malfaiteurs, 28 pour vol simple, 5 pour atteinte à la pudeur, 2 pour enlèvement, 12 pour voies de fait, 2 pour meurtres et assassinats, 1 pour homicide, 4 pour avoir troublé l’ordre public, 2 pour détention illégale d’armes à feu, 5 pour abus de confiance (!), un autre pour viol, 4 pour tentative d’assassinat, un autre pour vol de véhicule, un pour usage de stupéfiants, un pour violation de domicile, 4 pou menace de mort…», etc., etc. Lerebours a donc un catalogue très volumineux pour classer ses prisonniers et les inclassables, qui pourraient être des prisonniers politiques, doivent certainement y trouver leur case sans être identifiés comme tels, car cette rubrique n’existe point pour lui, même si dans ses geôles moisissent plus d’un millier.

Après avoir énuméré d’autres cas particuliers, il en venait à la collaboration de la PNH avec la Police dominicaine, commentant l’arrestation à Pétionville de deux citoyens dominicains «impliqués» dans un meurtre dans leur pays.

Quant à l’un des problèmes les plus préoccupants pour la population, en l’occurrence les kidnappings, suivant l’appréciation du porte-parole, ils seraient en baisse: «Normalement par rapport à la semaine dernière, leur nombre a diminué de moitié. Nous en avons enregistré environ une dizaine: 4 à Delmas, 5 à Port-au-Prince, 2 à Carrefour», disait-il. Une baisse, cependant, pour la semaine en question et qui ne saurait indiquer que la semaine prochaine on pourrait en compter davantage. Il le reconnaissait d’une certaine façon, en passant par une explication plus savante, déclarant: qu’en donnant un chiffre précis, «cela pourrait avoir des répercussions sur le mental collectif… (Mais) nous pensons que la police est en voie de réduire et ensuite d’éradiquer, s’il le faut, le problème du kidnapping». Ce ne serait donc qu’une question de patience, une longue patience…

Mais mis à part les «réussites» que nous révèle Lerebours quant aux efforts actuels et aux promesses de son institution, il est évidemment certains aspects qu’il se garde bien de traiter. Ainsi, à Martissant, une jeune mère de 23 ans, Magide Cadet, a été assassinée de plusieurs balles par des individus qui ont pénétré par effraction dans sa maison dans la nuit du 22 octobre. D’après les voisins, Magide Cadet a été tuée par un groupe de bandits dirigé par un dénommé «Roi Robenson» qui travaille avec la Minustah. Ils ont signalé que ces bandits ont l’habitude d’opérer dans la localité. Le fils de la victime, un enfant âgé de deux ans, a été blessé de deux balles.

Parallèlement, quatre marchandes ont été tuées et six autres portées disparues à la suite d’un incendie criminel sur le warf Jérémie, à Port-au-Prince.

Entre-temps, le vice-délégué de Jacmel, Zidor Fednel, a pointé du doigt un groupe de policiers de la région, pour des vols. Lors d’un point de presse, Zidor Fednel, qui a appelé les autorités de facto à prendre des mesures contre les coupables, a signalé que des patrouilles policières de Jacmel opérant habituellement de nuit ont dépouillé les frères Alexis, originaires de Belle-Anse, d’une somme de plus de un million cinq cent mille gourdes, somme versée à Antonio Alexis pour sa participation avec deux complices italiens dans le braquage d’une banque en République dominicaine, et indiqué que l’état-major du Sud-Est s’est contenté de transférer ces policiers dans d’autres communes de la région.

A Petit-Goâve, quinze détenus se sont récemment évadés de la prison du sous-commissariat. Trois ont été repris, selon le commissaire de police Rony Sinéac qui en même temps se réjouissait de l’assassinat de Jean Dady Ostiné dit «Ti Kenley», tué par des Casques bleus. Il a indiqué que la victime était recherchée par la police et qu’un mandat avait été émis contre lui, ce qui n’explique pas cependant son exécution par la Minustah. Mais le commissaire Sinéac prononçait sentencieusement: «Ceux qui sèment le vent récoltent la tempête.»

Une «tempête» qui n’en finit pas de frapper surtout la population des quartiers populaires, comme vient encore de le dénoncer un responsable d’une cellule de base de Fanmi Lavalas à Cité Soleil, René Momplaisir qui pourtant a accepté de collaborer à la promotion des élections/sélections, en appuyant le candidat René Préval. Au cours d’une conférence de presse, Momplaisir a dénoncé le meurtre de nombreuses personnes à Cité Soleil, victimes des interventions de la Minustah qui poursuit ses opérations criminelles.

Une situation que dénonçait un ancien juge de la Cour de cassation, Irvelt Fanfan, responsable de l’OMDD, qui signalait la violation systématique des droits fondamentaux à une plus grande échelle par les autorités de facto, telle que les arrestations, arbitraires et les abus des agents de la PNH à la solde du gouvernement de facto.

Mais on en revient toujours aux élections, et même si la population continue à vivre au rythme des kidnappings et des crimes de toutes sortes, le plus important pour le directeur général de la PNH Mario Andresol serait de garantir la sécurité de ces élections, sans toutefois indiquer quels moyens il comptait prendre.

Mais comme on peut le constater, chaque semaine c’est le même refrain, quasiment le même bilan que présente le porte-parole de la PNH, qui n’en finit pas d’énumérer les multiples arrestations effectuées. À ce rythme tout le monde sera sous les verrous et l’insécurité sera encore d’actualité. En fait, ce combat contre l’insécurité n’est qu’un passe-temps, car le véritable consensus entre les autorités de facto, leurs tuteurs et leurs troupes, c’est-à-dire la PNH et la Minustah, c’est l’élimination des «chimères», les trop nombreux «jetables» à qui le néolibéralisme n’a jamais rien offert ni n’a rien à offrir, et qui le savent bien et sont prêts à y résister le temps nécessaire. Plus de 10 mille d’entre eux ont déjà été assassinés depuis le coup d’État du 29 février 2004, et pourtant la répression qui les prend comme cibles sous prétexte de l’insécurité n’a point diminué tandis que cette insécurité proprement dite perdure.