6 Avril, 2005

April 6, 2005

6 Avril, 2005
Vol. 23 No. 4
Insécurité: Quel rôle joue la Minustah?

Le commandant de la Minustah, le général Augusto Heleno Ribeiro Pereira (au centre) « Il s’agit d’actions de déstabilisation des autorités du pays. »

L’insécurité n’a fait qu’augmenter considérablement particulièrement à Port-au-Prince et ses banlieues, en dépit de l’imposante présence des blindés de la Minustah dans les rues. Ces casques bleus de l’ONU qui sont censés se trouver dans le pays pour ramener la paix et la stabilité, et à quelques mois des éventuelles élections générales, n’ont pas fait grand-chose pour corriger cette situation. Au contraire, avec leurs assauts continuels contre les quartiers défavorisés, ils ont contribué en bonne partie à l’exacerbation de ce climat.

Les chefs politiques en attente de ces élections pour se placer dans les couloirs du pouvoir sont particulièrement nerveux. Par exemple, le leader de Génération 2004, Claude Roumain, a manifesté son découragement devant l’ampleur du problème et l’inaction du gouvernement de facto, déclarant: «C’est une situation vraiment préoccupante, inquiétante non seulement pour la population en général mais surtout pour ceux qui comptent s’engager dans le processus électoral. Il devient presque ridicule d’exhorter les autorités gouvernementales à prendre leurs responsabilités. Nous ne le leur avons que trop demandé. Le gouvernement, la police, la Minustah se doivent d’agir. Nous ne cessons de le répéter.»

Le dirigeant du PPRH, Daniel Supplice, s’est interrogé quant à lui sur la capacité du gouvernement de facto de remédier à ces problèmes et signalé l’absence de dispositions sécuritaires pour protéger le local du Conseil électoral provisoire (CEP), disant: «Il y a eu une première attaque perpétrée contre le CEP, j’avais alors entendu le gouvernement et les membres de la Minustah déclarer publiquement qu’ils allaient renforcer la sécurité autour des locaux du CEP, or ce matin (29 mars) des gens ont mitraillé à nouveau le CEP. Cette situation met en jeu la capacité des autorités de répondre à leurs responsabilités relatives à la sécurité publique… Il y a des quartiers à Port-au-Prince où on ne peut se permettre de se rendre sans risquer d’être victime. Je pense qu’il est anormal de vivre dans cette situation. Donc le gouvernement doit agir rapidement sinon on se demande à quoi il sert.» Justement!

Pour sa part, le numéro 2 du Groupe des «184», Charles Henry Baker, a lancé: «L’insécurité avance à grande vitesse et jusqu’à présent le gouvernement n’a pris aucune mesure concrète pour la contrecarrer. Il est clair que si les faiseurs de désordre ne trouvent rien en face d’eux, ils poursuivront dans cette voie. Nous n’avons de cesse de donner nos suggestions au gouvernement, mais nous avons l’impression qu’il ne prend pas au sérieux cette situation.» Pourtant Baker et son numéro 1 André Apaid ont été aux premières loges pour l’installation de ce régime putschiste. Si on ne prend plus ses suggestions au sérieux, il devrait commencer à se poser des questions.

Nous avions précédemment parlé de l’insécurité au cours du mois de mars, mais cette «tendance» n’a fait que s’accentuer au cours des quatre derniers jours de ce même mois et le 1er avril, qui ont amené nombre d’autres cas, ne serait-ce seulement que parmi les plus médiatisés.

Le 28 mars, le maire de facto de Carrefour, au sud de la capitale, Gérard Mathieu, a échappé de justesse à un attentat. Son agent de sécurité, un policier, a été atteint par un projectile à la jambe. C’est ce même jour la responsable du RDNP, Myrlande Hyppolite Manigat affirmait s’être fait voler sa voiture par un groupe de jeunes alors qu’elle regagnait sa résidence. Dans la soirée du 28 mars, un individu a agressé le père Gérard Jean-Juste dans le presbytère de la paroisse Sainte-Claire de Petite Place Cazeau. Ce dernier y a vu là un acte d’intimidation qui visait à l’empêcher de participer à la manifestation qui devait se dérouler le lendemain.

Le 30 mars, le docteur Michel Théard, un cardiologue, a été enlevé en plein jour dans sa clinique à l’avenue Charles Summers. Ses ravisseurs ont volé le véhicule d’un patient pour partir. Dans la soirée, ce sont des Casques bleus postés devant l’entrée du quartier général de la Minustah à Bourdon, qui ont été pris pour cible. Il n’y a pas eu de victime. Le commandant de la Minustah, le général Augusto Heleno Ribeiro Pereira, a déclaré le lendemain: «Il s’agit d’actions de déstabilisation des autorités du pays.». Si ce n’était que cela!

Mais l’événement qui a surtout donné lieu à bien des interrogations, c’est le meurtre du redoutable chef de gang Thomas Robenson dit Labanyè qui avait été recruté par le décideur politique du jour, André Apaid, chef du Groupe des «184». Charles Henry Baker du Groupe des «184», second d’André Apaid, jugeant que Labanyè avait été «un leader naturel» (à son service!) a réclamé l’arrestation de l’allié des ex-militaires, Joseph Anthony alias Grenn Sonnen, chef d’un autre gang.

Ajouté à cela, le lendemain, l’irruption des blindés de la Minustah à Cité Soleil en compagnie de nombreux policiers haïtiens créait davantage de tension. Au moins une personne a été tuée au cours depuis le début de cette opération qui doit être de longue durée d’après le porte-parole de la Minustah, Damien Onsès Cardona. Il est permis en l’occurrence de faire le rapprochement avec la déclaration de l’ambassadeur des Etats-Unis James Foley spéculant sur une prétendue «alliance» des ex-militaires avec des secteurs armés de Lavalas. Ce qui peut être considéré comme un ordre passé à la Minustah de profiter des circonstances pour accentuer la répression contre les quartiers défavorisés considérés à juste titre comme des bastions de Fanmi Lavalas et de la résistance populaire à l’occupation. Une façon aussi pour le proconsul Foley de faire comprendre à la Minustah encore plus clairement d’alléger la pression contre les ex-militaires, car le véritable ennemi pour lui, c’est le peuple qui revendique le retour à l’ordre constitutionnel.

La journée du 1er avril aura aussi été ponctuée par des tirs dans différents quartiers de Cité Soleil, particulièrement dans le quartier de Boston, avec la présence des Casques bleus.