2 Fevrier, 2005

February 2, 2005

2 Fevrye, 2005
Vol. 22 No. 47
Corruption tous azimuts!


Le ministre de facto de la Justice Bernard Gousse ( à gauche) et le premier ministre de facto Gérard Latortue. On n’en finirait pas d’énumérer rien que les cas connus du grand public de malversations, de népotisme, de vols qualifiés et autres forfaits du même genre depuis leur installation en mars 2004

Alors que le ministre de facto de la Justice, Bernard Gousse, requiert une investigation pour corruption contre le président Jean-Bertrand Aristide et vingt-huit autres personnalités du gouvernement Lavalas, son gouvernement et toute la clique qu’il a installée, de haut en bas de l’échelle, remportent pourtant la palme.

On n’en finirait pas d’énumérer rien que les cas connus du grand public de malversations, de népotisme, de vols qualifiés et autres forfaits du même genre depuis leur installation en mars 2004. Puisqu’on a dit de haut en bas, il n’y qu’à commencer par le président de facto lui-même, Boniface Alexandre, et les faveurs qu’il prodiguait aux dépens de l’État à son fils en Suisse (voir Haïti-Progrès, Vol 22 No 41, 22-28 déc. 2004: «Le poisson pourrit par la tête…»). Et à sa suite, le Premier ministre de facto, Gérard Latortue, n’a-t-il pas été obligé, d’une certaine façon, de se chercher des boucs émissaires au sein même de son cabinet particulier dans le récent scandale de riz, dans lequel est directement impliqué entre autres le maire adjoint de facto de Port-au-Prince, Jean Philippe Sassine (voir Haïti-Progrès vol 22 #46).

Comme nous l’avons rapporté la semaine dernière, Gérard Latortue a voulu se défendre d’avoir «trempé dans le riz», en procédant à la mise en disponibilité de son chef de cabinet, Raymond Lafontant Junior et à la révocation de son-porte parole, Mike Joseph. Mais de son côté Raymond Lafontant n’a pas voulu porter le bât tout seul et a protesté contre l’attitude de Latortue, déclarant dans une mise au point le 24 janvier: «Je suis intervenu auprès de la direction de Food for the Poor pour recommander une aide à cette initiative (projet de distribution de nourriture dans certains quartiers défavorisés de la capitale à l’occasion des fêtes de fin d’année). Je n’ai pas agi en cachette, ni signé de lettre pour le Premier ministre à son insu. J’ai agi comme directeur du cabinet d’un Premier ministre. Je ne vois aucune irrégularité administrative dans ma démarche: d’une part, la requête de M Sassine était officielle, formulée sur papier à en-tête de la mairie, d’autre part, il existe des précédents connus où le bureau du Premier ministre traite directement avec des assesseurs communaux ou avec des vice-délégués départementaux et autres autorités administratives.» Donc, loin de s’innocenter en renvoyant ses subordonnés, Latortue ne fait que manifester davantage son implication dans cette affaire et dans d’autres.

Et les culpabilités ne font que se confirmer. En effet, deux jours après, c’est Jean Philippe Sassine, le «distributeur» du riz qui a été limogé par arrêté présidentiel pour être remplacé par Silméus Dorcéant. Carline Simon conserve son poste de maire principal et Yannick Mézile, celui d’assesseur. Et Carline Simon ne se gênait même pas la semaine dernière, sur les ondes de la station Vision 2000, pour mettre Latortue au défi de la révoquer. Elle en saurait trop et pourrait en déballer davantage sur le dos de Latortue?

Un simulacre d’enquête a été institué par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) dirigée par Amos Durosier. Le 24 janvier, ses membres ont rencontré Gérard Latortue, les conseillers municipaux et la direction de l’ONG Food for the Poor qui gère le riz remis comme don par Taiwan à l’Etat haïtien. Durosier a promis de publier sous peu les résultats des investigations ou mieux, aurait-il pu préciser, de ses cogitations. En effet, car il anticipait déjà en déclarant n’avoir rien relevé qui pourrait laisser croire qu’il y aurait eu effectivement de la corruption dans le dossier du riz. Autant dire que l’enquête était achevée avant d’avoir commencé. Et pourquoi donc toutes ces révocations si tout ce monde a les mains «blanches de riz»?

Dans une intervention, le directeur exécutif de l’Initiative citoyenne (IC), Rosny Desroches, pourtant un proche du régime de facto, s’est déclaré déçu que des mauvaises pratiques dénoncées contre le régime Lavalas soient de mise actuellement: «A côté de tous les aspects négatifs, je dirais même presque dégoûtants, de ce que nous avons entendu, on peut comprendre notre déception au sujet des gabegies administratives qui existaient sous Lavalas et qui se poursuivent actuellement, que ce soit au niveau de la primature ou au niveau des mairies.» Il ne saurait être plus direct, même si pour se dédouaner il a cru devoir accuser le gouvernement Lavalas.

Car on n’a jamais rien vu de pareil avant ce gouvernement de facto. Ce serait même à donner des complexes aux gens du régime des Duvalier, à la différence qu’il y a moins d’argent disponible à présent. Mais n’empêche, cela ressemble à un sauve-qui-peut, comme si pour le peu de temps qu’ils espèrent faire au pouvoir, les membres et proches du gouvernement de facto voulaient se dépêcher de piller le peu qu’il y a. Ne voit-on pas maintenant que les membres de la bourgeoisie délaisser leurs propres business pour se ruer sur des postes de fonctionnaires!

En effet, c’est la gabegie partout dans l’administration Alexandre-Latortue, et dans les mairies aussi, les maires ne demandent pas mieux que de suivre l’exemple. Outre celle de la capitale, on enregistre les mêmes pratiques à Delmas, Miragoâne, Cayes-Jacmel, Petit-Goâve, etc. Pour la municipalité de Delmas, par exemple, le maire principal de facto, Prisca Jean Vilfort a été accusé par son assesseur Oreste Julien d’avoir reçu sa part de riz dans le stock des quinze containers accordés à Jean Philippe Sassine qui a provoqué le scandale dans la mairie de Port-au-Prince. La commission communale de Cayes-Jacmel a fait sa part de scandale au moins pour une somme de 500 mille gourdes présumément détournée par la mairesse adjointe Mme Jacques Daphné. Les habitants de la Croix-des-Bouquets dénonçaient de leur côté l’administration communale de cette municipalité, qui concède à des prix très élevés aux commerçants et petits détaillants les espaces nécessaires à l’installation dans les marchés publics. A Miragoâne, la gestion de la commission municipale est mise en cause par certaines organisations de la «société civile», qui font état de la vente illégale de certains matériels de l’ancienne usine de bauxite de la Reynolds située à Paillant.

Faudrait-il continuer à énumérer? Il est presque impossible de tout recenser, car à part de chercher des moyens de profiter de leurs postes pour s’enrichir aux dépens de l’État et de la population, on ne voit pas ce que les membres de ce régime de facto font d’autre. Et même leurs acolytes et complices ne sauraient dire le contraire, comme en témoignent Rosny Desroches et tant d’autres. Et comment conclure sans rappeler les différents épisodes de ce genre qui ont agité le Conseil électoral provisoire (CEP) depuis sa formation, jusqu’à provoquer la démission de sa présidente! Et les nombreuses «commissions» que met sur pied, à n’en plus finir, pour un oui et pour un non, Gérard Latortue, pour offrir des sinécures à tous les acteurs qui auront participé à la déstabilisation du gouvernement constitutionnel! En effet comment expliquer que le porte-parole de l’OPL, Paul Denis, ennemi acharné du gouvernement Lavalas, et nullement juriste, ait été justement choisi pour présider une «commission» visant à rassembler les preuves de corruption contre ce même gouvernement Lavalas!