 |
 |
|
11 septembre 2004 manifestation Lavalas pour le retour du président Aristide : La bourgeoisie traditionnelle et les grands dons ou secteur macoute, sont alarmés par la popularité manifeste de Préval, qui surpasse de loin n'importe lequel des 34 autres candidats. Cette popularité provient de la perception de proximité entre Préval et le président exilé Jean Bertrand Aristide, un rapprochement que même Préval admet qu'il est exagéré…
|
|
Le peuple devrait-il sortir et voter en faveur du candidat à la présidence de la coalition Lespwa de René Préval, ou devrait-il boycotter les élections du régime de facto programmées pour le 7 février 2006?Cette question crée la confusion dans l'esprit du peuple haïtien et divise les forces qui luttent contre le coup d'Etat du 29 février 2004 qui a renversé le gouvernement constitutionnel d'Haïti.
La confusion est devenue beaucoup plus évidente, ces jours-ci, avec la division qui s'est installée au sein de la coalition de facto qui avait appuyé le renversement d'Aristide. D'une part, Washington et les forces d'occupation à sa solde qui veulent que les élections se tiennent le 7 février, dans n'importe quelles conditions, pour qu'ils puissent " finaliser " le coup d'Etat et remplacer le très impopulaire, répressif et corrompu régime de facto de Gérard Latortue. Ils peuvent même être prêts à accepter une victoire de René Préval, qui représente la bourgeoisie haïtienne "éclairée", en dépit des réserves que pourront avoir quelques secteurs réactionnaires à Washington.
D'autre part, les représentants des deux groupes dominants en Haïti, la bourgeoisie traditionnelle et les grands dons ou secteur macoute, sont alarmés par la popularité manifeste de Préval, qui surpasse de loin n'importe lequel des 34 autres candidats. Cette popularité provient de la perception de proximité entre Préval et le président exilé Jean-Bertrand Aristide, un rapprochement que même Préval admet qu'il est exagéré. Les politiciens macoutes et bourgeois, et dirigeants de ladite "société civile" ont commencé à dénoncer et à s'opposer aux élections, voyant la possibilité que leurs propres candidats seront défaits .
Alors que les groupes dominants commencent à appeler au boycott des élections et font même allusion à une interruption du processus, des secteurs des masses haïtiennes se rallient davantage à la candidature de Préval. Ces masses espèrent qu'ils peuvent rééditer la victoire électorale du 16 décembre 1990, quand le candidat inconnu jusqu'à la dernière minute, le père Jean-Bertrand Aristide avait remporté haut la main ces élections.
Mais les circonstances entourant les élections de 1990 diffèrent complètement de celles de 2006, et les références à la candidature de Préval doivent être clarifiées.
Pour commencer, en 2006, les élections se tiennent sous un régime de coup d'Etat et une occupation militaire étrangère, avec les dirigeants de facto et les autorités d'occupation qui contrôlent et financent entièrement les élections. Ce ne fut pas le cas en 1990.
Suivant le scénario d'aujourd'hui, les élections du 7 février offrent seulement trois issues possibles et elles sont toutes de mauvais augure: .
1) Un massacre: il est très possible que quels que soient les avertissements de Washington, la bourgeoisie et les macoutes envoient leurs sbires armés massacrer les électeurs le 7 février s'ils réalisent que Préval peut gagner. C'est ce qui se passa le 29 novembre 1987 quand les macoutes craignirent une victoire du candidat de la bourgeoisie Gérard Gourgue. Les macoutes et les soldats ont mitraillé et mutilé des centaines d'électeurs à mort. .
2) Une sélection: En dépit de la popularité évidente de Préval parmi les masses, il est encore possible que les secteurs qui contrôlent les élections, de plusieurs façons, se démêlent pour qu'un autre candidat soit élu. L'administration Bush ne se laisse pas influencer ordinairement par l'opinion publique et est prête à cautionner des fraudes électorales éhontées, commises par ceux-là mêmes qu'elle a placés au pouvoir. .
Aussi, les autorités électorales de facto ont déjà réduit le nombre de centres de vote dans les quartiers populaires, ce qui pourrait être une excuse ou une bonne façon de réduire les voix en faveur de Préval. Les autorités d'occupation et de facto auront également le plein contrôle sur les manipulations informatiques et le décompte de ces bulletins. D'ailleurs n'a-t-on pas entendu, par exemple, l'ambassadeur canadien Claude Boucher, l'un des parrains des autortiés de facto, reprendre impudemment sur les ondes d'une station communautaire de Montréal que "la distance ne saurait constituer un problème… pour 3 ou 4 km…Les gens font plus de distance pour aller à la plage… Il n'y a pas de volonté de manipulation, mais seulement un travail qui se fait par ordinateur." (CKUT, 21-01-06). Alors que l'on sait que ce sont justement ces ordinateurs qui se prêtent à la fraude et qu'il n'est pas coutume de voir les démunis de Cité Soleil prendre leur voiture pour se rendre à la plage! .
3) Préval, une marionnette potentielle: même si aucun de ces scénarios ne se réalise, et que René Préval gagne ces élections, il ne pourra pas instaurer un programme populaire, même s'il le voulait. Il présiderait sous l'auspice de l'occupation militaire étrangère. L'acceptation massive de cette victoire serait synonyme d'une légitimisation du coup d'Etat de 2004. .
Dans des circonstances beaucoup plus faciles, Préval a déjà révélé durant son administration de 1996 à 2000 qu'il était prêt à se complaire avec l'agenda impérialiste, en privatisant les entreprises d'Etat comme la Minoterie et le Ciment d'Haïti, signant des traités pour permettre aux militaires des Etats-Unis d'entrer dans les eaux et l'espace aérien haïtiens et réprimant une protestation anti-néolibérale, de même qu'en réduisant drastiquement les droits de douane pour faciliter le dumping du riz des Etats-Unis sur le marché local. .
Par ailleurs, les ingénieurs de l'élection peuvent permettre à Préval de gagner la présidence, pendant qu'ils s'assurent que la course aux législatives soit remportée par une "majorité" moins "conflictuelle". Le Premier ministre haïtien, lequel détient tous les pouvoirs exécutifs, est issu du parti majoritaire au Parlement, comme on le sait bien et Préval le premier! .
Pour toutes ces raisons, il est clair que n'importe quelle candidature de Préval est vouée à l'échec/échec/échec. C'est un mirage, un piège, qui peut seulement conduire le peuple à légitimiser le coup d'Etat et l'occupation. La répression et la réforme néo-libérale vont continuer. Il est clair que Préval ne peut être qu'un otage ou un collaborateur du régime d'occupation de Washington. .
Bien que la candidature de Préval soit sponsorisée par les Partis Louvri Baryè et Korega, beaucoup de membres du parti Fanmi Lavalas d'Aristide rejoignent par opportunisme la campagne de Préval dans l'espoir d'accaparer quelques postes publics. .
Entre-temps, le leadership du parti Fanmi Lavalas continue de dire qu'aucune élection libre ne peut-être tenue jusqu'à ce que les milliers de prisonniers politiques Lavalas soient libérés, les exilés politiques Lavalas, incluant le président Aristide, autorisés à revenir au pays et un dialogue national instauré. En plus des ces conditions, le Parti populaire national (PPN) dit qu'aucune élection ne peut être tenue sous les auspices d'une occupation militaire étrangère, qui est contraire à la fois aux lois haïtiennes et internationales. .
Pour toutes ces raisons, les électeurs haïtiens doivent boycotter les élections du 7 février, et ne pas se leurrer par l'illusion que la candidature de René Préval peut résoudre leurs problèmes. Si l'impérialisme choisit de ne pas s'opposer à sa candidature, ils l'utiliseront uniquement pour finalement gagner la légitimité qu'ils n'ont jamais pu avoir, même par exemple auprès de la Caricom, malgré les pressions exercées par Washington sur les petits pays de la Caraïbe...