Il y a trois semaines, nous nous interrogions: «République dominicaine: Base de lancement d'une intervention?» (Haïti-Progrès, Vol 20 No 38, 4-12-02) Cela n'a fait que se confirmer. Depuis quelques semaines en effet, un groupe d'hommes lourdement armés, estimé selon AHP (Agence Haïtienne de Presse) à une cinquantaine, et commandés par présumément par l'ex-militaire haïtien André Billy, portant des cagoules à longueur de journée, ont investi la zone de Pernal, localité située près de la ville de Belladère dans le Plateau Central pour y installer leur «base». En provenance probablement de la République dominicaine qui, depuis les attaques contre des commissariats et le Palais national les 28 juillet et 17 décembre 2001, continue à constituer une base arrière du bras armé de l'«opposition», ces individus se réclamant des anciennes Forces armées d'Haïti (FADH) ont hissé le drapeau noir et rouge, symbole de la dictature duvaliériste et ont révélé, au cours d'une conférence de presse le 19 décembre, leur dessein de renverser le président Jean Bertrand Aristide.
Confirmant par cette action la thèse de l'alliance scellée entre les macoutes et la bourgeoisie contre le régime Lavalas, ces individus disaient être venus au pays pour ameuter les anciens militaires et autres «sympathisants» dans le but de mettre un terme à l'administration d'Aristide : «Tout comme les anciens militaires, les lavalassiens souffrent mais il ne sont pas conscients de leur responsabilité et se croient obligés de subir Aristide. En ce sens, nous demandons à tous les militaires et à nos partisans de se réveiller, car nous sommes venus provoquer la dégringolade d'Aristide...» déclarait l'un des terroristes, parmi lesquels se retrouveraient «possiblement quelques Dominicains qui collaboreraient contre rémunération avec ces groupes d'opposants haïtiens au gouvernement d'Aristide», déclarait une source militaire dominicaine citée par le journal El Nacional du 13 décembre dernier.
Pour le secrétaire d'Etat à la Communication, Mario Dupuy, la présence de ces hommes sur le territoire rentre dans le cadre de la dynamique de la déstabilisation de certains secteurs dont la violence par les armes constitue la seule stratégie offensive contre le pouvoir en place. D'ailleurs, disait-il, il s'agit des mêmes individus qui, le 10 décembre dernier avaient effectué un raid armé contre le commissariat de Lascahobas tuant quatre personnes. «Des informations qui nous sont parvenues indiquent qu'un groupe de terroristes lourdement armés s'est réfugié à Pernal dans le Plateau Central semant la terreur parmi la population. Selon ces informations, c'est le même groupe qui avait participé à l'attaque du commissariat à Lascahobas et qui auparavant avait tué le juge de Belladère Christophe Lozama. L'on se souvient qu'à l'issue de l'attaque du commissariat ils avaient libéré quatre prisonniers dont deux étaient inculpés dans le cadre de l'assassinat du juge Lozama. Ce faisant, ils ont voulu retarder l'enquête afin de ne pas remonter la filière aux auteurs intellectuels de ces actes de violence » déclarait Mario Dupuy qui en profitait pour indiquer que le fait de hisser le drapeau noir et rouge ne relève pas d'un simple symbolisme fictif, il s'inscrit dans le cadre de la visée de certains secteurs de prendre le pouvoir avec l'appui des anciens membres des forces militaires : «Certains secteurs ne veulent pas admettre que c'est à la population de choisir ses dirigeants... le pays ne peut cependant pas revenir au dur régime de Fort-Dimanche, ni au drapeau noir et rouge.»
De son côté, Evans Paul, dirigeant du KID et porte-parole de la Convergence, rejetant l'idée que l'opposition pourrait être de connivence avec le groupe armé du Plateau Central, a prétendu que la Convergence a toujours mené une lutte pacifique contre le régime Lavalas: «Concernant le groupe militaire qui a pris les armes, nous devons préciser qu'au niveau de la Convergence nous sommes des pacifiques et nous n'avons jamais privilégié la stratégie des armes. Nous ne sommes donc pas associés à ce groupe armé... » Même s'il n'est pas à la tête des terroristes, l'IRI, au cours de son séjour en République dominicaine l'aura certainement mis au courant de cette phase militaire de la déstabilisation?
Dans le cadre des dispositions des autorités gouvernementales visant à remédier à la situation créée par la présence de ces ex-militaires dans cette zone, des forces spéciales de la Police nationale y ont été dépêchées, le 22 décembre. Ces dernières, arrivées en hélicoptère, ont largué des grenades sur le campement provoquant ainsi la débandade pour le moment des bandits qui auraient regagné leurs bases en République dominicaine..
Par ailleurs il est curieux de constater que malgré la cinquantaine d'avant-postes militaires que maintient l'Armée dominicaine le long des 350 kilomètres de frontière, soit un poste aux six kilomètres, un de ses membres indiquait qu'ils n'arrivaient pas à localiser ce groupe de bandits!
En tout cas les forces déstabilisatrices ne comptent pas abandonner leurs menées même pendant la période de fin d'année. En effet, des bombes artisanales ont été retrouvées le 21 décembre au centre-ville, qui peuvent semer la panique surtout au cours de cette période. Des engins explosifs, au nombre de sept, ont été toutefois désamorcés par des policiers, Le dimanche 22 décembre, une grenade à fragmentation a également été désamorcée dans la zone de Nazon à Port-au-Prince.
On peut remarquer en outre que ces terroristes ne comptaient point parvenir à renverser le gouvernement, et cette action visait à créer certaines conditions pour faciliter la tâche et servir de prétexte à la «communauté internationale». Et il n'est pas sans intérêt d'observer, comme nous l'avons montré, avec quelle facilité ces groupes armés vont et viennent des deux côtés de la frontière. Et c'est encore la presse dominicaine, en l'occurrence le quotidien El Nacional qui rapportait le 22 décembre, se référant à des sources militaires que «les Forces armées dominicaines ont des militaires prêts à entrer en action pour préserver et garantir le contrôle de la frontière dans cette zone si les événements politiques s'aggravent en Haïti... »