|
La provocation franchit une autre étape
La manifestation programmée pour ce mardi 3 décembre par les éléments de l'alliance macouto-bourgeoise, qui ont grossièrement tenté de tirer profit du premier anniversaire de la mort du journaliste Brignol Lindor, n'aura été qu'un échec cuisant en dépit de la campagne de mobilisation soigneusement entretenue par un secteur de la presse pour persuader la population de venir grossir les rangs de ces adeptes de l' "option zéro". En effet, il n'y avait qu'une cinquantaine de personnes à se présenter sur la Place d'Italie au Bicentenaire pour répondre à l'appel de ces individus dont les leaders ne se sont même pas présentés en une si "importante" occasion, même pas leur nouveau chef, l'ex-militaire duvaliériste putschiste Himmler Rébu. Sans l'intervention des agents de la Police nationale, la situation aurait pu mal tourner au moment où quelques milliers de partisans du régime Lavalas ont investi, aux cris de "vive Aristide ", les lieux prévus pour le départ de la marche de "l'opposition" qui réclame le départ du chef de l'Etat avant la fin du mandat de celui-ci. Même si le peuple haïtien a bien des griefs contre le gouvernement Lavalas, il sait que cette alliance macouto-bourgeoise ne saurait être porteuse de ses revendications.
La mise en déroute de cette initiative est également due à un mot d'ordre lancé la veille par le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), Ben Dupuy, qui a invité le peuple à rester chez lui pour éviter de faire le jeu des politiciens opportunistes qui n'oeuvrent en fait qu'à favoriser une invasion des marines des Etats-Unis dans le pays. "Le PPN apprend que Himmler Rébu, ancien chef des Léopards, ancien duvaliériste zélé et ancien putschiste, et qui n'a jamais ...renoncé au démon, à ses pompes et à ses oeuvres..., prenant la tête d'une coalition macouto-bourgeoise avec la complicité du nouveau ....Bourik Chaje... (l'ambassadeur des USA) délégué dans le pays, a annoncé une manifestation pour le 3 décembre... Nous disons au peuple que c'est un complot tramé par l'ancienne armée, les macoutes et les politiciens opportunistes de la Convergence, avec le support de certains médias réactionnaires, pour revenir à la charge. Quel que soit le problème que nous pourrions avoir avec le mode de gestion du régime Lavalas, nous ne pouvons pas tolérer le retour de la dictature macouto-bourgeoise. N'allez donc pas grossir les rangs de ces vendeurs de pays dans cette manifestation" indiquait Ben Dupuy.
En effet, loin de vouloir avaliser les méthodes et les stratégies utilisées par les autorités au pouvoir pour conduire la barque nationale, on ne saurait par ailleurs accepter que ces représentants de la bourgeoisie, qui ont honteusement consenti à s'allier au secteur macoute, symbolisé actuellement par Himmler Rébu, puissent reprendre le contrôle du pouvoir pour permettre à l'impérialisme de mettre définitivement ses griffes sur le pays en y appliquant aveuglément le plan de la mort néolibéral. Le 17 novembre dernier, à l'occasion du 199e anniversaire de la bataille de Vertières dont le sens hautement patriotique semble échapper à ces éléments de l'alliance macouto-bourgeoise, ils avaient à cette occasion annoncé la couleur en étalant au grand jour leur volonté de renverser le chef de l'Etat, une preuve de plus que ladite bourgeoisie est incapable de faire montre d'aucune pudeur pour se souvenir de l'animosité qui a toujours caractérisé sa relation avec le secteur militaro-macoute. De fait, on a peine à constater la fougue montrée par une personnalité comme Jean-Claude Bajeux, directeur de surcroît d'un "Centre oecuménique des droits humains", et dont la majorité de sa famille a été assassinée par le régime des Duvalier, à s'afficher de la sorte au côté de l'ex-colonel Rébu, qui n'hésitera pas sans doute à lui réserver le même sort une fois qu'il aura concrétisé son rêve de pouvoir. Faut-il également rappeler le carnage perpétré par les militaires et les macoutes lors des élections réalisées le 29 novembre 1987 alors que la bourgeoisie avait mis le paquet pour leur réussite.
D'autre part, cette stratégie de table rase adoptée par les laquais de la Convergence et leurs alliés pour renverser coûte que coûte le gouvernement Lavalas, s'inscrit en outre dans un contexte global où les partis traditionnels de quelques Etats de l'Amérique latine, en perte de vitesse, tentent de couper court aux envolées du populisme de gauche qui tend à gagner considérablement du terrain. Cette nouvelle donnée constitue donc une menace pour les puissances impérialistes, notamment les Etats-Unis, le "gendarme du monde", qui y voient un obstacle à l'application de leur programme néolibéral, comme par exemple la "Zléa", sujet sur lequel nous avions consacré justement nos pages centrales la semaine dernière. Ce qui se passe actuellement au Venezuela avec les divers mouvements de mobilisation organisés par le secteur des affaires et la petite bourgeoisie opportuniste contre le président Hugo Chavez symbolise à juste titre cette situation où les classes dominantes de cet État tiers-mondiste n'acceptent toujours pas le fait qu'elles soient écartées d'un pouvoir qu'elles avaient longtemps accaparé.
Par ailleurs, concernant la "crise" politique haïtienne, outre les tergiversations entretenues intentionnellement par certains secteurs pour brouiller les cartes, la Conférence épiscopale d'Haïti (CEH), l'une des parties impliquées pourtant dans le processus de la formation du prochain CEP prévu par la résolution 822 de l'OEA, émet soudainement des positions tendant à rejoindre explicitement les stratégies de l'élite. "Dans la conjoncture, aujourd'hui comme hier, est-il opportun de s'interroger, savoir: renoncer volontairement au pouvoir pour le plus grand bien de la nation ou bien écourter magnanimement la durée du pouvoir pour appeler à des élections générales anticipées? Ou bien serait-il encore possible d'opérer des réformes en profondeur capables de rendre le pouvoir crédible et de rétablir la confiance..." lit-on dans une note du CEH rendue publique le 2 décembre.
Ainsi, le peuple haïtien devra déterminer ses priorités en démasquant cette alliance élitiste malsaine qui ne fait que jouer à la provocation pour permettre aux bottes interventionnistes de fouler une nouvelle fois le sol national. Les tractations se rapportant à l'arrivée prochaine de troupes militaires des Etats-Unis sur la frontière haïtiano-dominicaine doivent nous mettre davantage sur nos gardes pour parer à toute éventualité. Les vendeurs de patrie jouent à un jeu dangereux sans qu'ils sachent même pas sur qui leur patron jettera son dévolu.
|