En dépit du semblant d'optimisme affiché par les autorités Lavalas quant à la formation du Conseil électoral provisoire (CEP), le délai du 4 novembre imparti par la résolution de l'OEA à cet effet a expiré sans qu'aucune liste n'ait été rendue publique. Et ceci sans aucune surprise.
Outre le refus à peine déguisé de la Convergence à intégrer le processus, d'autres raisons expliquent cette situation. Notamment le fait que cinq des neuf secteurs appelés à former le CEP continuent de pressurer l'administration Lavalas pour qu'elle réclame de la «communauté internationale» «une assistance technique à la Police nationale en vue de la mise en oeuvre d'un plan de sécurité pour la réalisation d'élections crédibles et honnêtes dans le pays». Ces secteurs, composés de la Conférence épiscopale d'Haïti (CEH), de l'Eglise épiscopale, de la Fédération protestante, de Justice et Paix et de la Chambre de commerce et d'industrie d'Haïti (CCIH), ont laissé entendre que leurs représentants auraient été déjà choisis mais qu'il ne seraient pas «disposés à les communiquer formellement tant que ne sera initié officiellement par l'Etat haïtien et l'OEA le processus visant à assurer la sécurité et par conséquent la fiabilité du processus électoral». En fait ils ne font que transmettre les souhaits de l'OEA elle-même. Ces cinq ont également écrit le 26 octobre au chef de la mission spéciale de l'OEA, pour lui rappeler qu'il avait déjà réclamé du pouvoir, dans une lettre datée du 10 octobre 2002, une invitation à la «communauté internationale» à fournir cette assistance à la police. Pour maintenir la pression de leur demande explicite pour l'envoi dans le pays d'une force d'intervention, ironiquement ils ont même dit accorder un sursis de quinze jours devant permettre aux autorités Lavalas et à l'OEA d'élaborer les termes de référence de l'assistance technique sollicitée par le gouvernement. C'est en d'autres termes poser les conditions sine qua non de leur participation au CEP.
À ce sujet, le Premier ministre Yvon Neptune a effectivement sollicité cette assistance technique concernant la professionnalisation de la police, la justice, les droits humains, la gouvernance, les élections y compris la sécurité du scrutin et le désarmement. Neptune, qui a fait cette demande à David Lee, représentant du secrétaire général de l'OEA, dans une lettre datée du 29 octobre, ne s'est toutefois pas prononcé sur la forme que prendrait cette assistance. David Lee évidemment s'est empressé d'ailleurs de répondre favorablement à cette demande: «Au nom de la mission de l'OEA visant à renforcer la démocratie en Haïti, j'ai l'honneur de confirmer notre accord avec cette demande officielle» lit-on dans sa réponse adressée le 31 octobre à Neptune. Des deux côtés on se parle à demi-mots et on marche à petits pas vers une intervention effective, sans trop brusquer les choses.
Mais le temps passe, et le responsable de l'OPL, Gérard Pierre-Charles ne peut cacher son impatience, et n'a de cesse de réclamer la présence d'une «mission substantielle» de la «communauté internationale» pour suppléer le travail des policiers au niveau de la sécurité. Une position, à l'instar de ses pairs de la Convergence, sans ambiguïté qu'il étale sans plus aucune pudeur: rééditer un nouveau 1915 et un 1994 au mépris total de la souveraineté nationale. Les autres dits partis politiques de l'opposition, non membres de la Convergence, ont également conditionné leur participation à la formation du CEP pour ces mêmes raisons de «sécurité».
Donc, malgré sa «fuite en avant», le chef de l'État se retrouve à nouveau le dos au mur. Une fois qu'il avait accepté de s'engager dans le tunnel, il devait bien savoir que ses «mentors» allaient le pousser jusqu'au fond de la mine. Car en dépit de toutes les concessions et abandon de souveraineté, l'étreinte de la «communauté internationale» ne s'est point desserrée. Cette dernière se fait au contraire de plus en plus arrogante. Ainsi voyons-nous le représentant des Etats-Unis à l'OEA, le peu recommandable Roger Noriega déclarer que «nous avons de sérieuses inquiétudes en ce qui a trait au leadership de Jean-Bertrand Aristide».
Que reste-t-il donc au régime Lavalas pour se dépêtrer? Des appels qui se voudraient patriotiques mais qui ne peuvent que glisser sur la carapace de ses concurrents qui ne sauraient s'en faire, eux qui d'ailleurs réclament l'intervention. Ainsi s'exprimant au cours d'une conférence de presse au Palais national, le lundi 4 novembre, le président Aristide n'a trouvé d'autres ressources que de lancer un énième appel à «tous les secteurs» à contribuer à la formation du CEP. Outre «la levée des sanctions économiques imposées au pays» liées, selon lui, à la réalisation des élections de 2003, il a également évoqué le bicentenaire de l'Indépendance pour tenter de les persuader à participer au processus. «Il faudrait mettre sur pied, rapidement, le Conseil électoral provisoire afin qu'il n'y ait pas de télescopage avec les festivités prévues pour la célébration du bicentenaire de l'Indépendance» a déclaré le chef de l'Etat. Une déclaration qui, comme on le sait déjà, ne fera ni chaud ni froid aux Gérard Pierre-Charles, Victor Benoît, Evans Paul et consorts... Ces derniers se sentent de plus en plus proches du but, et se font même de plus en plus empressés, et de plus en plus ouvertement, pour obtenir cette intervention qui pourrait, d'après eux, leur ouvrir la voie.