6 Novembre, 2002

November 6, 2002

6 Novanm, 2002

Vol. 20 No. 34
Le mardi 29 octobre dernier, par le truchement des chaînes de télévision des Etats-Unis, le spectacle des réfugiés haïtiens se jetant à l’eau, pour gagner la terre ferme à Key Biscayne, en Floride, a été offert au monde entier. Montés à bord d'un bateau en bois à moteur d'environ 15 mètres, 221 haïtiens, au nombre desquels on comptait des femmes enceintes et des enfants, avaient tenté d'atteindre la Floride. Voyant que les garde-côtes essayaient de les intercepter en mer, plus de cent d’entre eux ont préféré se jeter à l'eau pour atteindre le rivage. La police et les agents du Service de l'immigration (INS), après une véritable chasse à l'homme, les avaient capturés. Ils ont ensuite été enfermés pour la grande majorité à la prison de Krome. Certains d'entre eux ont été conduits à l'hôpital.

Suite à ces événements, de grands mouvements de protestation et de solidarité ont été enregistrés dans la communauté haïtienne aux Etats-Unis, à Miami surtout. Dans la soirée du 29 octobre, plus de cinq cents compatriotes de cette dernière ville ont manifesté devant le service d'immigration, dénonçant le traitement réservé aux réfugiés haïtiens au camp de Krome, et ils ont réclamé pour les leurs le même traitement accordé aux Cubains. Notons que ces derniers sont autorisés à résider aux États-Unis s'ils réussissent à gagner la côte, contrairement aux Haïtiens qui sont systématiquement refoulés après avoir été incarcérés.

Ces mêmes activités ont été également organisées le 31 octobre par quelques élus haïtiano-américains, des activistes politiques et des militants de défense des droits humains qui réclament toujours la libération de ces 221 réfugiés. "Le vote du 5 novembre prochain devrait sanctionner la politique américaine vis-à-vis des réfugiés haïtiens" a clamé Marlène Bastien, dirigeante de l'organisation Fanm Ayisyen nan Miyami (FANM) faisant allusion au scrutin de ce mardi 5 novembre aux Etats-Unis. Le consul général d'Haïti à Miami, Guy Victor, a lui aussi dénoncé la façon dont sont traités les réfugiés. "Le gouvernement haïtien a pris toutes les dispositions pour s'assurer que les droits des réfugiés sont respectés" a-t-il avancé sans trop s’expliquer là-dessus.

Par ailleurs, outre le leader afro-américain Jesse Jackson qui a annoncé sa participation dans la lutte en faveur des Haïtiens, la représentante au Congrès Carrie Meeks a qualifié de son côté de discriminatoire la politique du Service d'immigration. Pour sa part, le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, s'exprimant autour de ces événements, a écarté tout traitement de faveur pour ces réfugiés. "Ils sont traités humainement, mais le président sait que son administration fera appliquer la loi" a-t-il prétendu. La loi des Bush, sans aucun doute, d’autant plus qu’avec l’éventuelle réélection de Jeb Bush au poste de gouverneur de l’État de Floride, il y a gros à parier qu’il faudra une mobilisation constante pour arriver à les faire fléchir, lui et l’administration de son frère à Washington concernant le sort des réfugiés.

D'autre part, fidèles à leur stratégie de tout attribuer à des mains "cachées", les députés Lavalas ont affirmé que la diffusion de ces images s'inscrirait dans le cadre du plan de Washington visant à dénigrer l'administration Lavalas. Ces parlementaires qui n'arrivent pas à croire que ces réfugiés ont pu atteindre la Floride sans que les garde-côtes ne les interceptent, ont évoqué une manœuvre de déstabilisation, disant presque que c’était un coup monté. Pour sa part, le chancelier haïtien, Philippe Antonio Joseph tout en soutenant que son gouvernement prendrait toutes les dispositions pour apporter l'assistance nécessaire aux réfugiés, a évoqué des causes économiques en raison, notamment, selon lui, de l'embargo économique imposé à Haïti.

En bon opportunistes et avec leur cynisme habituel, les dirigeants de la Convergence n’ont trouvé pour leur part dans ces événements qu’une occasion pour rejeter la responsabilité du drame des réfugiés sur le régime Lavalas. Ainsi, d’après Victor Benoît, leader du Konakom et de la Convergence, il y a nécessité d'une nouvelle forme de gestion afin, a-t-il indiqué, de garantir la stabilité politique et économique. Benoît n’a pas inventé le fil à couper le beurre, et ce n’est sans aucun doute pas lui avec ses complices de la Convergence que le pays attend pour trouver une alternative au régime Lavalas auquel ne les oppose qu’une rivalité pour le pouvoir. Et surtout, doit-on toujours se contenter des explications faciles et irresponsables des autorités à chaque fois événement? Lavalas ne peut continuer à parler de "complot" et de "laboratoire" alors qu'il est en train d'enfoncer le pays dans des scandales et des crises interminables. A ce titre, qu’il nous suffise de rappeler la crise des coopératives d’ "affaires", celle à l'Université d’État d’Haïti, etc. De leur côté, les politicards de la Convergence n'attendent que ces de semblables situations qui pourraient favoriser leur rêve d’une éventuelle intervention des troupes étrangères dans le pays. Plus il y aura de "crises", plus ils pourront espérer que le "blanc" interviendra pour les propulser au pouvoir, puisqu'en fait ils sont loin de pouvoir mobiliser le peuple en leur faveur.

Il serait mieux effectivement de parler du complot ourdi par le pouvoir et la Convergence pour continuer à dilapider les richesses du pays aux dépens de toute une majorité qui voit catégoriquement ses justes revendications bafouées. En ce sens, il est impératif, à l'approche de 2004, de proposer une véritable alternative au pays afin que le bicentenaire de l’Indépendance soit fièrement et dignement fêté. C'est ainsi qu'à l'occasion de la grande mobilisation organisée le 17 octobre 2002 en mémoire du Fondateur de la nation Jean-Jacques Dessalines, le secrétaire général du Parti populaire national (PPN) avait déclaré: "... Pour que nous puissions célébrer 2004 ou refaire 1804, il faut que nous soyons des hommes vaillants... C'est pour cette raison que le PPN est en train de travailler, pour représenter une véritable alternative et un vrai changement pour le peuple afin que nous puissions être libres et souverains."