|
Les mauvaises notes de Noriega à Lavalas
Le représentant des Etats-Unis auprès de l'OEA, Roger Noriega, a péremptoirement donné de très mauvaises notes à ses élèves de l'administration Lavalas dans le cadre de l'application de la résolution 822. Adoptée le 4 septembre dernier par l'Organisation hémisphérique, ce document fait, entre autres, obligation au régime de poursuivre les instigateurs et acteurs des violences enregistrées lors des événements du 17 décembre 2001, de dédommager les partis politiques victimes et de procéder à une campagne de désarmement afin de sécuriser le pays pour la tenue en 2003 de nouvelles élections législatives et locales, sans compter la formation du Conseil électoral dont l'échéance du 4 novembre n'a pu être respectée. Enfin, le couvert était donc mis, car personne ne croyait que tout cela aurait pu être accompli dans les conditions actuelles, d'autant plus que l'évaluation de leur réalisation effective reste à la discrétion des décideurs de la communauté internationale.
En effet, intervenant le mercredi 30 octobre dans le cadre du «Dialogue interaméricain» à Washington, l'ambassadeur Noriega s'est déclaré «franchement découragé» que le gouvernement haïtien n'ait pas pu appliquer les résolutions de l'OEA «pour restaurer la stabilité et établir les conditions nécessaires pour des élections libres et honnêtes en 2003». Il s'est appliqué ensuite à évoquer un par un les exigences contenues dans la résolution 822 pour lesquelles le gouvernement Lavalas a dérogé à ses engagements.
A propos du 17 décembre 2001, Noriega a indiqué «qu'il est absolument essentiel que le gouvernement haïtien cicatrise les blessures causées suite à l'attaque menée contre le Palais national dont une partie a été brièvement occupée par les assaillants». Il a cependant surtout fait valoir que «le gouvernement a incarcéré Amiot Métayer en juillet, mais non pour les charges retenues contre lui dans les violences du 17 décembre 2001... Le gouvernement a failli dans sa prise de mesures adéquates pour empêcher la fuite de ce dangereux prisonniers... Le gouvernement n'a rien fait pour réincarcérer Métayer afin de poursuivre le procès intenté contre lui...»
Réagissant à ces propos, l'un des porte-parole de la Présidence haïtienne, Handel Carré, a soutenu qu'il est normal que les Etats-Unis puissent avoir cette attitude, puisque, selon lui, ils n'ont jamais toléré des leaders populaires. «Ce n'est pas parce qu'il y a des problèmes au niveau des élections; ce n'est pas parce que la résolution 822 n'a pas été appliquée. C'est tout simplement parce que le président Jean-Bertrand Aristide est extrêmement populaire. Les mêmes considérations sont faites également au sujet du président Hugo Chavez. Plus on est populaire dans son pays, moins on est aimé des Etats-Unis. C'est ça le problème» a reconnu Carré, tout en précisant que les Etats-Unis étant, selon lui, un membre du laboratoire dénoncé par le pouvoir, ne chercheraient qu'à déstabiliser le régime Lavalas. Rien de bien nouveau, et ce n'est pas d'aujourd'hui que le gouvernement Lavalas le sait et qu'il lui ouvre malgré tout toutes les portes!
Pour sa part, le ministre haïtien des Affaires étrangères, Joseph Philippe Antonio, tout en déclarant que Noriega se serait servi de la crise du pays pour faire des «déclarations inacceptables», a assimilé ces dernières à une méconnaissance de la situation haïtienne de sa part. «Ces déclarations participent de la volonté de la communauté internationale de maintenir Haïti dans la misère...» a-t-il ajouté en outre. Chose sans doute qu'il ne devait point ignorer bien avant que le pouvoir Lavalas ne plie l'échine et ne s'embarque en connaissance de cause dans ce processus.
Inutile de dire que de leur côté, les leaders de la Convergence ont sauté sur l'aubaine. L'un des responsables de l'OPL, Paul Denis, a avoué que Roger Noriega rejoindrait ainsi la position de sa coalition, la Convergence, qui dénonce, selon lui, depuis plus d'une année «la corruption et l'illégitimité que représentent les autorités Lavalas». Et le coordonnateur de l'OPL, Gérard Pierre-Charles de renchérir à la suite de son second en déclarant: «Au sein de la Convergence démocratique, cette déclaration nous paraît d'une grande importance. C'est la première prise de position aussi claire du gouvernement des Etats-Unis face au pouvoir Lavalas. Aujourd'hui, après tant d'années, les Etats-Unis, selon les déclarations de l'ambassadeur Noriega, sont conscients de la gravité de la situation du pays et de la responsabilité de Jean-Bertrand Aristide dans cette aggravation.» Enfin, il était temps, le «pragmatisme» de Gérard Pierre-Charles, ou du moins son «retournement» de veste, lui fait découvrir en Roger Noriega un maître de science politique sinon un éminent professeur de morale à son usage. Justement le journaliste Jean-Guy Allard, dans un article intitulé «The Miami Connection» paru dans le journal Granma International du 21 février 2002, énumérant et décrivant les «mafieux terroristes de Miami» intégrés dans l'administration Bush, disait au sujet de l'ambassadeur Roger Noriega: «Il fallait un homme de confiance à l'Organisation des États américains. Et pour cela, pourquoi pas le principal collaborateur latino-américain du quasi-retraité Jesse Helms, champion du blocus contre l'île? Il est certain que Roger Noriega est un fonctionnaire médiocre et qui a, depuis longtemps, une réputation désastreuse dans les circuits diplomatiques... mais il a, par ailleurs, des convictions d'extrême-droite bien vérifiées lorsqu'il s'agit de Cuba (ou d'Haïti) .»
En fait, ses récentes déclarations de l'ambassadeur Roger Noriega, où il a pratiquement mis sur le banc des accusés les autorités Lavalas, prouvent une fois de plus l'arrogance de l'impérialisme qui, face à des apatrides du type de nos dirigeants, se révèle insatiable. Le chef de l'Etat ne saurait désormais se prévaloir d'un quelconque sentiment nationaliste face à ces ingérences, puisqu'il a littéralement affiché sa volonté de tout concéder à Washington pour préserver son poste au palais présidentiel. Il ne saurait en être autrement puisque Lavalas et Convergence ne se sont donné comme but que la lutte pour partager les espaces du pouvoir sous l'arbitrage et la tutelle de la «communauté internationale», alias USA, au nom de qui s'exprime Roger Noriega.
|