16 Octobre, 2002

October 16, 2002

16 Oktòb, 2002

Vol. 20 No. 31
La longue entrevue accordée à Radio Kiskeya le 11 octobre a été une occasion en or pour l'ambassadeur nord-américain Brian Dean Curran pour s'étendre et intervenir à loisir sur presque tous les sujets en cours; en tout premier lieu la résolution 822 de l'OEA, le désarmement, la police, la situation économique, la démocratie, etc., avec inévitablement pour cible le régime Lavalas. Il ne s'est pas contenté d'émettre des critiques, il y est même allé de ses recommandations, ou mieux ses ordres, sur ce qui devrait être fait, ce qui n'a pas été fait... Il a ainsi affiché son insatisfaction concernant les résultats de l'opération «Ouragan II» menée dans le cadre de la lutte contre le trafic de stupéfiants, indiquant contrairement au porte-parole de la Police, Jean Dady Siméon, qu'aucune saisie de drogue n'a été effectuée à cette occasion. De plus, il a affirmé que la plupart des trafiquants auraient été prévenus de la visite des agents du Bureau de lutte contre le trafic de stupéfiants (BLTS) et de la Drug Enforcement Administration (DEA). «Il y a des agents de la police qui sont impliqués dans le trafic de la dogue. Nous devons restructurer l'institution. Ces gens nous les connaissons, le gouvernement connaît leurs noms» a déclaré l'ambassadeur sans aucune retenue, sans crainte que ses déclarations viennent contredire celles tenues précédemment par le chef de l'Etat haïtien au quotidien dominicain El Diario Libre où le président Aristide déclarait que de la date de son investiture, le 7 février 2001, à aujourd'hui, le pourcentage de la drogue transitant par Haïti vers les Etats-Unis était passé de 14% à 9%.

Que Curran puisse avoir raison ou non, là n'est point la question. C'est qu'il prend pour acquis le droit de dire n'importe quoi, sans aucun égard pour les normes diplomatiques. La journaliste qui l'interrogeait le lui aurait fait remarquer qu'il aurait sans conteste considéré cette observation comme oiseuse.

Les officiels du régime Lavalas n'ont de fait pas osé le reprendre non plus sous cet angle, ni à suggérer même implicitement que Brian Curran pourrait être considéré persona non grata. Ils ont d'ailleurs intégré dans leur esprit la mise sous tutelle. «L'ambassadeur des Etats-Unis sait parfaitement que nous ne possédons pas de baguette magique et que nous sommes en train de travailler de notre mieux à l'application de la résolution 822» a poliment dit pour toute réaction la ministre de la Culture Lilas Desquiron. A son tour, le secrétaire d'Etat à la Communication, Mario Dupuy s'excusait presque, déclarant: «Rappelez-vous qu'en 1994 déjà, le président de la République avait souhaité mener l'opération de désarmement dans le pays et avait même sollicité un appui de la communauté internationale qu'il n'avait pas obtenu.»

Et paradoxalement c'est dans ce contexte que les autorités Lavalas s'apprêtent à décréter la semaine du lundi 14 octobre, «Semaine de l'Empereur», en souvenir de Jean-Jacques Dessalines, fondateur de la nation haïtienne, assassiné le 17 octobre 1806, principalement pour avoir voulu répartir des terres aux anciens esclaves et combattants de l'Indépendance. Mais n'en déplaise à la mémoire de Dessalines, car tandis qu'ils signent des résolutions pour faire piétiner la souveraineté nationale, les dirigeants lavalassiens n'ont pas froid aux yeux pour faire des solennités. Ainsi le ministre de l'Environnement, Webster Pierre, a déclaré que cette semaine devrait traduire l'hommage et la reconnaissance du peuple haïtien par rapport au rôle important qu'avait joué Jean-Jacques Dessalines dans la bataille qui a mené à l'indépendance en 1804.

Evidemment, les vendus de la Convergence sont allés beaucoup plus loin dans l'abjection pour de leur côté en profiter pour applaudir sans vergogne les déclarations de l'ambassadeur Curran et du représentant des Etats-Unis à l'OEA, Peter DeShazo, ordonnant au régime Lavalas de produire un rapport final sur les événements du 17 décembre 2001, notamment sur la campagne de désarmement et sur l'arrestation des personnes présumément impliquées dans ces violences. «Nous pensons que le positionnement de M Peter est positif et nous sommes en train de suivre si le gouvernement américain restera conséquent sur les positions dégagées sur la résolution 822 par Peter DeShazo et ainsi que l'ambassadeur américain» indiquait sans aucune gêne Paul Denis de l'OPL et de la Convergence.

Définitivement, il n'y a rien à attendre ni de Lavalas et encore moins des mercenaires de la Convergence. Plus le temps passe, plus on se rend compte qu'ils sont prêts à descendre encore plus bas pour avoir le pouvoir, ou du moins pour rester ou devenir les intermédiaires chargés d'exécuter les diktats de leurs tuteurs. Contre cette situation qui ne peut que condamner le pays et le peuple à dépérir, une alternative s'impose. Et le Parti populaire national (PPN), en ce sens, a choisi cette date symbolique du jeudi 17 octobre 2002 pour organiser une grande mobilisation au Cap-Haïtien, pour la commémorer. Ce sera également l'occasion pour le peuple de faire le point et d'offrir de nouvelles perspectives à la nation.