25 Septembre, 2002

September 25, 2002

25 Septamn, 2002

Vol. 20 No. 28
«Nous attirons spécialement l'attention sur la situation d'insécurité que nous connaissons... avec une Police nationale qui semble paralysée devant les groupes armées qui font et défont, qui terrorisent la population... Même le pouvoir au plus haut niveau, le président de la République, sa sécurité n'est pas assurée... par la Police nationale, mais par un contingent étranger de sécurité...», ainsi s'exprimait le responsable de l'Initiative de la société civile, Rosny Desroches, un proche de la Convergence, le 20 septembre sur les ondes de Radio Haïti Inter. Il ne saurait être plus clair pour clamer l'impuissance du pouvoir face à la situation et justifier ainsi l'intervention étrangère inscrite en «filigrane» dans la résolution 822 de l'OEA. De là à voir que les violences en cours à Martissant (voir l'article au bas de la couverture) arrivent opportunément pour lui donner raison, il n'y aurait qu'un pas qu'il n'a pas hésité à franchir! Ainsi d'une pierre les intéressés feraient deux coups: d'une part éliminer les chefs d'OP «nuisibles» et de l'autre les troubles provoqués par leurs disparitions se prêtent favorablement aux discours tels que celui tenu par Desroches.

Et dans une note rendue publique le jeudi 19 septembre, l'ISC de Rosny Desroches demande à la «communauté internationale» d'envoyer en Haïti un «contingent international de sécurité, chargé d'encadrer et d'observer à travers le territoire national, le travail de la Police nationale d'Haïti». Que d'artifices pour demander l'intervention étrangère! C'est d'ailleurs à peu de mots près la réplique conforme de la résolution 822 prise par l'OEA le 4 septembre dernier qui, sous la gouverne du Département d'État des Etats-Unis, non seulement renforce la mise sous tutelle déjà contenue dans la résolution 806 précédente prise en janvier 2002, mais pave la voie pour une intervention dans le cas où les décideurs estimeraient que le régime Lavalas n'arrive pas à maîtriser la situation politique et sociale. Le gouvernement Aristide/Neptune a en effet souscrit à cette résolution 822 et son porte-parole ne rate jamais une occasion de vanter ses bienfaits. Et c'est à se demander à quoi jouait Rudy Hérivaux, président de la Chambre basse, qui commentait la note de l'ISC. Après avoir dit qu'en tant qu'Haïtiens il nous fallait appuyer la résolution 822, «c'est ce qu'il y a de plus urgent aujourd'hui», Hérivaux ajoutait: «mais ce n'est pas véritablement la présence d'une quelconque force étrangère». Ou bien Hérivaux pense cacher ce qu'Aristide accepte aujourd'hui ou bien Hérivaux est un naïf, ou bien il ne sait pas de quoi il parle. Pourtant la résolution 822 fait obligation au régime Lavalas de «renforcer sa politique et ses programmes de désarmement, et dans cette perspective, inviter la communauté internationale à fournir une collaboration active par l'intermédiaire de la mission spéciale de l'OEA...» (c'est nous qui soulignons). Et concernant les élections il y est dit que la mission spéciale de l'OEA aura comme attributions «de coordonner les efforts que déploie la communauté internationale pour apporter une assistance technique et une assistance financière dans le cadre des élections, dans les domaines notamment de la planification électorale, de l'assistance technique, de la sécurité et de l'observation des élections en 2003» (souligné par nous).

Ainsi est-il bien clair que ce n'est pas par hasard que Rosny Desroches avait applaudi lors du vote de cette résolution 822; cet éminent représentant de la bourgeoisie avait bien tout compris. De même en 1990, sous la présidence provisoire d'Ertha Pascale Trouillot, la bourgeoisie ne demandait-elle pas l'envoi en Haïti des casques bleus de l'ONU pour l'aider à mettre en échec le secteur macouto-féodal qui, par l'intermédiaire de l'armée d'Haïti, voulait la frustrer de ses élections. C'est le même scénario qui reprend cette fois face à Lavalas. Si on se rappelle, à l'époque cette question avait fait grand bruit et le ministre des Affaires étrangères Kesler Clermont avait fait toutes sortes d'entourloupes pour défendre cette position (voir Haïti-Progrès vol 8 Nº 17 «Kesler Clermont une honte nationale») Et ce n'est pas par hasard non plus que Micha Gaillard, représentant Conacom/Convergence, à la demande de l'ISC, a fait savoir que: «Des experts viendraient en Haïti et travailleraient avec la Police nationale, pas contre, mais avec... et comme en 1990...» Donc Rosny Desroches n'aurait pas pu trouver un meilleur moment, car en dépit des tentatives de Lavalas de se plier à la résolution 822 (dédommagements, isolement des OP), le secteur bourgeois ne croit pas en ses chances aux élections même si le Conseil électoral provisoire devra travailler sous la dictée de Washington. Rosny Desroches et la Convergence ne voient qu'un moyen de parvenir au pouvoir que grâce à une intervention.

Pour finir, le responsable de cette situation n'est nul autre que le président Jean-Bertrand Aristide qui, croyant damer le pion à ses adversaires en acceptant le renforcement de la tutelle avec la résolution 822, n'a fait que donner des armes à ces derniers pour l'éliminer. Le pire, c'est que c'est le gouvernement lui-même, conformément à la résolution 822, qui doit demander l'intervention des forces étrangères. En fin de compte, en 2003 on aura droit à des «sélections» en guise d'élections, surtout qu'il n'est point un secret que le CEP jouira d'un pouvoir discrétionnaire pour refuser les candidatures indésirables.