Suite aux événements survenus le 17 décembre 2001 où, après l'annonce d'une tentative de coup d'État, des membres présumés d'organisations populaires (OP) proches du régime Lavalas avaient saccagé et incendié des résidences et locaux de partis politiques de la Convergence. L'OEA à travers la résolution 806 votée le 16 janvier dernier par son Conseil permanent faisait exigence au gouvernement Lavalas de poursuivre toutes les personnes impliquées dans ces violences afin de «faciliter» alors la relance des négociations, qu'auraient paralysées ces événements. Le 4 septembre, l'OEA adoptait une nouvelle résolution, la «822», qui reprend ces exigences de Washington et de l'OEA.
Conformément à ces résolutions, le ministre de la Justice Jean-Baptiste Brown, donnant suite aux recommandations de la commission d'enquête de l'OEA sur ces événements, a publié le jeudi 12 septembre, soit trois jours après la date limite, «un rapport préliminaire» sur les démarches effectuées par son gouvernement pour satisfaire aux consignes.
Ce «rapport préliminaire» présenté ne fait, en réalité, que rapporter l'essentiel de ce qui avait déjà été dit sur le déroulement des événements du 17 décembre. Ce n'est qu'au «point 4» que les autorités Lavalas font mention des démarches entreprises pour répondre aux exigences de l'OEA/Washington. «... Selon les autorités judiciaires de la juridiction de Port-au-Prince, une dizaine de témoins ont été interrogés, une trentaine de personnes sont inculpées, huit sont entendues et placées en détention préventive par le juge instructeur et vingt-deux autres font l'objet de mandats d'amener. A noter que la plupart de ces mandats concernent des personnes qui ne sont pas localisées actuellement en Haïti» peut-on lire, alors que ce devrait être, en principe, le sujet principal. Quant au chef d'OP des Gonaïves, Amiot Métayer, qui avait été nommément cité dans le rapport de la commission d'enquête de l'OEA, le ministère de la Justice, le qualifiant de «cas particulier», a simplement indiqué qu'«Amiot Métayer, cité dans le rapport de la CEI sur les événements de décembre 2001, a été incarcéré à la prison des Gonaïves, en rapport cependant avec une autre affaire. Entre-temps, le cabinet d'instruction des Gonaïves a reçu une plainte le concernant relative aux événements du 17 décembre 2001... La justice haïtienne prend toutes les mesures que de droit pour que le fugitif réintègre sa cellule et réponde devant ses juges des faits et actes qui lui sont reprochés». Comme on peut le constater le pouvoir Lavalas est assis entre deux chaises, et n'a point mentionné concrètement ce qu'il avait l'intention de faire afin de neutraliser son «ancien» protégé pour satisfaire l'OEA et le Département d'État. En attendant, il semble que ces deux instances aient des priorités plus pressantes, laissant ainsi aux autorités le temps pour sévir.
En effet, la résolution 822 ne s'attarde pas, comme la précédente et la note de Washington, sur la poursuite des présumés responsables des dégâts survenus le 17 décembre. Par contre, outre les exigences sur la campagne de désarmement à laquelle devra participer la «communauté internationale», l'OEA a surtout mis l'accent sur la réalisation de nouvelles élections en ces termes: «L'OEA décide de réaffirmer l'importance de la tenue d'élections législatives et locales libres, équitables et techniquement réalisables - à une date en 2003 qui sera fixée par le Conseil électoral provisoire (CEP) - auxquelles tous les partis politiques peuvent participer librement et en toute sécurité...» L'Organisation a donc décidé «d'exhorter le gouvernement d'Haïti à redoubler d'efforts, en vue de créer les conditions favorables à la tenue des élections en 2003, pour assurer un climat de sécurité et de confiance...» À ce sujet, les autorités Lavalas, étant confortablement installées dans leur dépendance, s'engagent à préparer le terrain, en intensifiant, notamment le processus de réparations des victimes des événements du 17 décembre 2001 suivant l'accord signé le 9 juillet 2002, entre les avocats des partis politiques concernés et l'Etat haïtien. En effet, selon le secrétaire d'Etat à la communication Mario Dupuy, des chèques ont été déjà expédiés à la KID d'Evans Paul et l'ALLAH de Reynold Georges. «Dans le cadre de la volonté politique du gouvernement à appliquer intégralement la résolution 822, le processus du versement des réparations, suivant l'accord du 9 juillet écoulé entre le ministère de la Justice et les plaignants, a débuté. En ce sens un versement partiel a été effectué avec six millions de gourdes pour l'ALLAH de maître Reynold Georges et deux millions cinq cent mille gourdes pour la KID de M. Evans Paul» a déclaré Mario Dupuy, tout en annonçant que dans les prochains jours le MOCHRENA, l'OPL et le Konakom recevraient leur part. Lavalas semble donc se mettre dans la bonne voie conformément aux ordres de ses tuteurs, quoique le leader de la Kid, Evans Paul, ne partage pas évidemment - tout à fait la manière utilisée pour le dédommager. Car, selon lui, ces fonds devaient provenir des ressources personnelles du président Aristide et non du Trésor public. Sans doute aura-t-il voulu dire que «sa part» était trop peu et qu'il en voudrait autant que Reynold Georges?
D'autre part, le président de la République a également pris l'initiative d'appeler certains leaders de la Convergence dans le but dans la perspective de ces «prochaines élections». «Je suis très satisfait jusqu'à présent des conversations téléphoniques que j'ai eues avec plusieurs leaders de l'opposition», a d'ailleurs déclaré le chef de l'État. S'exprimant au cours d'une rencontre avec la presse le lundi 16 septembre, il a par ailleurs plaidé en faveur de la réalisation effective de la campagne de désarmement, comme le prône l'OEA: «Toutes les personnes détenant des armes illégales, quelle que soit leur couche sociale, seront contraintes de livrer leurs armes.» Et il a explicitement rappelé aux parlementaires, qui ont exprimé leur volonté à ne pas réduire leur mandat pour faciliter la tenue de nouvelles élections en 2003, qu'ils devraient obtempérer, en qualifiant ces déclarations de «rumeurs», ainsi que l'a rapporté l'AHP.
Malgré les critiques portées par le secteur bourgeois de la Convergence sur le contenu du rapport présenté par le ministère de la Justice sur les événements du 17 décembre, motivées en toute évidence par son souci d'obtenir encore plus de concessions, le gouvernement Lavalas et la Convergence, les deux «protagonistes» de la «crise», s'acheminent lentement mais sûrement vers une séparation «à l'amiable», et entre eux, du «gâteau», sans tenir compte de la misère atroce du peuple. Ainsi, le chef de l'Etat, - et l'eau en venait déjà à la bouche de son Premier ministre Yvon Neptune - n'attend que le déblocage de ladite aide internationale pour poursuivre la mise en place de la politique néo-libérale avec tout ce que cela comporte de néfaste pour le présent et l'avenir du pays.