18 Septembre, 2002

September 18, 2002

18 Septamn, 2002

Vol. 20 No. 27
COMMÉMORATION DE SAINT-JEAN-BOSCO:
Aristide s'éloigne de sa base

Le mardi 27 août dernier, au cours d'une conférence de presse, les leaders d'organisation populaires (OP), de la zone métropolitaine, René Civil et Paul Raymond, de Jeunesse Pouvoir Populaire (JPP) et de TKL Saint-Jean-Bosco, lançaient leur première offensive contre le Premier ministre Yvon Neptune, l'accusant, entre autres, d'être trop peu soucieux des revendications populaires. Tout en dénonçant certaines personnalités de l'entourage du chef de l'Etat, ils reprochaient au chef du gouvernement le mépris manifesté à leur endroit. «Lorsqu'un militant a des problèmes, M. Neptune cherche toujours son nom dans les cahiers du parti pour qu'il puisse le traiter de délinquant et de 'chimère,' ne faisant pas partie du parti...» disaient-ils en référence aux déclarations de Neptune en marge des événements entourant l'évasion de Amiot Metayer, le 2 août dernier, qui (Neptune) avait traité les membres d'OP des Gonaïves de «noyaux de bandits et de délinquants» passibles de mesures judiciaires. Mais, comme ont dû le comprendre les groupes visés, les propos du Premier ministre étaient en parfaite adéquation avec les consignes et exigences faites par la communauté internationale au pouvoir Lavalas.

Notons justement, qu'à la suite de l'affaire Métayer, l'OEA et Washington avaient fermement exigé le retour en prison de l'influent chef d'OP des Gonaïves. La résolution 806 fait en effet obligation aux autorités Lavalas de poursuivre et d'arrêter toutes les personnes qui auraient pris part aux événements du 17 décembre 2001.

Cependant, lors de son retour du Sommet de la Terre, le président Aristide indiquait que des changements au sein du gouvernement n'étaient pas encore envisageables. René Civil et Paul Raymond, qui avaient aussi eu entre-temps un entretien au Palais national, avaient consenti à temporiser. Toutefois, suite à l'adoption, le 4 septembre, par le Conseil permanent de l'OEA, de la résolution 822, qui vient renforcer la mise sous tutelle du pays, les questions soulevées par la précédente résolution 806, ont de nouveau resurgies; notamment la poursuite des individus impliqués dans les violences du 17 décembre 2001 et le désarmement des «groupements de base» dénommés organisations populaires. A ce sujet, le responsable des TKL, Paul Raymond a vu la menace, et est revenu à la charge pour assimiler à une forme d'occupation, le fait que la «communauté internationale», à travers, notamment la résolution 822, envisage de participer à la campagne de désarmement. Les membres d'OP se sentent donc directement visés par la persistance de Washington, surtout lorsqu'ils réalisent que le chef de l'Etat peut ne pas hésiter à les sacrifier, comme cela avait d'ailleurs été le cas pour Amiot Métayer.

En ce sens René Civil et Paul Raymond, au cours d'une soirée patriotique organisée à la veille du quatorzième anniversaire du massacre de Saint-Jean-Bosco, perpétré le 11 septembre 1998, ont appelé, une nouvelle fois, à la «récupération» du chef de l'Etat: «Nous, du secteur populaire, donnons une deuxième conférence, dans le but de récupérer définitivement le président Aristide. Nous ne sommes pas décidés à laisser notre président dans l'étau. Ce mois de septembre est l'occasion pour le président Aristide de rejoindre sa base», a clamé Civil.

De plus, le fait que le président Aristide ne se soit pas rendu cette année, sur les ruines de l'église Saint-Jean-Bosco, à La Saline, pour commémorer le 11 septembre, est d'autant plus significatif, car pour le moment, en effet, seules les résolutions de l'OEA, dans lesquelles est inscrite la volonté du Département d'État des Etats-Unis, ont la priorité.

Par ailleurs, à l'occasion du 11 septembre, date ramenant le quatorzième anniversaire du massacre de Saint-Jean-Bosco, le président Aristide a plutôt reçu des survivants de ces événements au Palais national.

Rappelons sommairement les faits: le 11 septembre 1988, des individus armés («les brassards rouges»), agissant à la solde du gouvernement militaire et commandés par le maire à l'époque, l'ex-colonel tortionnaire Franck Romain, avaient pénétré dans l'enceinte de l'église Saint-Jean-Bosco, tuant une vingtaine de personnes et blessant plusieurs dizaines, alors que le père Jean-Bertrand Aristide, le chef de l'État actuel, célébrait la messe. Ce dernier n'avait échappé à la tuerie que par la diligence de certains fidèles. Mais en dépit de son ascension au pouvoir, les assassins courent toujours sans être inquiétés. Même que, intervenant au cours de cette cérémonie au Palais national, le 11 septembre dernier, le président Aristide, oubliant qu'il est le garant des institutions, a déclaré: «Il n'y a pas encore de justice pour les victimes parce qu'il y a des gens qui n'ont pas pris leurs responsabilités au sérieux.» Et ce n'est que quatorze ans après qu'il s'en serait rendu compte? Faudrait-il en déduire que la justice est remise aux calendes grecques?

Le président a toutefois salué la mémoire d'Antoine Izméry qui, lui, avait été assassiné le 11 septembre 1993, devant l'église du Sacré Coeur de Turgeau, alors qu'il assistait justement à une messe célébrée en mémoire des victimes de Saint-Jean-Bosco. Mais rien de concret n'a été non plus enregistré dans le cadre de l'enquête sur ce crime, qui est aussi entré dans l'oubli...

Paul Raymond et René Civil doivent avoir réalisé que le président peut bien les lâcher à n'importe quel moment. Le chef de l'Etat ne serait-il pas irrécupérable par des OP qui sont, désormais plus que jamais, sous les projecteurs de la «communauté internationale»?

Car le président a d'autres préoccupations que de «rejoindre la base», dont l'une et non des moindres, c'est l'ouverture de la vanne de l'éventuelle aide internationale, ainsi que le déclarait son Premier ministre: «Nous sommes en pourparlers avec divers bailleurs ou en règlement pour des arriérés externes... En attendant un dialogue constructif se poursuit avec la Banque interaméricaine de développement, une coopération agissante dans le cadre d'un nouveau partenariat que nous définissons ensemble... Des accords de coopération technique sont également en négociation pour renforcer notre capacité d'absorption d'une assistance externe et de gouvernance», se gargarisait en effet Yvon Neptune le 12 septembre, devant la Chambre de commerce haïtiano-américaine.