11 Septembre, 2002

September 11, 2002

11 Septamn, 2002

Vol. 20 No. 26
Du 26 août au 4 septembre, de nombreux chefs d'Etat, de gouvernement ou leurs représentants ainsi que plusieurs experts se sont retrouvés à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour le quatrième Sommet mondial sur le développement durable. A cette rencontre, les dirigeants des pays du Nord et du Sud ont discuté sur l'application des principes liant le développement à l'environnement, adoptés en 1992 à Rio sous la dénomination «Agenda 21» et sur un plan d'action visant, à prendre des mesures pour réduire la pauvreté et protéger l'environnement, étant donné le constat du non-respect des engagements pris par les pays riches il y a dix ans.

Pour certains, parmi lesquels le président Aristide qui y a participé, le sommet de Johannesburg a été un «succès». Pour Aristide le succès a surtout résidé dans le fait que les chefs d'Etat et de gouvernement et des analystes n'ont pas masqué la vérité concernant la détérioration accélérée de l'environnement et l'état de plus en plus lamentable des pauvres évoluant dans les pays dits sous-développés depuis les dernières résolutions de Rio. «Beaucoup d'analyses parues dans les médias internationaux, divers articles publiés dans les journaux ont parlé d'échec au lieu du succès de ce sommet, par contre, plusieurs chefs d'Etat et d'autres analystes, dans leur évaluation, ont vu l'aspect positif à côté de ce qui est négatif. Ce que j'ai trouvé de positif, c'est que dix ans après, nous n'avons pas trouvé une hypocrisie mondiale qui ferait croire que nous avons respecté tout ce qui a été dit (dans les résolutions de Rio) à l'échelle Nord, Sud, Est, Ouest... Donc je pense que dans un tel sommet, il est bon de dire ce qui n'a pas été au lieu de mentir» a déclaré Aristide.

Mais pour les Haïtiens, la vérité, ce sont les tas d'immondices exposés dans les rues de Port-au-Prince et des zones environnantes, qui tiennent lieu de panneaux indicateurs à l'entrée de certaines rues; ce sont les eaux stagnantes dégageant des odeurs nauséabondes et qui occasionnent toutes sortes de maladies, notamment la malaria; ce sont les égouts à ciel ouvert et les imprévisibles trous au milieu de la chaussée qui provoquent accidents et fractures... La dégradation de l'écosystème, particulièrement le déboisement des mornes, a atteint un point de non-retour, et il semble que les dirigeants gouvernementaux se satisfassent justement de cette situation. Selon certaines données mises à jour récemment, la couverture végétale d'Haïti est à 2% seulement. Pour sa part, le météorologiste haïtien Renan Jean-Louis faisait remarquer que le Morne l'Hôpital, qui surplombe la capitale, constitue une épée de Damoclès et pourrait s'effondrer, a-t-il expliqué, à la suite d'une catastrophe naturelle. Quant à l'érosion, elle continue sa marche inexorablement, car en l'absence de mesures et de sources alternatives d'énergie, les petites industries comme les blanchisseries, boulangeries, distilleries, etc. continuent à brûler du bois. Et pour comble, certains agents forestiers du Pic Macaya, par exemple, menacent même d'y mettre le feu s'ils ne sont pas payés.

Face à une telle dégradation de l'environnement, que fait le gouvernement Lavalas? Rien, absolument rien! L'état d'insalubrité du pays ne préoccupe point les responsables Lavalas. Par contre, dès qu'il s'agit d'aller s'exhiber à l'étranger, ils ne lésinent pas sur les frais. En exemple, la participation du président Aristide et de sa suite au Sommet de la terre aura coûté très certainement une petite fortune au Trésor public, alors que ce coûteux voyage n'aura servi qu'à subventionner un discours dont la durée n'a pas dépassé cinq minutes. Pourquoi ce gaspillage d'argent, alors que ces sommes auraient justement pu servir à protéger effectivement l'environnement plutôt que pour faire de l'écologie verbeuse.

D'autant plus que s'il fallait à tout prix aller se montrer à Johannesburg, autant y aller pour quelque chose et dire les choses telles qu'elles sont, et dénoncer par exemple les fausses promesses répétitives du président français Jacques Chirac.

Pour sa part, le président du Venezuela, Hugo Chavez, aura profité de ce sommet pour rappeler: «Nous n'étions pas venu demander la charité, nous voulions que les pays riches assument leurs responsabilités et paient leur dette vis-à-vis de l'environnement.» On a ainsi vu le délégué de George Bush, le secrétaire d'État Colin Powell se faire chahuter lors de son intervention à la séance de clôture, lorsqu'il a voulu faire croire que son pays, les Etats-Unis, s'est engagé en faveur de l'environnement y compris du changement climatique, alors que justement les Etats-Unis refusent de signer le Protocole de Kyoto sur le réchauffement de la planète. Il était donc clair pour tous, que la présence des Etats-Unis dans ce lieu de discussions et sur un tel sujet relevait de la démagogie.

Parallèlement, concernant la participation du président Aristide à ce quatrième Sommet de la Terre, la Plate-forme haïtienne de plaidoyer (PAPDA) et le Groupe d'appui aux rapatriés et réfugiés (GARR) se sont interrogés sur l'engagement du gouvernement Lavalas à respecter les résolutions sur le développement durable. Ces deux organisations ont, en effet, évoqué le «processus de désertification de la plaine agricole de Maribahoux» dans la zone frontalière pour permettre le bétonnage de cet espace afin d'implanter une zone franche. Ce projet de zone franche ne se limite pas seulement à Maribahoux mais il s'étendra sur environ 1875 Km2. Pourtant, lors de son intervention à la tribune, le chef de l'État a martelé qu'il célébrera en 2004, dans la «dignité» les deux cents ans d'indépendance d'Haïti. Cette dignité reposerait-elle sur la cession du territoire national à une firme étrangère, la «Haitian-Dominican Investments Funds» pour se conformer au plan néo-libéral, imposé par cette «communauté internationale»? En fait, la meilleure façon de commémorer nos 200 ans d'indépendance ne serait-elle pas de refaire 1804?