11 Septembre, 2002

September 11, 2002

11 Septamn, 2002

Vol. 20 No. 26
Résolution 822: nouveau diktat!

Après plus de deux ans de «crise» post-électorale dans laquelle «la communauté internationale», à travers l'OEA, s'est donnée le rôle de «facilitateur». Mais après les nombreuses missions de «bons offices» visant théoriquement à trouver une entente négociée entre les protagonistes politiques haïtiens à son écoute, l'OEA aura choisi finalement le diktat avec la résolution 822 fraîchement adoptée par son Conseil permanent.

En effet, faisant complètement fi de ses «préoccupations initiales» à dénouer la «crise haïtienne» à travers des rounds de négociation entre Lavalas et la Convergence, l'OEA - donc le département d'Etat des Etats-Unis - suite à cette nouvelle résolution renforçant par ailleurs la précédente résolution 806 sur les événements du 17 décembre 2001, décide que de nouvelles élections devront se tenir l'année prochaine. A cet effet, la résolution 822 presse les autorités Lavalas à constituer un nouveau Conseil électoral provisoire selon la formule incluse dans le projet d'accord initial proposé précédemment par l'OEA.

Sur ce nouveau développement, le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), Benjamin Dupuy a assimilé les nombreux démêlés de l'OEA dans le pays à la préparation d'une éventuelle intervention des Etats-Unis en Haïti en vue d'imposer leur propre dénouement à la «crise haïtienne». «La résolution 822 prouve, à tous ceux qui n'ont pas porté foi à ce que nous avions dit, que la Mission spéciale pour le renforcement de la démocratie en Haïti est, en réalité, une mission de tutelle... Pour nous, le jeu de l'OEA, en tant que ministère des Affaires coloniales des Etats-Unis, consiste à préparer une nouvelle occupation du pays» a expliqué Dupuy au cours d'une conférence de presse le vendredi 6 septembre. Il a aussi comparé cette mission de l'OEA aux différentes commissions civiles qu'avait déléguées le gouvernement français dans la colonie de Saint-Domingue durant la période révolutionnaire pour préparer le débarquement des troupes napoléoniennes au début du XIXe siècle.

D'autre part, Ben Dupuy a mis en relief un jeu de cache-cache engagé par l'OEA consistant à fustiger tour à tour les autorités Lavalas et les dirigeants de la Convergence. «Nous pouvons remarquer que tantôt l'OEA soutient la Convergence et quand celle-ci se croit en position de force, elle appuie alors Lavalas...» Le dirigeant du PPN a également insisté sur le fait que la résolution 822 envisage le déblocage de l'aide internationale alors qu'auparavant l'OEA l'avait conditionné à un accord politique signé entres les deux parties. «Nous savons que l'OEA, ainsi que toute la communauté internationale, avait dit qu'il fallait avoir un accord politique avant de parler d'aide internationale. C'était une condition sine qua non. Et subitement, il semblerait que toutes ces choses auraient sombré dans l'oubli. Ainsi, l'OEA a finalement rendu son verdict en promettant l'octroi de fonds. A titre de justification, ils sont en train de verser des larmes de crocodile sur la misère du peuple... Maintenant, il semblerait que l'OEA - c'est-à-dire les Etats-Unis - s'est décidée à débloquer l'aide internationale au profit du pouvoir Lavalas. N'est-ce pas que le Premier ministre clôturait sa dernière conférence de presse par des éclats de rire, tant il était satisfait; mais il semble avoir oublié le proverbe qui dit: rira bien qui rira le dernier.» Dupuy a rappelé, d'autre part, que l'aide internationale n'est jamais un cadeau; mais plutôt des prêts qui alimentent le service de la dette extérieure du pays. Ainsi, le dirigeant du PPN a déclaré que Lavalas et la Convergence ne font que miser sur l'octroi de ces éventuels fonds dans le but de poursuivre leur enrichissement personnel. Il a évoqué ainsi les 550 millions de dollars détournés par les Duvalier et consorts avant la chute du régime en 1986.

Par ailleurs, suite aux événements survenus le 2 août dernier aux Gonaïves conduisant à l'évasion d'Amiot Métayer, le secrétaire général de l'OEA César Gaviria et le représentant des Etats-Unis au Roger Noriega avaient exigé le retour immédiat en prison de tous les évadés. Pourtant, a fait remarquer Dupuy, la résolution 822 adoptée le 4 septembre par le Conseil permanent de l'OEA, ne fait plus mention de cette mise en demeure. Et quant au délai de 60 jours imparti au ministère de la Justice pour présenter son rapport sur les événements du 17 décembre 2001, selon les modalités de la précédente résolution 806 de l'OEA, ce délai est arrivé à échéance le lundi 9 septembre, et nous avons rejoint au téléphone le ministère de la Justice, mais personne ne pouvait ou ne voulait nous dire quoi que ce soit à ce sujet! Rappelons que le ministère de la Justice devait poursuivre toutes les personnes impliquées dans les actes de violences du 17 décembre 2001 conformément aux conclusions de l'enquête menée par la «commission d'enquête indépendante» de l'OEA formée de trois juristes internationaux. Le rapport de cette enquête avait, en effet, cité nommément quelques personnes, dont des membres d'OP influents, qui auraient pris part à ces événements.

Prétendant être en accord avec les termes de l'accord initial de l'OEA, le pouvoir avait en fait subtilement «aménagé» son contenu. Ainsi, sous prétexte de vouloir se conformer à la Constitution, Fanmi Lavalas exigeait que tous les élus locaux - maires, casecs et asecs - restent à leur poste jusqu'à l'installation des nouveaux élus. La résolution 822 accorde une échéance de deux mois au pouvoir pour mettre sur pied un conseil électoral. En ce sens, Dupuy s'interroge sur la crédibilité de ces prochaines joutes avec la présence de ces élus locaux qui, selon lui, se comportent en «seigneurs de la guerre». «Tout simplement, dans deux mois il y aura un CEP, donc ils ont mis une camisole de force à la Convergence, ainsi ses dirigeants ne savent plus dans quelle direction courir, est-ce qu'ils doivent ou non participer à ces élections qui seront sans doute contrôlées par la «communauté internationale» qui offre déjà son "assistance technique et financière» a ajouté M Dupuy. Selon ce dernier, dans le cadre du désarmement des groupes civils exigé par le Département d'Etat des Etats-Unis, le chef de l'Etat n'hésiterait pas une seconde à sacrifier ses partisans, dont les membres d'OP à sa dévotion. «Sonthonax avait déclaré à l'endroit des esclaves, qu'il avait armés, que ceux qui voudraient leur enlever ces armes voudront les retourner à l'esclavage» a rappelé Dupuy.

Face à l'insistance de la «crise» fabriquée sur mesure et à l'incapacité du pouvoir et de la Convergence, qui ne font que se battre pour la séparation du pouvoir, à apporter des réponses aux revendications populaires, le PPN croit qu'une véritable alternative doit se renforcer autour de la base qu'il a de façon conséquente construite et qui a toujours mis en garde contre la spoliation des intérêts de la nation et du peuple haïtien par ces vendus qui n'ont en vue que leurs intérêts mesquins en dépit de la détérioration économique et physique du pays.