4 Septembre, 2002

September 4, 2002

4 Septamn, 2002

Vol. 20 No. 25
L'attaque lancée contre le Premier ministre Yvon Neptune par les chefs d'organisations populaires (OP) pro-Lavalas, René Civil et Paul Raymond, respectivement de Jeunesse pouvoir populaire (JPP) et de TKL Saint-Jean-Bosco, lors de leur conférence de presse du mardi 27 août, témoigne du profond malaise auquel est désormais confronté le régime Lavalas.

En effet, à cette occasion, René Civil et Paul Raymond ont pointé du doigt le chef du gouvernement qu'ils accusent d'être trop peu soucieux des revendications populaires. «Lorsqu'un militant a des problèmes, M. Neptune cherche toujours son nom dans les cahiers du parti pour qu'il puisse le traiter de délinquant et de 'chimère' ne faisant pas partie du Parti» a prétendu René Civil. Rappelons, à ce sujet, que lors des troubles survenus aux Gonaïves avec la libération d'Amiot Métayer par ses partisans, le Premier ministre avait effectivement qualifié les membres d'OP, proches de Métayer de «noyaux de bandits» contre lesquels des «mesures devaient être prises». Ces déclarations traduisaient, en fait, haut et fort, la diligence faite par le chef de l'Etat à oeuvrer pour se conformer à la résolution 806 du Conseil permanent de l'OEA concernant les événements du 17 décembre 2001, en satisfaisant les exigences de la «communauté internationale».

D'autre part, les chefs d'OP de la zone métropolitaine, René Civil et Paul Raymond, au cours de ce point de presse, ont également énuméré nommément des fonctionnaires, dont des proches du président, des ministres et des parlementaires, qui devraient, selon eux, être mis à l'écart par le chef de l'Etat. Ils ont qualifié ces personnalités de «Lavalasso-Convergence», les accusant en outre de ne travailler qu'aux dépens du président de la République: «Aujourd'hui, le pouvoir c'est Gladys Lauture, Gustave Faubert, Paul Antoine, Jean Baptiste, Lans Clonès, Yvon Neptune, Anthony Dessources, Lilas Desquiron, Gérald Gilles. Dans les jours à venir, attendez notre mot d'ordre, car nous devons finir avec ces discriminations. Nous publierons la liste des gens de la Convergence, de Lavalas et de la communauté internationale qui travaillent contre le peuple et le président Aristide» a indiqué Civil, avant que Paul Raymond ne précise: «Nous donnons cette conférence de presse dans le but de récupérer Jean-Bertrand Aristide qui se trouve en difficultés.» En ce sens, l'attaque de ces leaders d'OP en direction du Premier ministre Yvon Neptune, semble aussi viser le chef de l'Etat pour qu'il se garde d'éliminer les bases de son pouvoir.

En effet, dans un second temps, suite à une rencontre à laquelle ont participé René Civil et Paul Raymond le 30 août au Palais national, et probablement en compagnie du chef de l'Etat (radio Kiskeya 30-08-02), le ton du discours de ces chefs d'OP allait significativement se moduler. En effet, ils ont par la suite indiqué que leur démarche ne visait uniquement qu'à rappeler à l'ordre le Premier ministre en l'invitant à se débarrasser de certaines personnalités de son entourage.

En fait, cette mise au point était on ne peut plus urgente pour le gouvernement Lavalas qui ne pourrait se payer le luxe de se défaire de Neptune sous la pression des organisations populaires, comme ce fut d'ailleurs le cas de l'ex-Premier ministre Jean-Marie Chérestal. Une telle situation serait préjudiciable pour les autorités Lavalas aux yeux de Washington qui ne cesse d'exiger du président Aristide l'anéantissement de ces groupes de base, comme en fait foi le rapport d'enquête de la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) de l'OEA. Rappelons que la résolution 806 de l'OEA fait également obligation au gouvernement Lavalas de poursuivre et d'incarcérer toutes les personnes qui avaient été impliquées dans les violences du 17 décembre dernier où, à l'annonce d'une tentative de coup d'État, des membres d'OP avaient saccagé les locaux et les résidences de plusieurs leaders de la Convergence.

Ainsi, afin de calmer la situation qui pourrait en outre précipiter l'éventuelle intervention envisagée par le Département d'Etat, avant de laisser le pays le 1er septembre pour se rendre au Sommet de la Terre en Afrique du Sud, le président Aristide a convié tous les secteurs du pays à cultiver la paix, tout en soutenant le Premier ministre Yvon Neptune. «Avant mon départ vers l'Afrique du Sud, j'ouvre mes bras et mon coeur, pour embrasser chaque Haïtien, sans distinction, que j'encourage à tenir le drapeau de la paix et un environnement pacifique dans l'ordre. Les secteurs politiques, tenons ensembles le drapeau de la paix car seule la paix peut entraîneur une stabilité politique... Je demande à la police de tenir la main du Premier ministre et de son gouvernement et celle de la population, pour que quiconque ne se sente dans l'insécurité...» a déclaré le chef de l'Etat .

Mais en dépit de ces «raccommodages», le pouvoir Lavalas semble plus que jamais sur la corde raide. D'un côté, les chefs d'OP, René Civil et Paul Raymond qui tentent de ne pas se laisser écarter, et de l'autre, la résolution 806 de l'OEA et le tout récent rapport de la CIDH qui explicitement l'exigent. De ce fait, les organisations populaires devront bien se mettre dans la tête que si les négociations devaient se poursuivre, leur avenir serait pas mal compromis. Par ailleurs, compte tenu des nombreuses concessions déjà faites par le chef de l'Etat et de sa volonté inébranlable de voir reprendre l'aide internationale, les OP doivent s'attendre à ce qu'il poursuive ces négociations qui durent depuis près de deux années. Rappelons lors de ces joutes, l'OEA qui s'est d'abord félicité de la réalisation du processus, avait par la suite sur ordre du Département d'Etat nord-américain bien entendu, délégué Orlando Marville pour brouiller les cartes. Suite à ces événements, le président Aristide, dans son souci d'exécuter les exigences de ses tuteurs et satisfaire ses propres intérêts, s'était engagé dans ce processus de négociation qui a entraîné un vaste programme de trahison, consistant notamment à raccourcir le mandat des élus, à intensifier l'exécution des clauses du plan néo-libéral, dans l'objectif de satisfaire la «communauté internationale» pour rester au pouvoir.

Cependant, lorsque des irrégularités flagrantes avaient été observées dans les élections qui devaient aboutir à l'ascension de George W. Bush au pouvoir aux Etats-Unis en novembre 2000, l'OEA n'avait point eu son mot à dire. Une fois que la Cour suprême des Etats-Unis avait placé son mot, la situation était vite résolue; alors que les cas de fraude étaient évidents, surtout dans l'Etat de Floride. Alors que le CEP, de notre côté, avait tranché sur le sort des élections du 21 mai 2000, il aura suffi que le «Blanc» émette ses objections pour que tout le processus soit remis en question. Ainsi, étant donné que nos dirigeants, y compris Aristide, ne font qu'obéir aux ordres de l'étranger, le chef de l'Etat avait donc accepté de s'engager dans ces dialogues avec la Convergence, cette alliance de l'opposition qui avait été mise sur pied par la «communauté internationale» par l'intermédiaire du très réactionnaire Institut républicain international (IRI), insigne représentant de l'extrême droite de Washington.

Dans cette perspective, comment les chefs d'OP peuvent-ils espérer récupérer Jean-Bertrand Aristide qui est toujours prêt à tout concéder pour prouver à Washington qu'il est tout disposé à lui obéir pour garder son poste au Palais national? Comment celui-ci pourra-t-il, d'autre part, réviser sa politique afin de prioriser désormais la production nationale, alors que les OP, elles, savent très bien que Aristide a bradé 1875 KM2 du territoire national pour que les capitalistes nord-américains et dominicains puissent exploiter les travailleurs haïtiens sur la frontière haïtiano-dominicaine, en mettant, en outre sous le coude la Constitution haïtienne? Le chef de l'Etat est-il encore récupérable?