28 Août, 2002

August 28, 2002

28 Out, 2002

Vol. 20 No. 24
La manifestation projetée le 22 août par le Front de résistance pour la défense de l'autonomie de l'Université, un regroupement proche de la Convergence, qui devait partir de l'Ecole normale supérieure, a été bloquée sur place par des contre-manifestants proches du pouvoir. Massés aux abords de l'établissement ces derniers ont forcé les contestataires de la décision gouvernementale de remplacer le conseil exécutif de l'université par une commission dirigée par Charles Tardieu à transformer leur marche en un meeting. Un meeting cependant où les participants se trouvaient en état de siège, puisque les alliés du régime réunis autour de l'édifice lançaient toutes sortes de projectiles: des jets de pierres, des bouteilles remplies d'urine, etc., pour empêcher toute tentative de sortie de l'enceinte de l'Ecole normale supérieure. Les policiers présents sur les lieux se comportaient pratiquement comme des observateurs. Mais le porte-parole de la police Jean Dady Siméon n'a rien trouvé à redire à l'attitude de ses collègues en cette occasion, racontant plutôt que dans ce face à face de «deux groupes d'étudiants» les policiers ont fait leur travail en s'interposant sans prendre position pour l'un ou l'autre groupe. «Nous faisons un travail préventif qui vise à éviter un affrontement» a osé dire Jean Dady Siméon.

Une drôle de façon de faire de la prévention car, à moins que les policiers aient été préalablement au courant du scénario des événements, on ne voit pas comment ils auraient pu éviter des débirdements de violences. D'ailleurs il y a eu des blessés. Jean Numa Goudou, journaliste à Radio Métropole a rapporté: «Que ce soit du côté des étudiants, que ce soit de celui des contre-manifestants, par exemple des journalistes de Radio Nationale et de TNH, de Cadence FM ont été agressés verbalement par certains étudiants et d'autres journalistes ont été agressées comme moi, par des contre-manifestants qui nous accusaient de travailler au profit des étudiants.»

En fait le porte-parole de la Police savait bien de quoi il était question en l'occurrence: surtout pas de l'autonomie de l'Université, mais d'un affrontement supplémentaire à l'intérieur de ladite «crise politique» entre le pouvoir Lavalas et la Convergence. La Police d'un commun accord, à tout le moins tacite, avec le gouvernement, avait décidé de laisser faire les contre-manifestants pour mettre en échec les alliés de la Convergence au sein de l'Université et leur donner une «leçon».

Ces événements mettent à nu ce que les deux adversaires ont essayé de camoufler depuis le début. Justement, au cours d'une conférence de presse le mardi 27 août le dirigeant du Parti populaire national (PPN) Ben Dupuy a dénoncé à propos de cette «crise» à l'Université les manoeuvres de ces hommes politiques qui ne viseraient, selon lui, qu'à faire disparaître cette institution. «C'est la même soi-disant crise qui bouleverse le pays, ils ont combattu pour cette affaire de Premier ministre, pour séparer le gâteau, séparer les ministères, ils s'en prennent maintenant à l'Université. Tout le monde sait que trois quarts des professeurs à l'Université appartiennent à l'OPL... Ils ont donc pensé qu'ils étaient chez eux, très confortables. Ils devaient faire un projet de loi sur l'autonomie de l'Université, ils ont attendu la fin de leur mandat pensant que c'est leur territoire. Et comme Lavalas a toujours voulu s'emparer de toutes les institutions, il en a profité... Donc dans cette affaire, nous pouvons dire que c'est la même lutte qui se poursuit; l'Université n'a rien à y voir, les étudiants non plus. Ils ont polarisé les étudiants; en fait ces hommes travaillent à faire disparaître l'Université, parce que l'Université d'Etat n'entre pas dans le cadre du plan néolibéral que le gouvernement vise à établir. Et la Convergence elle-même n'a pas de problème avec le plan néolibéral» a déclaré le dirigeant du PPN.

C'est une crise structurelle qui se reflète au sein de l'Université d'Etat. C'est toujours la lutte au sein des classes dominantes qui se poursuit aujourd'hui. Et en fait d'une solution pour l'Université, le secrétaire général du PPN a fait observer: ,«Si on ne change pas la structure de ce pays, si on ne change pas le pouvoir d'Etat on n'aura pas une solution pour l'Université...»

Il existe en outre un côté assez navrant dans cette affaire, c'est que les véritables protagonistes utilisent ceux qui auront le plus à en pâtir pour parvenir à leurs fins. Il y a longtemps, par exemple, que Lavalas ne se sert plus des organisations populaires que comme troupes de choc face à ses adversaires et qu'il les tient à l'écart ou s'en débarrasse suivant les circonstances.