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| La «crise»
à l'Université d'Etat d'Haïti (UEH) provoquée par le gouvernement
Lavalas a atteint une nouvelle dimension, le mercredi 14 août, lors
de la manifestation organisée par le Front de résistance pour la défense
de l'autonomie de l'Université. Ce front de refus, opposé à la décision
du ministère de l'Education concernant le licenciement le 27 juillet
du conseil exécutif dirigé par Pierre-Marie Paquiot, et la nomination
d'une commission provisoire trois jours plus tard, avait annoncé toute
une série d'activité: conférences-débats, manifestations, qui viseraient
à faire échouer la mainmise gouvernementale. «Nous disons clairement
que nous ne marchons pas dans la logique de négociations avec le pouvoir.
La véritable mobilisation à faire, aujourd'hui, c'est un combat pour
forcer le pouvoir à enlever ses griffes sur l'Université. Nous pensons
que l'Université a suffisamment de compétence et de provisions pour
résoudre ce problème» a indiqué Guy Numa, coordonnateur du Front.
Comme annoncé, le mercredi 14 août, une marche de protestation,
partie de l'édifice abritant l'Ecole normale supérieure, a abouti
devant le ministère de l'Education nationale. Une manifestation
sans conteste pacifique qui allait être cependant dispersée sous
des jets de pierres lancés par des individus embusqués dans la cour
du ministère et dans le voisinage. Par chance cette agression n'aura
fait que deux blessé du côté des manifestants et deux véhicules
de la presse ont été endommagés: Télé Haïti et radio Ginen. Le surlendemain
les membres du Front ont dénoncé au cours d'une conférence de presse
Marjorie Michel, Lans Fanfan (frère du sénateur Lavalas Lans Clonès)
et Grégory Tassy, pour leur participation à ce méfait. Ils ont réclamé
l'arrestation de ce groupe qu'ils ont qualifié de «chimère à la
solde du pouvoir Lavalas». De plus, assez significativement la police
était bien sûr absente des lieux. Marjorie Michel a pour toute défense
dénoncé le caractère politique de la manifestation du Front de refus.
«Nous disons oui à l'autonomie, non au brigandage. Nous nous sommes
affrontés, parce qu'ils veulent traîner la crise dans la rue, cela
nous a affectés. Ils veulent transplanter la crise politique à l'Université,
c'est ce que nous ne voulons pas. Entre étudiants, nous devrions
nous mettre ensemble pour combattre, en dehors de toute idéologie»
a-t-elle osé déclarer en toute «naïveté» lavalassienne.
Paradoxalement, ces deux groupes d'étudiants, opposés dans la
«crise» à l'Université, le Front de résistance et la FENUH (Fédération
nationale des universitaires haïtiens) qui avait tenu la contre-manifestation,
ont selon leur déclaration une même vision pour l'UEH, à savoir
son autonomie. Pourquoi alors ne peuvent-ils par s'entendre alors?
C'est à croire que Marjorie Michel ne dit pas tout, même si elle
veut afficher sa «neutralité». Pour sa part la ministre de l'Education
nationale, Myrtho Célestin Saurel, tout en déplorant l'attitude
des étudiants, a indiqué qu'elle ne comptait pas revenir sur sa
décision et a fait savoir que le responsable de la commission provisoire,
Charles Tardieu (un farouche néolibéral universitaire, soit dit
en passant) allait travailler d'arrache-pied pour résoudre la «crise»
que confronte l'Université. Des intérêts supérieurs à ceux de l'enseignement
proprement dit la dissuaderaient de tenter tout accommodement?
Mais le Front de résistance se dit déterminé à poursuivre sa mobilisation
et a annoncé pour le jeudi 22 août une manifestation de plus grande
envergure. L'un de ses dirigeants Guy Numa a juré de faire reculer
la ministre de l'Education. La Convergence par le biais de Micha
Gaillard, profitant des circonstance, a invité la mission spéciale
de l'OEA à intervenir. «La Convergence démocratique demande à la
mission de l'OEA qui est dotée d'un mandat lui permettant d'intervenir
dans tout ce qui a trait aux droits humains, à la justice dans la
gouvernance, de faire en conséquence son travail» a ânonné Gaillard
qui cherche à tirer parti en sous-main du conflit, mais sans toutefois
en dénoncer les tenants et aboutissants pour ne pas s'aliéner la
«communauté internationale» qui ne saurait être étrangère à cette
offensive pour en finir avec toute velléité d'autonomie universitaire.
D'ailleurs, comme l'a aussi signalé le syndicat des ouvriers agricoles
Batay Ouvriyè dans un texte d'appui au Front du refus, les étudiants
devront aussi finir par comprendre qu'ils doivent voir la défense
de leurs intérêts au-delà de l'enceinte universitaire, en apportant
leur soutien aux luttes que mène le peuple haïtien de façon générale,
car le projet néolibéral est global, y compris dans le dessein à
moyen terme de privatisation de l'Université, et il faut unir les
forces sur tous les fronts pour le mettre en échec.
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