21 Août, 2002

August 21, 2002

21 Out, 2002

Vol. 20 No. 23
La «crise» à l'Université d'Etat d'Haïti (UEH) provoquée par le gouvernement Lavalas a atteint une nouvelle dimension, le mercredi 14 août, lors de la manifestation organisée par le Front de résistance pour la défense de l'autonomie de l'Université. Ce front de refus, opposé à la décision du ministère de l'Education concernant le licenciement le 27 juillet du conseil exécutif dirigé par Pierre-Marie Paquiot, et la nomination d'une commission provisoire trois jours plus tard, avait annoncé toute une série d'activité: conférences-débats, manifestations, qui viseraient à faire échouer la mainmise gouvernementale. «Nous disons clairement que nous ne marchons pas dans la logique de négociations avec le pouvoir. La véritable mobilisation à faire, aujourd'hui, c'est un combat pour forcer le pouvoir à enlever ses griffes sur l'Université. Nous pensons que l'Université a suffisamment de compétence et de provisions pour résoudre ce problème» a indiqué Guy Numa, coordonnateur du Front.

Comme annoncé, le mercredi 14 août, une marche de protestation, partie de l'édifice abritant l'Ecole normale supérieure, a abouti devant le ministère de l'Education nationale. Une manifestation sans conteste pacifique qui allait être cependant dispersée sous des jets de pierres lancés par des individus embusqués dans la cour du ministère et dans le voisinage. Par chance cette agression n'aura fait que deux blessé du côté des manifestants et deux véhicules de la presse ont été endommagés: Télé Haïti et radio Ginen. Le surlendemain les membres du Front ont dénoncé au cours d'une conférence de presse Marjorie Michel, Lans Fanfan (frère du sénateur Lavalas Lans Clonès) et Grégory Tassy, pour leur participation à ce méfait. Ils ont réclamé l'arrestation de ce groupe qu'ils ont qualifié de «chimère à la solde du pouvoir Lavalas». De plus, assez significativement la police était bien sûr absente des lieux. Marjorie Michel a pour toute défense dénoncé le caractère politique de la manifestation du Front de refus. «Nous disons oui à l'autonomie, non au brigandage. Nous nous sommes affrontés, parce qu'ils veulent traîner la crise dans la rue, cela nous a affectés. Ils veulent transplanter la crise politique à l'Université, c'est ce que nous ne voulons pas. Entre étudiants, nous devrions nous mettre ensemble pour combattre, en dehors de toute idéologie» a-t-elle osé déclarer en toute «naïveté» lavalassienne.

Paradoxalement, ces deux groupes d'étudiants, opposés dans la «crise» à l'Université, le Front de résistance et la FENUH (Fédération nationale des universitaires haïtiens) qui avait tenu la contre-manifestation, ont selon leur déclaration une même vision pour l'UEH, à savoir son autonomie. Pourquoi alors ne peuvent-ils par s'entendre alors? C'est à croire que Marjorie Michel ne dit pas tout, même si elle veut afficher sa «neutralité». Pour sa part la ministre de l'Education nationale, Myrtho Célestin Saurel, tout en déplorant l'attitude des étudiants, a indiqué qu'elle ne comptait pas revenir sur sa décision et a fait savoir que le responsable de la commission provisoire, Charles Tardieu (un farouche néolibéral universitaire, soit dit en passant) allait travailler d'arrache-pied pour résoudre la «crise» que confronte l'Université. Des intérêts supérieurs à ceux de l'enseignement proprement dit la dissuaderaient de tenter tout accommodement?

Mais le Front de résistance se dit déterminé à poursuivre sa mobilisation et a annoncé pour le jeudi 22 août une manifestation de plus grande envergure. L'un de ses dirigeants Guy Numa a juré de faire reculer la ministre de l'Education. La Convergence par le biais de Micha Gaillard, profitant des circonstance, a invité la mission spéciale de l'OEA à intervenir. «La Convergence démocratique demande à la mission de l'OEA qui est dotée d'un mandat lui permettant d'intervenir dans tout ce qui a trait aux droits humains, à la justice dans la gouvernance, de faire en conséquence son travail» a ânonné Gaillard qui cherche à tirer parti en sous-main du conflit, mais sans toutefois en dénoncer les tenants et aboutissants pour ne pas s'aliéner la «communauté internationale» qui ne saurait être étrangère à cette offensive pour en finir avec toute velléité d'autonomie universitaire. D'ailleurs, comme l'a aussi signalé le syndicat des ouvriers agricoles Batay Ouvriyè dans un texte d'appui au Front du refus, les étudiants devront aussi finir par comprendre qu'ils doivent voir la défense de leurs intérêts au-delà de l'enceinte universitaire, en apportant leur soutien aux luttes que mène le peuple haïtien de façon générale, car le projet néolibéral est global, y compris dans le dessein à moyen terme de privatisation de l'Université, et il faut unir les forces sur tous les fronts pour le mettre en échec.