| Métayer arrivera-t-il à «légaliser» son évasion?
En dépit de l'opposition affichée par le juge d'instruction Marcel Jean, en charge du dossier d'Amiot Métayer, contre la volonté de celui-ci visant à l'obtention de la «légalisation» de son évasion le 2 août dernier, les avocats constitués par le Métayer lui-même se sont mis «au travail» le 19 août pour réinventer le Code criminel en faveur de leur client! Pourtant le juge Marcel Jean avait précédemment stipulé clairement: «En aucune façon, on ne peut mettre la justice devant un fait accompli... L'article 80 du Code d'instruction criminelle est clair: quand une personne est inculpée, elle doit faire une demande en main levée, et dès lors, le juge doit statuer sur cette demande. Alors, en aucune façon, un inculpé ne peut choisir de se libérer et de demander à la justice de légaliser sa libération.»
Ces déclarations du magistrat ne semblent avoir produit un quelconque effet sur Amiot Métayer si l'on tient compte des progrès déjà enregistrés quant à ses démarches. En effet, selon des informations fournies par l'un des avocats du fugitif, Jean Eugène Pierre-Louis, quatre avocats ont été effectivement constitués sur le dossier comprenant Me Luc, Me Duclas, Me Latortue et Me Pierre-Louis. Ce dernier, qui a dit avoir été contacté récemment à Port-au-Prince pour rejoindre les trois autres sur le dossier, a indiqué qu'il s'est rendu aux Gonaïves pour pouvoir mieux prendre connaissance du dossier. «Nous n'avons pas un dossier politique à traiter, c'est un dossier judiciaire. Notre premier travail c'était un travail de compréhension, de prise de connaissance et d'identification des paramètres à traiter. Donc, en ce sens, nous étions aux Gonaïves pour rencontrer les cabinets des autres collègues et plusieurs autres concernés dans le cadre du dossier» a prétendu sans complexe Pierre-Louis.
A entendre toutes ces dispositions prises par les avocats d'Amiot Métayer considéré comme fugitif suivant la loi, l'on ne croirait pas qu'il s'agit du cas d'un prisonnier en cavale qui avait été incarcéré par la justice. Qu'il ait pu s'évader de prison en plein jour grâce à la complicité de ses partisans constitue un fait déconcertant, mais qu'il ait également pu constituer des cabinets d'avocats pour légaliser cette évasion, cela dépasse l'entendement, et s'il y arrive, on n'aura plus qu'à fermer les tribunaux.
Par ailleurs, le chef de l'Etat, qui avait fait écrouer Amiot Métayer pour satisfaire les exigences de l'OEA, donc du Département d'Etat des Etats-Unis, semble lui aussi favorable à une nouvelle incarcération de l'homme fort de Raboteau. En effet, s'adressant à la population de Petit-Goâve, le 15 août dernier, le président Aristide, tout ne mentionnant pas nommément Amiot Métayer, a plaidé en faveur de l'application de la loi dans le cadre des événements survenus aux Gonaïves le 2 août dernier où plus de 150 prisonniers, dont Jean Pierre alias Jean Tatoune et bien sûr Métayer avaient pu s'enfuir. «Je félicite tous les enfants de l'Artibonite qui ont réalisé que la voie de la loi pouvait les amener à une belle 2004 et qui prennent les dispositions pour que tous les hors-la-loi puissent prendre pacifiquement le chemin de la loi pour qu'on puisse bâtir un pays sur la loi», avait déclaré le président.
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