7 Août, 2002

August 7, 2002

7 Out, 2002

Vol. 20 No. 20
L'Université d'Etat d'Haïti (UEH), institution proclamée indépendante et autonome par la Constitution de 1987 (titre VI et article 28) est en passe de devenir un instrument entre les mains de ceux qui luttent pour le partage des différentes sphères du pouvoir.

Cette situation fait suite à la décision de la ministre de l'Education nationale, Myrtho Célestin Saurel, de rendre effective la caducité constatée (sur demande!) par le tribunal des référés du conseil exécutif sortant de l'UEH, présidé par Pierre-Marie Paquiot, en nommant une commission provisoire, composée de Charles Tardieu, président, Rose-Marie Rodriguez et Price Cyprien conseillers. Cette commission est mandatée pour six mois et est chargée d'établir «un climat de confiance et de dialogue» au sein de l'Université, a expliqué la ministre le 31 juillet, jour de l'installation du conseil, par ailleurs très contesté par plusieurs associations étudiantes et de nombreux professeurs.

Les membres du conseil démis, faisant fi de la décision de la ministre, ont investi le rectorat le même jour pour y tenir une séance de travail au cours de laquelle une commission de négociation a été formée pour entrer en pourparlers avec le ministère de l'Education nationale, a indiqué Christian Rousseau, membre de ce conseil contestataire: «Notre position est la même, conformément aux principes des enseignants de l'UEH, nous rejetons les décisions prises par la ministre de l'Education nationale. Nous avons appris l'autre jour la formation d'une commission au niveau du ministère; nous, au conseil de l'université, nous sommes venus d'une manière symbolique tenir notre promesse de travail, pour bien montrer que nous prenons nos responsabilités et continuons à gérer les affaires de l'UEH. Maintenant dans un esprit de dialogue, nous annonçons à la presse et au public en général que nous avons décidé la formation d'une commission de négociations.»

Coïncidence ou pas, il semble qu'il y ait velléité de dialogue des deux commissions formées parallèlement par le ministère de l'Education nationale et le conseil de l'Université déclaré caduc. En attendant la nomination d'un «médiateur», la situation n'a fait qu'empirer suite à la décision du gouvernement d'apposer les scellés sur les portes du rectorat le 1er août, soit 24 heures après. Par ce geste le pouvoir Lavalas montre clairement qu'il est investi de tous les pouvoirs pour contrôler à sa guise l'UEH.

Cependant, la tâche n'est point facile pour le conseil nommé par la ministre, qui devait être installé normalement au siège du rectorat mais qui a dû se réunir a l'hôtel Le Plaza où il a convoqué le 2 août pour une prise de contact l'autre conseil rival qui a boudé cette invitation, à l'exception du doyen de l'IERAH (Institut des études et de recherches africaines d'Haïti), Franck Ricot. Malgré cet échec, le président Charles Tardieu ne s'en est pas moins montré d'un optimisme impudent: «Je sais qu'il y a beaucoup d'amis, beaucoup de personnalités importantes de l'Université d'Etat d'Haïti et des universités privées, qui nous félicitent pour la responsabilité que nous prenons.»

Entre-temps, plusieurs organisations de professeurs et d'étudiants se sont réunis au local de l'Ecole normale le 2 août pour une conférence de presse au cours de laquelle ils ont annoncé la formation d'un front de résistance pour la défense de l'UEH. Ce front, composé de six organisations: FEUH, GIMEC, AJSH (Association des jeunes socialistes engagés), UNNOH, CNEH et d'une organisation populaire dénommée «Granmoun», aurait pour objectif «de forcer le gouvernement à revenir sur sa décision sur la caducité de l'ancien conseil, à défendre l'autonomie et l'indépendance de l'Université», a indiqué son porte-parole Morisette Jean junior. De leur côté, les membres du CIF qui n'ont pas été invités à prendre part à la conférence ont dénoncé la mise en place de ce front et ont accusé ses membres de faire partie de la Convergence.

Ainsi, la «crise» de l'Université n'est-elle pas plutôt politique? N'est-elle pas une nouvelle tactique utilisée par le pouvoir Lavalas pour détourner l'attention du peuple des vrais problèmes? Sur fond de crise universitaire les principaux protagonistes de la «crise» politique jouent leur jeu au détriment des vrais concernés: les étudiants.

Au cours d'une conférence de presse le 1er août, le secrétaire général Ben Dupuy du Parti populaire (PPN) a justement fait remarquer qu'«aujourd'hui nous voyons des troubles dans l'Université, mais c'est la même lutte qui se poursuit. C'est pour partager le pouvoir dans toutes les institutions. Le peuple n'a rien à voir dans cette histoire, ce n'est pas une lutte en faveur des étudiants démunis qui voudraient avoir plus de connaissance. En fait, c'est une façon de détruire l'Université d'Etat, de la même façon qu'ils bradent une partie du territoire national, donc ils veulent tout privatiser... et n'ont vraiment aucun intérêt à défendre une université d'Etat...»