7 Août, 2002

August 7, 2002

7 Out, 2002

Vol. 20 No. 21
Compte à rebours vers «l'accord»?

Comme nous avons titré dans notre précédente édition (Haïti-Progrès, vol 20 #20), «Le glas a sonné pour la Convergence» depuis que le Département d'Etat des Etats-Unis, par l'intermédiaire de son représentant à l'OEA, l'ambassadeur Roger F. Noriega, avait signifié une fin de non-recevoir aux conditions exigées par la Convergence pour l'acceptation de l'«accord initial» avec le gouvernement Lavalas, il n'y avait plus de doute que les jeux étaient faits pour la Convergence. Ce regroupement d'opposition au pouvoir Lavalas, fabriqué sur mesure par la «communauté internationale» elle-même, qui avait déjà le dos au mur, se voyait finalement ramené à la réalité. «La Convergence démocratique ne fait pas montre de flexibilité, élément essentiel pour parvenir à un accord initial, dans le cadre duquel l'OEA pourrait aider à aborder certains points d'intérêt...», avait écrit Noriega dans la lettre qu'il adressait à cette formation le 26 juillet dernier et qui était rendue public le 30 juillet suivant. Il ne restait plus à la Convergence ou du moins, à son secteur représentant de la bourgeoisie (OPL, Panpra, Conacom) qu'à se conformer.

Le vendredi 2 août, le Conseil permanent de l'OEA devait se réunir afin de se prononcer sur le projet de résolution proposé par les autorités haïtiennes. Ce document proposant un plan de sortie de «crise» à partir de la réalisation d'élections législatives et locales pour l'année 2003 et le déblocage de l'assistance internationale, n'a pas été immédiatement adopté par le Conseil.

Bien avant ce jour-là, tout montrait que le pouvoir Lavalas se trouvait sur la bonne voie, vu l'attitude docile et soumise manifestée par le président Aristide vis-à-vis la «communauté internationale». La liquidation des élus du 21 mai 2000, les arrestations de certains membres d'organisations populaires considérées comme étant proches du pouvoir, (Ronald Cadavre, Amiot Métayer, entre autres), la vente de 1875Km2 du territoire le long de la frontière, la répression des paysans en sont des exemples...

Ainsi, dans son éditorial du 28 juillet dernier, le quotidien Miami Herald à la manière de certains responsables de l'administration Bush, s'est aussitôt désolidarisé de la Convergence à qui il redonne sa vraie dimension: «Il reste la conclusion du projet d'accord de l'OEA avec la Convergence démocratique, une coalition de partis politiques de l'opposition qui ne jouit que d'un faible support populaire en Haïti.» Le sénateur démocrate Christopher Dodd a aussi profité de la circonstance pour apporter son appui au régime Lavalas, prenant prétexte de sa compassion pour le sort du peuple haïtien (qui peut être réel par ailleurs): « Haïti s'enfonce plus profondément dans l'extrême pauvreté. M. le président, les effets du mal qu'endure maintenant le peuple haïtien sont tout simplement inacceptable. Leur souffrance est dévastatrice et inqualifiable... C'est le peuple haïtien qui doit constituer aujourd'hui notre principale coopération, non les imperfections de ses institutions politiques...» a dit le sénateur Dodd devant ses pairs à Washington. Donc, à moins d'un improbable re-revirement, le Département d'État est satisfait du résultat de la pression qu'il a su mettre pour faire marcher le régime Lavalas par l'intermédiaire de la Convergence, qui se trouve à son tour sous pression pour venir signer «la paix» avec le pouvoir.

Évidemment, certains élus de l'extrême droite des Etats-Unis n'ont pas pour autant cessé d'appuyer le secteur macoute au sein de ce regroupement de l'«opposition», mis sur pied, si on veut bien se rappeler, par l'Institut républicain international (IRI). Dans ce groupe on rencontre les congressmen Porter J. Goss, Cass Ballenger et Benjamin A. Gilman qui se sont opposés à la fin du mois de juillet dernier, au projet d'accord de résolution de la «crise» présenté au Conseil permanent de l'OEA. Ce qui explique le fait que le responsable de la Mobilisation pour le développement national (MDN), le néo-duvaliériste, Hubert de Ronceray a adressé sa lettre de «propositions personnelles» à ces messieurs. Lettre par laquelle le «nationaliste» néo-duvaliériste De Ronceray a sollicité le «déploiement immédiat d'une importante force internationale dans le pays».

Les graves troubles aux Gonaïves seront venus retarder le vote par le Conseil permanent de l'OEA de la résolution présentée par le gouvernement haïtien pour mettre fin à la «crise». Ce qui donne à penser qu'il y aurait momentanément une pause dans le processus; pause qui permet de clarifier davantage la situation du point de vue de l'OEA qui, tout en manifestant son appui au chef de l'État haïtien, invite celui-ci à se débarrasser de ses alliés au besoin pour ne plus répondre dans ses oeuvres que de la «communauté internationale» (voir page couverture: «Carte blanche à Lavalas»).

Et pour écarter toute ambiguïté, qui pourrait par exemple encourager l'entêtement de la Convergence, le représentant de l'OEA en Haïti, l'ambassadeur Sergio Romero Cuevas a spécifié: ... «Concernant la réunion, c'est parce qu'on n'a pas encore fini de réviser le texte (la proposition de sortie de crise du gouvernement Lavalas). C'est ça, il n'y a pas d'autres raisons... Il faut toujours avoir un consensus sur le texte. Et, et c'est ce qu'on est en train de faire...» Autrement dit, une fois réglée la sédition d'Amiot Métayer et de ses partisans, la Convergence devra s'asseoir à la table pour signer l'«accord initial» et accepter ce qu'on voudra bien lui offrir du «gâteau» pour services rendus!