La mobilisation pour exiger la libération les travailleurs lâchement et arbitrairement arrêtés par le régime Lavalas le 27 mai dernier se poursuit. Que ce soit à l'intérieur du pays qu'à l'étranger, les organisations syndicales et de défense des droits humains ne cessent de réclamer l'élargissement, sans délai et sans conditions, de ces neuf personnes, - trois chauffeurs et six membres de l'Intersyndicale Premier Mai/Batay Ouvriye, arrêtées à Guacimal puis transférées par hélicoptère à Port-au-Prince, en dehors de toutes considérations légales. Pour tenter de «justifier» cette forfaiture, le secrétaire d'Etat à la Communication, Mario Dupuy, avait qualifié les victimes de «terroristes» et de «bandits lourdement armés». Rappelons également que deux journalistes, Darwin St-Julien du journal Haïti-Progrès et Allan Deshommes de Radio Atlantique, avaient été arrêtés puis relaxés quelques jours après suite à un vaste mouvement de protestation de la presse haïtienne et des organisations de droits humains d'ici et d'ailleurs.
Le lundi 22 juillet, plusieurs dizaines de paysans ont organisé un sit-in devant les locaux de la délégation départementale du Nord. Ce mouvement, organisé à l'initiative de l'Intersyndicale Premier mai/Batay Ouvriye, a été l'occasion pour ces paysans de dénoncer l'irresponsabilité du ministère des Affaires sociales, tout en invitant le délégué départemental Jean Myrtho Julien à se prononcer sur «l'illégalité dans le dossier de l'arrestation des paysans». D'autre part, les manifestants en ont profité pour interroger la position de l'Etat sur l'exploitation des paysans par des compagnies étrangères et sur sa volonté à respecter les droits des travailleurs. «Nous exigeons la libération immédiate et sans conditions de ces neuf paysans arrêtés illégalement depuis le 27 mai dernier, soit depuis sept semaines» a déclaré Abel St-Fleur, membre du syndicat Batay Ouvriye.
De son côté, l'organisation de solidarité britannique Haiti Support Group a adressé le 18 juillet une copie d'une pétition, signée par plus de six cents personnes à l'ambassadeur d'Haïti en Belgique et à l'Union Européenne Mme Yolette Azor-Charles. Cette pétition était accompagnée d'une lettre demandant à l'ambassadeur Azor-Charles de faire part au président Aristide de la nécessité pour celui-ci d'intervenir dans le dossier.
Pour sa part, Droits et Démocratie (Centre international des droits de la personne et du développement démocratique) a aussi adressé une correspondance au chef de l'Etat lui demandant «d'intervenir auprès des autorités judiciaires pour libérer les neuf victimes de détention arbitraire et d'entamer une enquête sérieuse sur les violences survenues à Guacimal le 27 mai afin de trouver et de punir les coupables, selon les procédures du Code d'instruction criminelle». Cette organisation, dont la présidente intérimaire la canadienne Kathleen Mahonev, a également invité le président de la République à agir de façon à ce que les négociations entre la direction des produits agricoles Guacimal et les syndicats des ouvriers, sous les auspices du ministère des Affaires sociales, puissent reprendre, tout en demandant, en outre, au président Aristide de mettre un terme à la pratique du métayage sur la plantation de Guacimal.
D'autre part, «War on Want», une organisation établie par le mouvement syndicaliste britannique pour favoriser la solidarité internationale, a également écrit au chef de l'Etat pour protester contre la répression exercée par son régime contre les membres du syndicat Batay Ouvriye. «War on Want se joint à plusieurs organisations haïtiennes de défense des droits de la personne... contre la détention prolongée de neuf personnes qui ont participé au rassemblement des syndicats à la plantation de Guacimal près de St-Raphaël le 27 mai 2002» indique cette lettre de «War on Want» portant la signature de sa directrice Angela Royal. Par ailleurs, chaque jeudi, un mouvement de protestation, organisé par le Réseau Solidarité de Batay Ouvriye à New York et soutenu par la Global Sweatshop Coalition, se tient devant le consulat d'Haïti à Manhattan (New York), toujours en solidarité avec les prisonniers.
Des voix s'élèvent donc de partout pour dénoncer la volonté du pouvoir d'utiliser la violence institutionnalisée comme son principal instrument pour combattre les syndicats ouvriers à travers le pays, en vue, certainement, de plaire à la «communauté internationale», en prélude à l'établissement des zones franches au long de la frontière haïtiano-dominicaine.
Finalement, le 16 juillet, le juge d'instruction Bernard St-Vil, en charge du dossier, avait entendu quatre des neuf personnes gardées en prison par les autorités Lavalas. Mais jusqu'à présent cela ne semble avoir été qu'un simulacre utilisé par les autorités pour donner un semblant de «légalité» à leurs machinations. En marge de leur audition, ces prisonniers avaient pu témoigner non seulement sur les conditions de leur arrestation mais aussi sur leur pénible situation en prison (voir les «Entrevues» dans ce même numéro). Certains d'entre eux ont indiqué que, malgré leur état de santé dégradante, ils n'ont jamais été autorisés à consulter par un médecin. «Nous sommes obligés de payer pour nos lits... Nous sommes malades et nous ne pouvons pas consulter un médecin... Certains d'entre nous ne savent même pas pourquoi nous avons été arrêtés; les chauffeurs, par exemple, ne faisaient qu'effectuer leur travail»...
Le maintien de la détention de ces personnes met à nu la décision arrêtée des autorités Lavalas à fonctionner dans l'illégalité au gré de leurs intérêts personnels. En voulant à tout prix plaire à la «communauté internationale» le régime Lavalas ne fait que se fourvoyer dans une sphère de violence dont les conséquences seront assez considérables pour le pays. Entre temps, la mobilisation ne fait que se poursuivre afin que ces paysans puissent recouvrer leur liberté, et aussi pour dénoncer ce régime qui continue à brader le pays aux multinationales.