24 Juillet, 2002

July 24,2002

24 Jiyè, 2002

Vol. 20 No. 19
Les tractations entourant un éventuel règlement de la «crise» n'ont point nuit au projet de visite à Taiwan du président Aristide. Bien au contraire ce voyage s'inscrirait même dans le prolongement de l'application du plan néo-libéral en Haïti. Rien n'aura d'ailleurs été négligé, et c'est avec une imposante délégation que Le chef de l'Etat, accompagné de son épouse, quittait le pays, en direction du continent asiatique le dimanche 14 juillet pour une visite officielle de six jours. Le communiqué du bureau de presse de la Présidence émis ce jour-là tendrait plutôt à noyer le poisson dans des termes choisis:«Le renforcement de la coopération entre les deux pays sera au centre des entretiens prévus entre les deux chefs d'Etat. Le développement de rapports accrus entre les deux secteurs privés bénéficiera d'une attention similaire à celle de la coopération entre les secteurs publics haïtien et taiwanais. Voilà pourquoi, le président de la République s'est fait accompagner d'une imposante délégation d'entrepreneurs haïtiens afin de voir comment amorcer les activités concrètes dans ce domaine». Il fallait bien trouver une raison pour expliquer la présence de tant de courtiers! Pour le peuple, à défaut de pouvoir l'informer sur ce qui se trame dans son dos, la note réservait un paragraphe d'un paternalisme qu'on croyait révolu: «Le président Aristide souhaite que cette semaine soit une semaine de paix et en appelle à la compréhension de toutes les Haïtiennes et Haïtiens. Comme un bon père de famille, le président de la République a demandé à tous de cultiver la paix et de ne pas céder à la provocation sous aucune forme que ce soit», précisait ce communiqué de la Présidence portant la signature de Paul Antoine.

Le dimanche 21 juillet, le président Jean-Bertrand Aristide est donc revenu au pays après son périple. Dans un point de presse tenu à l'aéroport de Port-au-Prince dès son arrivée, le chef de l'Etat, après avoir fait l'éloge des progrès réalisés par Taiwan sur le plan économique en moins d'une cinquantaine d'années; les qualifiant de «miracle économique», a annoncé avoir obtenu la signature d'un protocole d'accord avec son homologue taiwanais Chen-Shui-Bian pour le décaissement de 55 millions de dollars. «Nous avons, après discussions dans la dignité et le respect mutuel, conclu avec le gouvernement taiwanais des projets de coopération dont certains étaient déjà en cours, et un prêt aussi. Ce qui donne un enveloppe, que nous aurons à discuter avec eux, totalisant 55 millions de dollars américains; 40 millions pour les projets et 15 millions pour le prêt. Le calendrier de décaissement et de remboursement sera élucidé plus loin» a indiqué le président. À noter que «certains projets» inclus dans les 40 millions «sont déjà en cours; quels sont-ils? Il a, mine de rien, fait allusion à certains investissements des entrepreneurs taiwanais en République dominicaine, tout en soutenant qu'Haïti aussi pourrait bénéficier de «ces initiatives créatrices d'emplois». «Le président Mejia a déjà effectué 23 voyages à Taiwan... C'est ce qui fait qu'à Saint-Domingue il y a 108 compagnies taiwanaises qui y fonctionnent. Ces compagnies sont toutes proches de la frontière, il suffirait qu'on continue à discuter et à négocier avec elles, afin qu'elles puissent traverser dans notre pays» a tenu à préciser le chef de l'Etat. Cela n'aurait-il pas été déjà fait?, et ne pourrait-on penser que ce voyage aura servi principalement à donner l'accord officiel du gouvernement haïtien sur ce qui aura déjà été conclu avec Hipolito Mejia par les Taiwanais?

Les déclarations tenues par le président de la république sur les 40 millions de dollars destinés théoriquement aux projets de coopération obtenus sous forme de dons de Taiwan, et notamment la référence qu'il a faite aux 108 compagnies taiwanaises en territoire dominicain portent bien à croire que ces fonds ne serviront pas à la coopération proprement dite, mais plutôt investis dans le cadre du projet des zones franches, s'ils ne le sont déjà. Ces compagnies n'auront qu'à s'installer dans ces zones, exemptes de taxes, et trouveront une main-d'oeuvre taillable et corvéable à merci et ou les syndicats seront inexistants.

Rappelons que le président Aristide s'était rendu en République dominicaine le 16 janvier dernier pour signer un accord avec les gouvernements américain et dominicain pour vendre à une corporation, créée pour la circonstance, «Haitian Dominicain Investments Funds», 1875 KM2 du territoire national pour en faire des zones franches industrielles. Donc, ces 40 millions de dollars probablement serviront à mettre en place des infrastructures sur ce territoire spolié afin d'accommoder les investissements des nantis. L'application aveugle et criminelle des clauses du plan néo-libéral n'a été, en effet, que le seul objectif du voyage du président Aristide en Asie, en dépit de l'urgente nécessité d'une intervention des autorités pour enfin aborder les vrais problèmes socio-économiques auxquels est confrontée la population haïtienne.

Quant aux 15 millions en «prêts» de Taiwan, il nous tarde de savoir à quoi ils serviront.