17 Juillet, 2002

July  17,  2002

17  Jiyè,  2002

Vol. 20 No. 18
Dans le but de dénoncer leur arrestation et d'obtenir la libération des neuf paysans arrêtés illégalement, pour ne pas dire kidnappés par le régime Lavalas, le 27 mai dernier à Guacimal, plusieurs organisations de droits humains et autres, dont la Plate-forme Plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), la Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH), la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR), Eko vwa Jean Dominique, Kozepèp, Antèn ouvriye, SMKS, ICKL, radio Atlantik, Haïti-Progrès, ont donné une conférence de presse le mercredi 10 juillet au local de la NCHR.

Rappelons que ces travailleurs agricoles ont été arrêtés parce qu'ils réclamaient de meilleures conditions de travail. En effet, alors qu'ils organisaient le 27 mai dernier une manifestation pacifique pour faire passer leurs revendications, des individus armés à la solde des autorités locales et des grands dons les ont sauvagement attaqués, tuant et enterrant deux d'entre eux sur place. Par la suite, les autorités n'ont rien trouvé de mieux que d'arrêter au mépris de toute procédure légale onze personnes dont deux journalistes Allan Deshommes de radio Atlantic et Darwin St Julien de Haïti-Progrès qui, sous la pression des médias et aussi de l'Association des journalistes haïtiens et d'autres organisations de droits humains, ont été relaxés sur ordonnance du commissaire du gouvernement. Rappelons également que les paysans et les journalistes ont été arrêtés à St Raphaël pour être transférés ensuite au Pénitencier national et au Fort national par hélicoptère alors qu'ils auraient dû comparaître au prime abord devant un juge d'instruction de la juridiction où ils avaient été interpellés.

Le but de cette conférence, avons-nous dit, était d'exiger des autorités du pouvoir Lavalas la libération des paysans qu'elles continuent à garder en détention en dehors de tout cadre légal. Les intervenants ont dénoncé le cynisme des responsables gouvernementaux qui ont démontré clairement dans cette affaire de quel côté ils se rangeaient. Ils n'ont que faire des revendications, et n'hésitent pas à s'allier ouvertement aux grands dons, ne s'embarrassant point de scrupules pour anéantir toute idée de contestation venant des syndicats et des paysans. Le porte-parole du POHPH, Jean Siméon St Hubbert, a abondé dans ce sens en liant les événements de Guacimal au projet de zones franches entrepris par le gouvernement. «Il ne faut pas oublier que ce conflit oppose des hommes fort économiquement et des ouvriers... il est également question d'intérêts politiques parce que dans le cadre de la politique du pouvoir d'établir des zones franches, ils ont voulu donner une leçon à ces gens en piétinant la loi au bénéfice de leurs intérêts politiques.»

Pour sa part, la responsable de la NCHR, Yolène Gilles s'est interrogée sur la décision des autorités de garder en prison les paysans, alors qu'elles ont libéré les deux journalistes qui pourtant avaient été incarcérés pour le même motif - à savoir comme des «assaillants lourdement armés». Malgré le rapport de l'enquête de la NCHR qui a infirmé l'étiquette de «terroristes» accolée aux paysans, malgré les démarches légales entreprises par les avocats du syndicat Batay Ouvriye auprès des autorités judiciaires du gouvernement Lavalas, ces dernières se complaisent dans leur mutisme, tout en poursuivant entre-temps les actions répressives contre les syndicalistes à Guacimal. Le représentant de Batay Ouvriye a dénoncé ce climat de répression systématique: «Nous dénonçons toute arrestation, toute répression à Guacimal. Ils continuent à menacer, brûler les maisons des syndicalistes; ces pratiques, à la tête desquelles un certain Agnoguel est identifié, ont porté les gens de la localité à s'enfuir. Nous demandons pour cela l'arrestation et le jugement des auteurs de ces pratiques» a déclaré Gérald Germain.

Pour terminer les intervenants ont lancé un ultimatum au pouvoir Lavalas qui a jusqu'au 17 juillet pour réagir sur le dossier de prisonniers. Au-delà de cette date, si rien n'est encore fait, ont-ils dit, ils entameront une vaste campagne de mobilisation, sous forme de manifestations, de grèves, de sit-in, pour la libération de ces personnes illégalement détenues.

Et voilà que c'est ce lundi 15 juillet, après une cinquantaine de jours d'incarcération sans avoir été présentés devant leurs juges naturels, comme l'exige la Loi, que les neuf détenus de Guacimal sont conduits au tribunal. Subitement le pouvoir voudrait-il donner une apparence de légalité à son forfait? Quelles accusations aura-t-il trouvé entre-temps pour en faire part à ses fonctionnaires judiciaires qui n'auraient plus qu'à réciter la leçon? Le régime Lavalas croit-il avoir suffisamment terrorisé ces pauvres travailleurs pour leur enlever toute velléité de défendre leurs intérêts avant de les libérer?