10 Juillet, 2002

July 10,2002

10 Jiyè, 2002

Vol. 20 No. 17
La misère est telle et le chômage qui s'accentue font que de plus en plus la «débrouillardise» ou parfois ce qui en tient lieu est l'ultime recours pour la survie dans le pays. Commerces de détail de toutes sortes et de tout, intermédiaires pour obtenir des documents des bureaux publics qui sont pourtant en charge de les délivrer directement aux citoyens, rackets divers qui deviennent la norme, etc.

Mais beaucoup ont cru au miracle quand le chef de l'État a déclaré dans un discours quelques mois après son investiture que «Haïti est un pays coopératiste», et a invité le peuple à investir dans les coopératives. Cela semble avoir constitué le signal pour la multiplication des «coopératives» partout dans le pays. En fait de coopératives cependant, il s'est agi d'une floraison d'entreprises d'épargne et de crédit offrant un intérêt de 10 à 13% par mois. Pour cela, il y en a qui n'ont pas hésité à vendre tous leurs biens leur maison pour s'assurer une rente de survie basée sur les taux mirobolants offerts. D'autres ont naturellement transféré leur compte en banque pour profiter de ces 10% mensuels.

Inévitablement quelques mois plus tard la pyramide avait atteint son point culminant et s'effondrait. Certaines de ces coopératives ont commencé à fermer à la sauvette et leurs dirigeants se sont mis à prendre le large ou le maquis. Ainsi, les sociétaires de Cadec, CEI, Cofca, Soticom et autres manifestent à longueur de journée à travers la capitale pour demander au chef de l'État, qu'ils rendent responsable de leurs déboires, de les rembourser. Devant l'ampleur que prend cette affaire, le président Aristide a ainsi annoncé le 3 juillet que le gouvernement a pris des dispositions pour permettre aux sociétaires des coopératives en faillite de recouvrer leur argent. «L'Etat avec l'aide de la justice va aider les sociétaires à récupérer leurs capitaux qu'ils croient avoir perdus», a déclaré le président de la République, qui a cru bon aussi d'indiquer que la majeure partie des fonds est déjà disponible et la responsabilité en est confiée au commissaire du gouvernement Josué Perre-Louis et au président du Conseil national des coopératives (CNC), Henriot Petiote.

Curieusement, des compagnies financières nord-américaines se disent intéressées à acheter toutes les coopératives en faillite! De son côté le secrétaire général de l'Unicoop, Zachée Michel, estime à 75 millions de dollars les fonds à risque placés dans les coopératives; quoique pour d'autres ils s'élèvent à plus de 220 millions de dollars. Des sommes qui évidemment mettent le chef de l'État au défi. Comment le président Aristide pourra-t-il rembourser à ces milliers de sociétaires un montant aussi élevé? Et où le trouvera-t-il? Le budget prévoit-il un tel déboursé?

En outre, le président Aristide a dit remettre le dossier de remboursement au président du CNC, Henriot Petiote. Comment peut-on remettre au CNC la responsabilité de résoudre cette affaire? Le CNC qui est une instance de l'État est en grande partie responsable de cette situation. Pourquoi le CNC n'a pas empêché toutes ces coopératives non enregistrées, donc illégales, de fonctionner en tant que telles et sous ce vocable? La Cadec, par exemple, qui est la plus ancienne avec huit ans d'existence n'a été que tout récemment légalisée. On voit mal aujourd'hui le chef de l'État remettre à Henriot Petiote, celui qui pendant tout ce temps a fermé les yeux sur, sinon cautionné, ce désordre, la responsabilité de résoudre ce contentieux. La justice devrait plutôt l'interpeller pour rendre compte de sa gestion à la tête du CNC.