C'était la fête au Brésil dont la sélection remportait le dimanche 30 juin son cinquième sacre mondial en battant l'Allemagne par 2 buts à 0 en finale de la Coupe du monde.
Ailleurs aussi, dans d'autres coins du globe, cette victoire du jaune et or provoquait des réjouissances dans les communautés brésiliennes et chez les amateurs du beau football.
Cependant, à part la terre natale des «Pentacampaoes», on croit bien que c'est en Haïti que cette victoire a fait le plus de bruit. En effet, peu après le coup de sifflet final, la cérémonie de remise des médailles, que retransmettaient les écrans à travers la capitale, était désertée. C'était le déclenchement d'un carnaval avec des manifestations de joie dans les rues de Port-au-Prince et en province: concerts de klaxon, défilés de voitures et même des tirs (d'armes illégales?).
Des explosions de joie qui avaient pris de l'ampleur dès la 79ème minute lorsque Ronaldo marquait le deuxième but, ce but d'anthologie, suite à la passe de Kleberson qui avait rapidement remonté à l'aile droite, envoyant la balle au centre vers Rivaldo placé devant le carré de réparation; et loin de tirer lui-même il feintait et laissait passer le ballon tout droit vers Ronaldo qui, d'un rapide contrôle, ajustait son tir vers le coin droit du but de Oliver Kahn. Goal! Depuis lors, malgré l'acharnement des joueurs allemands, ce n'était plus qu'une question de minutes pour le Brésil.
Entre-temps à Port-au-Prince, Les boulevards et les routes secondaires étaient en jaune et vert sans parler des nombreuses voitures qui arboraient de drapeaux du Brésil, parfois conjointement avec le drapeau national. Les cinq doigts de la main pour les cinq titres, et deux de l'autre main indiquant en même temps les deux buts et le V de la victoire. Rara, bandes à pied, «DJ» sur chars, bals en plein air, tout y était... A Carrefour, des enfants de l'église de St-Charles ont perturbé la messe en lançant un retentissant «We! Brésil champion». Le prêtre, visiblement pris de court, arrêtait la cérémonie, et les enfants de gagner les rues. Le même scénario se répétait à l'église St-Antoine. St-Marc, Jacmel, Cayes, Cap-Haïtien, des bandes à pied suivies de milliers de fans vêtus en jaune et vert ont marché dans les rues pour fêter, danser le «penta» de la Seleçao.
Dans la soirée encore du 30 juin, la fête se poursuivait. Le char de «Gwo Lobo» défilait aux alentours du Champ-de-Mars, traînant derrière lui des milliers de personnes. «Gwo Lobo» en profitait pour jouer des morceaux favorables à la propagande du gouvernement Lavalas. C'était peine perdue que cette tentative de récupération de la liesse populaire, car les fêtards n'en avaient que pour le football, et spécialement pour la victoire brésilienne.
Célébration par procuration, pourrait-on avancer? Pas tout à fait puisque le Brésil a toujours été le choix majoritaire des amateurs du football en Haïti qui n'ont eu qu'une seule fois l'occasion de voir leur propre sélection nationale participer au Mondial, en Allemagne en 1974. Et écarter d'un revers de main la passion que suscite ce sport serait très mal venu, car toutes les explications rationnelles n'ont pu en venir à bout. Ce grand exercice de défoulement collectif à l'instar du carnaval ne fait point perdre la boule aux peuples. Au Brésil, les célébrations n'ont pas fait oublier non plus les prochaines élections d'où le peuple des bidonvilles s'apprête à voir sortir victorieux Lula, le candidat du Parti des travailleurs qui, après trois défaites, croit lui aussi que cette fois sera la bonne. Bien entendu il y a l'immense machine financière qui se nourrit du football, mais comme le disait un commentateur, avec la victoire du Brésil, le football a gagné, ce football qui doit inspirer les jeunes à pratiquer ce sport avec beaucoup moins de brutalité.
Cet engouement en Haïti même devrait d'ailleurs donner un coup de fouet aux dirigeants de la Fédération nationale. Son président Yves Jean-Bart, avait déclaré avant la finale avoir tiré beaucoup de leçons de cette Coupe du monde, et «comme le Sénégal on peut réussir grand-chose dans le football». On veut bien le croire, d'autant plus que la comparaison est assez ambitieuse quand on prend comme exemple le vice-champion d'Afrique (CAN 2002) et quart-finaliste du Mondial 2002! Tant mieux, et si Jean-Bart prenait au mot le chef de l'État Jean-Bertrand Aristide qui dévoilait à la Téléco son amour de la «Seleçao» avant de conclure que «le rendez-vous de la sélection nationale est pour 2006». 74 Munich, 2006 encore à Munich, c'est peut-être un bon signe. Il ne reste donc plus qu'à espérer que les pressions du président de la Fédération seront aussi fructueuses pour le bien du sport que l'ont été celles exercées pour le malheur du pays par la communauté internationale et ses mercenaires et acceptées par le président de la République.