| Reprise des hostilités? En attendant le retour prévu pour le 7 juillet prochain du secrétaire adjoint de l'OEA Luigi Einaudi, possiblement accompagné du secrétaire général César Gaviria, en vue d'une éventuelle et «finale» entente entre Fanmi Lavalas et la Convergence, le chemin paraît loin d'être déblayé à cette fin si l'on doit se fier aux derniers événements.
En effet, si au lendemain du départ d'Einaudi on avait cru percevoir une trêve, les protagonistes ont rapidement repris leurs habitudes pour se rejeter mutuellement la responsabilité du blocage de la situation. Dans une note publiée le 27 juin portant la signature de Victor Benoît (KONAKOM), Hubert De Ronceray (MPSN) et Luc Mesadieu (MOKRENA), ces derniers ont dressé un bilan négatif. Et Micha Gaillard du Konakom de lancer: «Il revient au pouvoir d'envoyer des signaux clairs de sa volonté de revenir à la table des négociations en mettant en application l'ensemble des recommandations faites par la résolution 806 de l'OEA.» Et Rosemond Pradel a estimé que rien n'a été fait jusqu'ici pour favoriser la reprise des pourparlers entre Fanmi Lavalas et la Convergence depuis, dit-il, le face-à-face à la nonciature apostolique. Autrement dit, une fois le «maître» Einaudi parti, ses protégés ont repris les escarmouches. Pradel a même usé de toutes sortes d'arguments, ajoutant: «On ne peut envisager la reprise des négociations entre les deux parties si les auteurs des événements du 17 décembre ne sont pas arrêtés et si le processus de désarmement n'est pas enclenché.» Jamais auparavant il ne s'était soucié de désarmement!
Quant aux représentants du secteur néo-duvaliériste au sein de la Convergence, le MPSN, ils se montrent encore tout aussi farouches. «Le régime doit choisir entre l'application de la résolution 806 de l'OEA et l'abandon du pouvoir pour sortir le pays de l'impasse créée par les élections contestées du 21 mai 2000», ont-ils indiqué. Il n'est plus question de négociations avec le président Jean-Bertrand Aristide. La Convergence a déjà pris toutes les dispositions pour obtenir le départ du chef de l'Etat, avant la fin de son mandat.» Même attitude de la KID de Evans Paul, dont un porte-parole Francisco Alcide dit travailler désormais «au renversement du président Aristide et des autres autorités constitutionnelles».
Pour sa part, le représentant national du parti Fanmi Lavalas au pouvoir, Jonas Petit, a plutôt placé ces déclarations dans une stratégie visant à «fourvoyer l'opinion publique et à détourner l'attention de la population sur les vrais responsables du blocage du processus de négociations». Petit a ainsi déploré le fait, dit-il, que les dirigeants de la Convergence continuent de «s'accrocher à l'option zéro, en même temps qu'ils disent vouloir négocier une sortie de crise». «Le processus devant conduire à la satisfaction des exigences de l'opposition a été enclenché», a-t-il indiqué. Un optimisme que semble partager le ministre haïtien des Affaires étrangères, Joseph Antonio, qui a qualifié d' «équilibré et de positif» le rapport produit par le secrétaire adjoint de l'OEA, Luigi Einaudi, le 19 juin dernier devant l'Assemblée des ambassadeurs de l'Organisation. Il a également indiqué que le gouvernement continuerait «ses avancées dans le cadre du respect des engagements relatifs à la résolution 806 de l'OEA, avant le 7 juillet prochain», tout en précisant que la commission présidentielle pour la réparation serait prête à commencer à payer les indemnités à partir de la fin du mois de juillet. A ce sujet, le juge Bernard St Vil qui est en charge du dossier des événements du 17 décembre 2001, a prévu pour bientôt, soit dans deux semaines, la publication des conclusions de ses travaux. Il a, en outre, indiqué qu'il poursuivrait les investigations afin de collecter toutes les informations relatives à ces événements. Pour leur part, les membres du conseil consultatif de réparations de l'OEA, qui avaient la tâche de faire des recommandations aux autorités Lavalas sur les dédommagements, ont déclaré que leur rapport est déjà prêt et sera remis aux autorités sous peu.
De son côté, l'un des porte-parole de l'Initiative de la société civile (ISC), Rosny Desroches, allié officieux de la Convergence, a quand même exprimé sa satisfaction face à la tournure que prendraient à son avis les événements: «Personnellement, je reste optimiste parce que je pense que nous devons tout faire pour que ces négociations réussissent, car nous devons à la veille de 2004 donner au monde entier la preuve que nous sommes capables de rentrer dans la civilisation politique et de sortir avec une solution autour de la table de négociation», a dit Desroches «le sage» qui a également critiqué «le manque de culture du compromis chez l'haïtien», saluant, par ailleurs, cette fois, la volonté, du chef de l'état de trouver une solution négociée à la crise.
Devra-t-on attendre la prochaine mission de l'OEA le 7 juillet prochain pour voir converger les deux principaux protagonistes de la crise ou l'OEA aura-t-elle si tel est son but - pour tâche de les contraindre à signer un accord pour mettre fin à leur petite querelle de famille?
PS : Nous commenterons dans notre prochaine édition le volumineux rapport (87 pages) que l'OEA vient de rendre public.
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