Plus d'un mois après que les résidents et internes de l'Hôpital de l'Université d'Etat d'Haïti (HUEH) eurent entamé leur grève pour réclamer de meilleures conditions de travail et le retour du docteur Marie Evelyne Moïse à son poste de directrice de formation de 3ème cycle de la faculté de médecine et de pharmacie, la situation des malades ne cesse de détériorer. Plus d'une dizaine de décès ont été en effet enregistrés depuis le début du mouvement. La situation ne semble guère différente à la Maternité Isaïe Jeanty où l'arrêt de travail se fait sur la base des mêmes revendications.
Dans un document rendu public, les résidents et les internes ont fait un long rappel des conditions difficiles dans lesquelles ils évoluent pour justifier leur action: «Il n'est plus admissible que l'on s'apprête à rentrer en compétition avec les pays de la Caricom et que dans la seule salle d'urgence du pays fonctionnelle 24 heures sur 24, les malades jonchent le sol nu sans aucun respect de leur pudeur, entassés comme des sardines et baignant dans leur sang ou autres liquides biologiques dégageant une odeur pestilentielle. L'avenir nous reconnaîtra sans nul doute le mérite d'avoir au moins soulevé les vrais problèmes de nos hôpitaux universitaires (HUEH, Sanatorium, MIJ) ... Comprenez bien le grand dilemme que nous vivons: garder notre mutisme et voir mourir un malade sur deux, ou observer cet arrêt de travail dérangeant des dirigeants qui ont sciemment ignoré jusqu'à présent tous les rapports techniques sur le dysfonctionnement de nos hôpitaux». D'autre part, les grévistes ont qualifié de politique la décision prise par les dirigeants du ministère de la Santé de transférer le docteur Evelyne Moïse à la direction générale de ce ministère: «Dans une attitude rétrograde d'assujettir l'université à la politique et d'y freiner le progrès, le ministère décide le 21 mai 2002, dans un acte d'ingérence grossière, de déplacer le Dr Moïse, directrice du 3ème cycle à la faculté de médecine, le jour même de la reprise de travail des résidents d'orthopédie.» Enfin, à propos des accusations portées contre les médecins en formation, notamment par le sénateur Louis Gérald Gilles selon lesquelles il y aurait des mains politiciennes derrière leur mouvement de grève, ils ont déclaré: «Devant des revendications aussi légitimes que celles d'améliorer les conditions de travail de nos hôpitaux universitaires et de garder l'autonomie de l'enseignement supérieur, avoir l'audace de crier aux manipulations politiques est une forme dénaturée très virulente de machiavélisme...»
À l'occasion de sa visite le mercredi 19 juin à l'Hôpital général pour inaugurer les travaux de réparation du service de maternité, le ministre de la Santé Henry Claude Voltaire a maintenu sa décision en ce qui attrait au transfert du docteur Evelyne Moïse, tout en qualifiant de violent le fait par les médecins de poursuivre leur mouvement. Voltaire, qui a annoncé que des médecins seraient recrutés afin de venir en aide aux malades de l'HUEH, a toutefois invité les grévistes à reprendre leur travail.
De son coté, le sénateur de la Grand'Anse, le docteur Gérald Gilles a invité la population à intenter une action en justice contre tous ceux qui seraient responsables du pourrissement de cette situation, tout en critiquant la manière avec laquelle les autorités de la Santé sont entrain de gérer cette crise. Mais suite à deux jours de pourparlers engagés entre les grévistes et les responsables de la Santé, un protocole d'accord a été trouvé, paraît-il, le dimanche 23 juin. D'après ce document, les médecins en formation se sont engagés à former un noyau d'urgence au niveau des différentes sections de l'hôpital en attendant la levée définitive de la grève. Les responsables du ministère de la Santé pour leur part ont promis de satisfaire une partie des revendications, notamment sur la question du matériel et des médicaments. La commission Santé du Sénat participait à cette réunion d'où est sorti ce protocole d'accord constitué de sept points, au nombre desquels figurent la finalisation par le Sénat d'un projet de loi sur l'autonomie de l'université.
Toutefois, en dépit de l'adoption de ce texte, les grévistes, qui se sont réunis le 24 juin en assemblée générale, ont décidé de maintenir leur mouvement. Par cette attitude, les résidents et les internes entendent forcer les responsables à honorer leurs promesses de fournir des matériels pour qu'ils puissent recommencer à travailler convenablement. Pourtant, à la maternité Isaïe Jeanty, ils ont décidé de leur coté de reprendre du service ce même jour.
Outre les nombreux dossiers importants et vitaux relégués au second plan par les autorités Lavalas, la crise que connaît actuellement l'HUEH est une nouvelle preuve de l'incapacité de celles-ci à administrer efficacement la chose publique. Comment un pouvoir peut-il assister avec tant d'inertie la souffrance de tant de gens dans un centre hospitalier public? Le régime prouve de plus en plus que seule la satisfaction des exigences de la communauté internationale accapare son attention aux dépens entres autres de toutes les questions touchant directement la population.