Comme promis au moment de laisser le pays le 14 mai dernier, le secrétaire général adjoint de l'OEA, Luigi Einaudi, revenait dans la capitale haïtienne le 10 Juin pour l'éternelle reprise des négociations entre le pouvoir Lavalas et ladite opposition regroupée au sein de la Convergence. A son arrivée à l'aéroport, l'ambassadeur de l'OEA avait rejeté tout pré-requis et toutes conditions préalables aux discussions arguant que toutes les conditions doivent être mises sur la table des négociations.
Le directoire de la Convergence, jouant le jeu, avait aussitôt qualifié de «drastique» cette déclaration de Luigi Einaudi. Paul Denis avait ainsi prétendu que l'OEA risquerait de perdre sa crédibilité dans la crise haïtiennes si les négociations devaient reprendre sans tenir compte des conditions avancées par la Convergence, tout en affirmant toutefois que cette dernière n'attendrait que les signaux du pouvoir pour reprendre les pourparlers. Paul Denis peut s'amuser à toutes sortes de subtilités alors que tout le monde sait que la Convergence a été mise sur pied par la «communauté internationale» elle-même, qui délègue ses pouvoirs à l'OEA chargée d'accommoder les deux parties pour le partage des dépouilles du pays.
Comme nous l'avions rapporté la semaine dernière, par ailleurs, le chef de l'Etat, à peine de retour dans le pays en provenance de Rome, le 13 Juin, s'était rendu à l'Hôtel Montana, où le secrétaire général de l'OEA Luigi Einaudi devait s'entretenir avec les leaders de la Convergence, «pour prouver sa volonté de s'impliquer personnellement comme il le laissait entendre, dans la résolution de la crise...» «Le moment de la vérité est arrivé assoyons-nous autour de la table pour résoudre la crise politique» avait-il indiqué. «Si la Convergence démocratique désire me rencontrer à l'instant demain ou un autre jour je suis d'ores et déjà prêt».
Les membres de la convergence présents à l'Hôtel Montana avaient naturellement donné l'apparence de ne pas apprécier la visite surprise du président de la République, la qualifiant de «show médiatique», demandant à l'ambassadeur Luigi Einaudi de reporter la rencontre qu'ils devaient avoir avec lui le même jour à l'hôtel. Il est clair que l'OEA s'est rendu compte que Lafanmi s'est vidé de toute substance et qu'il est temps de pressurer la Convergence. Cependant, ce n'est que le samedi 15 juin qu'on allait assister à un face-à-face entre le chef de l'Etat et le directoire de la Convergence, sous l'auspice bien sûr du secrétaire général adjoint de l'OEA. En effet à l'initiative du président de la Conférence épiscopale, Monseigneur Hubert Constant, les principaux protagonistes de la «crise» politique se sont finalement rencontrés chez le nonce apostolique en vue d'établir le cadre des négociations. Cette rencontre qui s'est déroulée en présence de Luigi Einaudi a été l'occasion pour les deux parties de soumettre à l'attention de l'OEA leurs conditions et/ou propositions pour une sortie de crise. La Convergence, de son côté, en a profité pour remettre un document au chef de l'Etat dans lequel elle pose les conditions de son retour à la table, dont les principales:
1. Poursuite en justice des personnes coupables des violences du 17 décembre contre les locaux des partis politiques et les résidences de ces leaders;
2. Réactivation des dossiers sur les crimes politiquement motivés;
3. Réparations pour les personnes et institutions victimes des violences du 17 décembre;
4. Formation d'une commission plurisectorielle chargée de planifier le processus de désarmement.
Comme on peut le remarquer, ces conditions s'ajoutent au conflit proprement dit concernant les élections d'avril 2000. Et il n'est pas certain qu'il n'y en aura pas d'autres au fur et à mesure qu'on croira réglées certaines d'entre elles.
Le représentant national du parti Fanmi Lavalas a indiqué que le chef de l'Etat a remis au cours de cette rencontre, pour sa part, un document au secrétaire général adjoint de l'OEA. Selon Jonas Petit, ce document serait une proposition d'accord de sortie de crise qui ne diffèrerait, selon lui, en rien avec celle que devaient signer la Convergence et Fanmi Lavalas en octobre 2001. A l'issue de cette rencontre de quatre heures les deux partis ont d'ailleurs exprimé leur satisfaction et leur optimisme. De son côté l'un des dirigeants de la convergence, Gérard Pierre-Charles qui était entre autres accompagné de Hubert De Ronceray, de Victor Benoît et de Micha Gaillard, s'est félicité du déroulement de ce face-à-face. «La rencontre entre la délégation de la Convergence et Monsieur Jean Bertrand Aristide accompagné de quelques membres de son équipe était l'occasion d'effectuer des échanges sur la situation et de discuter sur les conditions devant aboutir au projet d'accord initial... Nous avons essayé d'établir une ambiance de confiance... C'était une réunion de travail, et tous les résultats ont été positifs» a déclaré Gérard Pierre-Charles, qui a ajouté: «Nous pouvons dire que les conditions de confiance commencent à s'installer pour que demain nous puissions discuter sur les grands problèmes parce que nous sommes conscients que le pays est confronté à de sérieux problèmes.» De toutes façons personne ne l'a jamais pris tout à fait pour un inconscient!
D'autre part selon un autre porte-parole de la présidence Wendel Carré, des pas importants concernant les exigences de la Convergence auraient déjà été franchis. Comme, dit-il, le lancement du programme de désarmement et l'arrestation de plusieurs personnes impliqués dans les évènements du 17 décembre 2001. «Le gouvernement est prêt à répondre aux exigences de la Convergence pour la reprise des négociations» a précisé Carré.
Luigi Einaudi, de son coté, s'est dit lui aussi satisfait après cette rencontre du 15 juin à la Nonciature entre le chef de l'Etat et les membre de la convergence. Cependant, il a indiqué: «On a avancé, mais il reste beaucoup à faire. C'était pas quelque chose de normal, mais c'était pas aussi quelque chose d'inouï; et je crois que les discussions ont été très bonnes, parce qu'elles avaient montré un niveau de respect», a-t-il précisé tout en annonçant son prochain retour à Port-au-Prince pour le 7 juillet prochain. Et avant de laisser le pays, ce mardi 18 juin, Einaudi a tout de même lancé une mise en garde paternelle mais stricte au pouvoir Lavalas et à la Convergence pour qu'ils se gardent de contrarier le processus qu'il a entrepris de finaliser: «Finalement le jeu se termine et je crois que nous sommes à ce point. Mais avant de le terminer on veut s'assurer que, comme je le disais, le terrain est tout à fait préparé... Tous les acteurs savent ce qu'ils doivent faire... Ma conscience est tout à fait tranquille.»
Lentement, mais sûrement, Lavalas et la Convergence sous la direction de leur tuteur - la communauté internationale, autrement dit l'administration des Etats-Unis - sont en train d'aplanir les insignifiantes divergences qui les opposent pour arriver à la conclusion d'un accord politique. Un accord qui leur permettra de mieux gérer la séparation du gâteau, en livrant notamment le pays au néo-colonialisme à travers l'application du plan néo-libéral.