| Insécurité et désarmement: Les autorités sont-elles crédibles?
La question de l'insécurité, a de nouveau fait surface, tenant le devant de l' actualité ces dernières semaines. Plusieurs cas de d'assassinat et de vol ont en effet été enregistrés, dans les commerces au centre-ville de Port-au-Prince. Des magasins, en passant par les étalagistes pour arriver jusqu'aux petits détaillants, tous sont en proie à la terreur des cambrioleurs et zenglendos. Cette situation a poussé plusieurs propriétaires de magasins à fermer boutique temporairement pour dénoncer cette absence totale de sécurité pour leurs activités. Suite à un mot d'ordre plusieurs établissements commerciaux ont ainsi gardé leurs rideaux de fer baissés le mardi 11 juin dernier, pour souligner leur désarroi à l'attention de la Police nationale (PNH). Certains étalagistes ont dû également chômer à cause de leurs marchandises qui étaient restées à l'intérieur de ces magasins. Seules les banques commerciales, où les mesures de sécurité avaient été considérablement renforcées, ont maintenu leurs opérations.
D'autre part, faisant suite à cette action, la direction de la PNH, avec à sa tête, le directeur général Jean Nesly Lucien, a effectué une visite au centre-ville, le vendredi 15 juin, afin de s'enquérir personnellement des griefs, connus de tous par ailleurs. Il était accompagné, entre autres, de l'inspecteur général Harvel Jean-Baptiste, qui a annoncé que de nouvelles mesures allaient être prises pour renforcer la sécurité dans cette zone. «Les patrouilles policières seront augmentées dans l'aire métropolitaine, notamment au bas de la ville. Les nouvelles dispositions de la police ont déjà donné des résultats positifs. Six présumés bandits impliqués dans ces actes d'insécurité ont été arrêtés par la police», a indiqué Jean Nesly Lucien. Il en faudrait plus cependant pour rassurer les hommes d'affaires.
D'autant plus que par leur comportement, cette police semble dépassée par ces événements qui, sans doute, ne la préoccupent pas spécialement. Elle semble par contre très efficace quand il s'agit de réprimer les paysans et ouvriers qui réclament leurs droits. En outre, sur un autre plan, le calme est loin d'être revenu; et de nouveaux affrontements entre bandes rivales ont été enregistrés le dimanche 9 juin. Un groupe d'individus armés, en provenance du secteur Soleil 17 et de Linto dans Cité Soleil ont attaqué le quartier de Bois-Neuf pour venger, paraît-il, l'un des leurs, qui aurait été abattu dans cette zone. Au cours de cette incursion, les hommes de Soleil 17 et de Linto ont enlevé les trois fils de Djed Vilmé, un des principaux hommes forts de Bois-Neuf. Ils ont également incendié plusieurs maisonnettes, puis vandalisé plusieurs véhicules en stationnement. Notons que jusqu'au lendemain, la police ne s'est jamais manifestée. Plusieurs habitants de Bois-Neuf, de Projet-Drouilard et de la Route 9 ont dû partir se réfugier ailleurs. Cette même situation a été observée dans les quartiers de Fortouron et de la rue 9, où les affrontements, pour le contrôle de certains marchés publics, continuent d'opposer ces deux localités. Ainsi les habitants de ces zones, qui sont continuellement victimes de ces violences, ont exigé du président Jean-Bertrand Aristide, la réalisation effective du campagne de désarmement.
A ce sujet, les autorités policières ont dressé un bilan assez négatif dans le cadre de cette opération. En effet, au cours d'une conférence de press le mardi 11 juin, à laquelle prenaient part le secrétaire d'Etat à la Sécurité publique Jean-Gérard Dubreuil et l'inspecteur général en chef de la PNH, Harvel Jean-Baptiste, le directeur de la PNH, Jean Nesly Lucien, a reconnu qu'aucune arme à feu n'avait été récupérée par les commissariats. Même après le 15 juin, date présentée par les ministères de l'Intérieur et de la Justice, comme le délai de l'opération de rachat des armes illégales. Réagissant pour sa part sur cette situation, le Premier ministre Yvon Neptune a annoncé d'autres dispositions dans la réalisation de l'opération, tout en continuant cependant à encourager les détenteurs d'armes illégales à les remettre au commissariat le plus proche. Notons que le directeur général de la PNH, avait annoncé, qu'après le 15 juin, la police entreprendrait des perquisitions dans les maisons pour y récupérer les armes illégales, tout en précisant que ce n'étaient pas uniquement les quartiers populaires qui seraient soumis à cette mesure.
L'improvisation continue aussi bien que les opérations «poudre aux yeux». A un moment où l'institution policière est en train de fêter ses sept ans d'existence, le phénomène de l'insécurité, semble échapper au champ d'action du régime. Comment peut-on s'attendre que des individus illégalement armés consentent d'échanger «pacifiquement» leurs armes? Et comment par ailleurs, les autorités policières sauront-elles le prix d'achat alors que ces armes ont été acquises dans des conditions douteuses? Le pouvoir adopte donc, des positions contraires à la logique la plus élémentaire. Ainsi, la première phase de l'opération de désarmement une fois échouée, il n'y a qu'à attendre la suite du déroulement de cette campagne improvisée de désarmement qui ressemble plutôt à un slogan destiné à d'autres fins. Entre-temps, la population continue de faire les frais de la démagogie des dirigeants.
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