| A l'issue de sa vingtième mission de médiation dans la «crise» le 14 mai dernier, le secrétaire général adjoint de l'OEA, Luigi EInaudi, avait assez catégoriquement choisi la date du 10 juin pour la reprise des pourparlers entre le pouvoir Lavalas et la Convergence. Au jour dit, Einaudi était de retour dans le pays.
Donc ses protégés Fanmi Lavalas et la Convergence n'avaient qu'à se préparer à cette fin. Mais encore le 4 juin, à quelques jours de la date «fatidique», au cours d'une réunion des 15 dits partis formant la Convergence, celle-ci continuait à réclamer l'application de la résolution 806 adoptée par le conseil permanent de l'OEA le 15 janvier dernier et le respect des neuf points de son récent mémorandum: «Nous réclamons l'arrestation des auteurs des actes de violences du 17 décembre 2001 et la réactivation des enquêtes sur les crimes politiquement motivés, en résumé un climat propice à la reprise des pourparlers» a indiqué Paul Denis, un de ses porte-parole. Fanmi Lavalas, de son côté, dénonçait ce qu'elle appelle les manoeuvres de son adversaire visant à empêcher la reprise des négociations. Son coordonnateur national Jonas Petit, a indiquait: «Fanmi Lavalas est prêt à revenir à la table des négociations le 10 juin... Le Parti a déjà fait toutes les concessions nécessaires à la reprise des pourparlers et à la conclusion d'un accord politique permettant de trouver une issue à la crise post-électorale» a t-il martelé, tout en déplorant «l'option zéro» à laquelle sont attachés les membres de la Convergence. Donc on en était encore apparemment au même dialogue de sourds, car la Convergence, quelles que soient les concessions de Lavalas en redemandent sans cesse, tandis que Lavalas de son côté dit avoir fait les concessions demandées et continue pourtant à en faire!
Pour rajouter sans doute un peu plus de sel à l'affaire, Marc Bazin, ministre sans portefeuille du gouvernement Lavalas chargé des négociations avait aussi trouvé bon d'annnnoncer que son parti, le Mouvement pour l'instauration de la démocratie en Haïti (MIDH), serait représenté à la table des négociations. Ainsi, le ministre Lavalas, tout en se réclamant de l'opposition, va donc se voir partager entre le rôle de médiateur et de protagoniste! Entre-temps l'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran émettait des signaux ambigus, car tout en disant que le gouvernement avait fait des efforts pour la reprise des négociations, mais jugeait bon que les demandes de la Convergence soient satisfaites.
De même s'exprimant à l'ouverture de la 32ème session ordinaire de l'Assemblée générale de l'OEA les 3 et 4 juin à la Barbade, le secrétaire d'Etat Colin Powell, avait déclaré: «J'invite les parties à reprendre les négociations, car tant qu'un accord politique n'aura pas été trouvé, la politique américaine vis-à-vis d'Haïti restera inchangée.» A l'issue de cette 32ème session, les pays membres de l'organisation hémisphérique ont adopté une autre résolution constitué de douze points, stipulant au point 5: «Le gouvernement d'Haïti et tous les partis politiques sont encouragés à reprendre dans un esprit de compromis les négociations en vue de parvenir à une solution de la crise et en tenant compte des prérogatives électorales constitutionnelles du gouvernement d'Haïti d'établir un calendrier pour les élections législatives, locales techniquement réalisables par un conseil électoral indépendant, crédible et neutre.» Réagissant sur cette résolution, le ministre des Affaires étrangères Joseph Antonio, a estimé que plusieurs points de la résolution sont susceptibles d'aider à la résolution de la crise politique, tout en invitant, en outre, l'opposition à revenir à la table des négociations afin de mettre un terme aux souffrances du peuple.
En résumé c'est le même discours qui se répète, et la visite prévue de Einaudi devrait en quelque sorte «résoudre» les négociations. En effet, si l'on peut s'exprimer ainsi, le mardi 11 juin, de retour de Rome où il venait de prendre la parole au Sommet de la FAO, le président se rendait aussitôt à l'hôtel Montana où il a eu un entretien avec le secrétaire adjoint de l'OEA, Luigi Einaudi. Il y était accompagné de la plupart des membres de son cabinet et bien sûr du Premier ministre Yvon Neptune, de hauts fonctionnaires. Sur place se retrouvaient aussi des hommes d'affaires, etc. D'ailleurs l'équipe gouvernementale pour les négociations est déjà formée, et comprend principalement: le Premier ministre, le président de la Chambre basse Rudy Hérivaux, le directeur général du ministère de l'Intérieur Bell Angelot, la ministre des Affaires sociales Mme Eudes St-Preux et le sénateur Gérald Gilles. Les membres de la Convergence se trouvaient aussi à l'hôtel Montana pour rencontrer Einaudi. La table était donc servie, et il n'aurait resté à Einaudi qu'à leur dicter à ses convives comment se partager les restes du festin de la «communauté internationale» qu'il représente en fait sous les couleurs de l'OEA.
La présence d'Aristide en ces lieux aura-t-elle constitué une surprise pour la Convergence? Mais le président semblait être venu pour de bon, puisqu'auparavant la Convergence avait toujours réclamé sa présence aux négociations. Ainsi le chef de l'État annonçait qu'il était prêt et qu'une chambre lui avait déjà été retenue à l'hôtel s'il devait négocier pendant la nuit. Il indiquait: «Nous avions choisi de revenir pour accomplir notre devoir d'État... Nous avions choisi lucidement d'être chez nous, parce que l'heure de vérité est arrivée...» (Telemax, 11-06-02).
Pourtant, malgré tout, et loin de là, tel ne semblait pas être l'avis d'un des dirigeants de la Convergence, le néo-duvaliériste Hubert de Ronceray qui, expliquant sa présence sur place, rugissait: «... Étant donné que c'est une réunion que nous avions avec l'OEA, et que la réunion est renvoyée... nous avons décidé de quitter l'hôtel.... La réunion est renvoyée à demain...» (Telemax, 11-06-02). Il achevait pour dire qu'il n'était pas d'accord avec l'improvisation... Un de ses pairs, membres de Ramisod/KID/Convergence en remettait un peu plus tôt, comme une fin de non recevoir: «Aristide doit partir, c'est seulement à son départ qu'on pourra négocier avec lui...» (Haïti Inter, 11-06-02). La surenchère continue ou bien Einaudi n'aurait-il pas encore décidé de l'heure de vérité véritable pour dicter aux deux protagonistes sa solution aux «négociations»?
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