12 Juin  2002

June 12, 2002

12 Jen  2002
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Journée de la presse: Réalités et solennités

Vendredi 7 juin, Journée latino-américaine de la liberté de la presse. Une célébration de plus comme on a l'habitude de le constater dans ces pages pour toutes ces autres «Journées» qui reviennent comme la première feuille du marronnier, qu'on dit annoncer le printemps dans certains pays européens, et qui ne change rien à un cycle en principe immuable? Journée de la Femme, Journée de l'Enfance, Journée du sida, etc. Mais cette Journée de la presse en Haïti pouvait, devrait revêtir une toute autre signification cette année, au su des récentes attaques subies par des journalistes qui ne font en fait que confirmer que ce qui s'était passé le 3 avril 2000 peut encore se répéter, si l'impunité demeure la règle.

Évidemment cette date a été l'occasion pour différentes approches et des discours divers. Pour sa part l'Association nationale des journalistes haïtiens (ANJH) a tenu à rappeler dans une note de presse signée de son coordonnateur général Maurilus A. Moïse qu'«Un journaliste est un porte-parole pour toute une nation, tout un peuple et même tout un monde... Un journaliste est celui qui se consacre toujours à la recherche de connaissances pour des milliers de personnes... Il représente la voix des sans voix, la voix d'une nation, la voix d'un peuple.» De grands mots, mais il en faut sans aucun doute à condition d'aller au-delà.

De leur côté, l'Association nationale des médias haïtiens (ANMH) et l'Association des journalistes haïtiens (AJH) ont, dans un communiqué conjoint, exprimé leurs vives inquiétudes sur la situation de la presse en Haïti qui est fortement marquée par de très graves violations des droits et des libertés dont jouissent les journalistes dans l'exercice de leurs fonctions. A cet effet, l'ANMH et l'AJH ont justement rappelé les manipulations judiciaires qui continuent à se faire autour des dossiers du double assassinat le 3 avril 2000 de Jean L Dominique et de Jean-Claude Louissaint, et celui du journaliste Brignol Lindor en décembre 2001. Ces deux associations ont rappelé les pressions et menaces qui sont exercées contre les journalistes depuis les événements du 17 décembre 2001 quand beaucoup de journalistes ont été contraints de quitter le pays pour leur sécurité. L'ANMH et l'AJH se sont dites fermement solidaires des journalistes Darwin St-Julien du journal Haïti-Progrès et Allan Deshommes de Radio Atlantique arrêtés brutalement et illégalement à Saint-Raphaël et transférés tout aussi arbitrairement à Port-au-Prince, au Pénitencier national. «Nous le regrettons, nous ne pouvons parler de liberté de la presse parce que s'il y avait liberté de la presse les deux journalistes ne seraient pas arrêtés alors qu'ils faisaient leur travail. On ne les a pas trouvés en train de lancer même une pierre, voire être armés, on ne les a pas trouvés en train de tuer des gens, voire en train de faire du désordre. On les a arrêtés et on les a mis en prison. Donc on ne peut pas parler de liberté de la presse en ce sens. Ce 7 juin est un 7 juin où il nous faut nous mobiliser pour donner une réponse appropriée aux responsables», a déclaré Guyler C Delva de l'AJH.

L'ANMH et l'AJH ont également apporté leur soutien à radio Signal FM accusée de diffamations par le gouvernement dans le dossier des coopératives. Guyler C Delva a indiqué que le dossier des journalistes Darwin St-Julien et Allan Deshommes, libérés seulement le samedi 8 juin, est déposé devant la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH). Une délégation du Committee to Protect Journalists devait rentrer en Haïti le lundi 10 juin pour s'informer davantage de la situation de la liberté de la presse.

Dans le département de la Grand'Anse, les journalistes ont profité du 7 juin pour manifester leur mécontentement contre l'attitude des autorités autour des dossiers Jean Dominique et Brignol Lindor. «A l'occasion de la Journée mondiale de la presse, nous n'avons pas l'esprit en paix pour fêter ce jour. Après les diverses menaces, les actes de répression et d'intimidation, d'assassinat dont sont victimes les journalistes. Après la mort de Jean L. Dominique, Brignol Lindor et tous les autres journalistes qui sont forcés de quitter le pays pour des raisons de sécurité. Nous sommes étonnés de voir comment deux journalistes, dans l'exercice de leur fonction ont été battus et jetés en prison au Pénitencier national», a indiqué un journaliste de la Grand'Anse lors d'une conférence de presse.

Le ton n'était donc point à la fête, surtout que la déclaration abjecte du secrétaire d'État à la Communication Mario Dupuy, traitant de «terroristes» les deux journalistes brutalisés et blessés grièvement par ses nervi, est encore toute fraîche dans les esprits. Le Premier ministre Yvon Neptune a-t-il pensé pouvoir effacer ces atrocités et d'autres précédents demeurés impunis en lançant dans une envolée: «En ce jour spécial, je m'associe à tous les membres du gouvernement pour renouveler notre solidarité à tous les frères et soeurs journalistes qui participent à l'oeuvre de protection de la liberté d'expression qui est un des piliers de la démocratie véritable, en outre l'exécutif saisit cette circonstance particulière pour renouveler aux travailleurs de la presse notre grand intérêt de continuer d'être à l'écoute de leurs revendications et de rechercher avec eux les moyens qui permettent d'améliorer leurs conditions de vie.» N'a-t-il pas assez des plumitifs stipendiés du journal gouvernemental L'Union pour qui il devrait surtout veiller à améliorer leurs conditions «d'écriture»?

Trêve de solennités, de discours creux alors que l'un des journalistes récemment arrêté risque de perdre un oeil à la suite des sévices endurés aux mains des subordonnés du Premier ministre, et que reste bloquée volontairement l'enquête sur l'assassinat depuis plus de deux ans du directeur de Radio Haïti Inter.