6 Juin  2002

June 6, 2002

6 Jen  2002
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28 mai 1999 - 28 mai 2002, trois années déjà se sont écoulées depuis que onze personnes ont été massacrées à Carrefour-Feuilles au cours d'une «opération policière». Michel Louis, Eddy St-Jean dit Eddy Atis, Voltaire Dieunord, Louis Jules Joseph Gilbert, Ussé Austin, Régis Murat, Louis Lionel, Charles Dieumaître, Alexandre Monfils, Dadou Jean et Wilson Papillon avaient, en effet, trouvé la mort après l'intervention d'un détachement du commissariat de Port-au-Prince, sous les ordres de l'ex-commissaire Coles Rameau, pour en principe régler un différend entre les localités de Campêche et de Dalmand, situées à Carrefour-Feuilles, dans les environs de la capitale. Faisant suite aux protestations incessantes des parents des victimes, les autorités du ministère de la Justice avaient dû constituer une commission de juges, composée d'Eddy Darang, Claudy Gassant et Jocelyne Pierre, pour mener une enquête sur la tuerie.

Le 7 juin 1999, l'ex-commissaire de Port-au-Prince, Coles Rameau, l'un des principaux suspects, avait été appréhendé par la police dominicaine à l'aéroport international de Santo Domingo et renvoyé en Haïti. Environ un an après, les juges avaient finalement rendu leur ordonnance, le 28 mai 2000, accusant Coles Rameau comme l'un des principaux auteurs du massacre avec la complicité de douze autres policiers. Les procès criminel et civil avaient eu lieu respectivement le 11 septembre 2000 et le 19 mars 2001. Quatre policiers avaient, ainsi, été condamnés par la justice.

Coles Rameau, Laura Frito, Lajeunesse Pierre Kenel et Yrvens François étaient subséquemment condamnés à verser 400 millions de gourdes aux parents des victimes en guise de dédommagement et l'État haïtien devait fournir à son tour la même somme à travers le ministère des Finances, ceci conformément au verdict au civil. Ce montant total de 800 millions de gourdes, correspondant à l'époque à plus ou moins 30 millions de dollars US était-il destiné à leurrer les victimes?, car trois ans après ces événements, elles attendent toujours d'être dédommagées, ne serait-ce que par la moitié de cette somme que devrait leur verser le gouvernement. D'autant plus que l'on ne voit pas de quelle façon les policiers incarcérés vont leur verser l'autre moitié de la somme?

Mais les parents des victimes n'ont point abandonné leurs réclamations. Au cours d'une messe de requiem à l'église Immaculée de l'hôpital de l'Université d'État d'Haïti célébrée à la mémoire de leurs proches dans la matinée du 28 mai, ils ont accusé les autorités Lavalas de ne rien faire pour leur permettre d'obtenir réparations prononcées par la justice. Mais en outre un autre obstacle «légal» se dresse sur leur chemin. En effet, selon la procédure, ils devaient payer 2% des 800 millions de gourdes à la Direction générale des impôts (DGI) pour enregistrer le dossier. Bien entendu ils n'ont point les moyens de rassembler une telle somme. Pourtant si le ministère des Finances aurait à tout hasard l'intention de leur verser les 400 millions, pourquoi ne leur avancerait-il pas ce 2 %?

Ces personnes ont incidemment fait remarquer que les policiers condamnés dans le cadre de ces événements du 28 mai 1999 n'étaient pas loin de sortir de prison, alors que jusqu'à cette date ils n'ont rien reçu en terme de dédommagement. «En tant que parent de victime, je lève ma voix contre le président Aristide qui ne fait rien face à la misère des enfants des victimes des événements survenus le 28 mai 1999», a indiqué l'une d'elles. En désespor de cause, les parents des victimes ont donc projeté d'entamer une grève de la faim devant le Palais national dans les prochains jours.

Sous la présidence de René Préval, l'État haïtien s'était engagé à couvrir les frais de scolarité des enfants des victimes et à ouvrir un compte en banque pour leur permettre de survivre. Ces promesses n'ont été honorées qu'en partie et ceci pendant seulement quelques mois. Et malgré les nombreuses rencontres effectuées avec les dirigeants Lavalas sur la question, les parents des victimes ne savent plus à quel saint se vouer.