29 Mai  2002

May 29, 2002

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10 juin: Poursuite ou fin d'une tragi-comédie?

Après le départ du secrétaire général adjoint de l'OEA, Luigi Einaudi, qui effectuait sa vingtième mission de bons offices du 12 au 14 mai, au cours de laquelle il avait décidé de la date du 10 juin prochain pour le retour des protagonistes de la «crise» post-électorale à la table des négociations, le paysage politique semble être resté «au beau fixe», si l'on peut désigner ainsi le statu quo apparent dans les démêlés entre le pouvoir Lavalas et ladite opposition. En effet, que ce soit du côté du pouvoir que de celui des partis regroupés au sein de la Convergence, chacun persiste à se renvoyer la responsabilité du «blocage» des négociations et de la lamentable situation socio-économique.

De son côté, le président Jean-Bertrand Aristide a réaffirmé que son équipe est prête à retourner à la table des négociations sous les auspices de l'OEA. Le chef de l'Etat qui s'est exprimé en marge d'une visite d'inspection d'un projet de développement à Cité Soleil, le jeudi 23 mai, faisant évidemment référence à une déclaration faite l'ambassadeur Einaudi lors du dernier séjour de celui-ci, a déclaré: «Tous les acteurs politiques ont le droit de faire du marronage; le Blanc en fait, ainsi que les Haïtiens...» a t-il indiqué. D'autre part, tout en se disant favorable à la date du 10 juin pour la reprise des négociations, il a cependant indiqué qu'il ne sera pas présent dans le pays à cette date: «Nous sommes prêt, et nous espérons que nos frères de l'opposition savent à quel point il est nécessaire de nous mettre d'accord pour que la population puisse applaudir... Ça ne veut pas dire que le 10 juin je serai physiquement dans le pays, je peut être obligé de voyager pour débloquer des fonds... Je me dépêcherai de revenir pour favoriser le début des travaux... Je me rendrai en effet à Rome à la FAO»...

De son côté, Jonas Petit, représentant national du parti Fanmi Lavalas, a rendu la Convergence responsable de la crise politique, l'accusant de faire cause commune avec la communauté internationale qui a adopté des sanctions économiques contre le régime Lavalas. «Fanmi Lavalas est prête à aller aux élections en novembre 2002 ou au début de l'année prochaine», a assuré Jonas Petit avant d'ajouter: «Fanmi Lavalas espère qu'avec toutes ces concessions, la Convergence n'aura plus aucune excuse et fera un geste de bonne volonté pour montrer au peuple haïtien qu'elle veut également travailler à son avancement.»

Par ailleurs, l'un des chefs de file de la Convergence, Micha Gaillard n'y va pas par quatre chemins pour fustiger le comportement du chef de l'Etat et a réclamé l'application de la résolution 806 de l'OEA. «Monsieur Einaudi a été très clair avec nous, il faut que la résolution 806 soit appliquée et que des mesures décisives soient prises par le gouvernement», a indiqué Gaillard. Il a d'autre part exigé des actes concrets de la part du chef de l'Etat. «Nous pensons qu'il faut qu'il y ait des choses qui se fassent par M. Aristide qui pouvent montrer qu'il est non pas un démagogue, non pas un grand parleur, mais réellement quelqu'un qui pourra poser des actes dans le que nous avons demandé, à savoir, au niveau de la justice et au niveau du désarmement» a-t-il redit. Notons qu'à ce sujet, par rapport au mémorandum en neuf points présentés par la Convergence conditionnant son retour aux négociations, l'un des points, qui réclamait notamment la mise en liberté des activistes de l'opposition, ces membres de la KID, arrêtés en février dernier pour leur implication présumée, entre autres, dans des actes de kidnappings, a été satisfait. Ils ont été relaxés le 23 mai, le juge en charge de ce dossier, Bernard St Vil, indiquant bien opportunément qu'aucune charge n'a été retenue contre eux. En dépit de ce geste de «bonne volonté» posé par les autorités Lavalas, le leader du KID, Evans Paul est resté sur ses positions, arguant que d'autres prisonniers croupissent encore au Pénitencier national et autres centres carcéraux pour des raisons politiques. Et à propos de l'échéance du 10 juin fixé par le numéro 2 de l'OEA, Evans Paul a exprimé son pessimisme quant à la bonne foi du chef de l'Etat à oeuvrer pour débloquer la «crise». «Je vous garantie que Jean Bertrand Aristide ne respectera aucun rendez-vous...» a t-il martelé. Cette attitude intraitable pourrait démontrer, soit qu'il fait le fanfaron, soit qu'il a l'oreille de l'OEA?

Par ailleurs, contradictoirement à l'injonction d'Einaudi, le chef de la mission spéciale de l'OEA, David Lee a déclaré le 21 mai qu'il revenait aux Haïtiens de faire des efforts pour le renforcement de la démocratie, car selon lui, la communauté internationale ne peut qu'apporter son aide à Haïti à ce niveau. Le nonce apostolique Mgr Luigi Bonazzi a plaidé en faveur de la reprise de l'assistance à Haïti, mais dans la mesure où les conditions sont réunies. D'autre part, le nouvel ambassadeur de l'Union européenne, Marcel Van Opstal, avait indiqué que la reprise de l'aide de l'Union européenne serait toujours liée à la conclusion d'un accord politique entre Fanmi Lavalas et La Convergence.

Quoi qu'elles fassent, les autorités Lavalas sont continuellement mises au pied du mur. Ainsi, elles sont plus que jamais contraintes, malgré le «marronnage» à signer un accord dicté par l'OEA avec «leurs confrères» de de l'alliance macouto-bourgeoise formée par la Convergence. Et si le 10 juin prochain Einaudi finirait par rapprocher «ses poulains» autour d'une entente, la situation socio-économique n'aura qu'à se détériorer davantage à l'approche du bicentenaire de notre indépendance. En compagnie des vendus de la Convergence au timon des affaires publiques, Lafanmi Lavalas pourra mieux trouver tous les prétextes possibles pour amplifier l'application du plan néolibéral à l'encontre des revendications populaires. Et dans le cas où la crise «planifiée» persiste au-delà du 10 juin, la base arrière de la République dominicaine où les macoutes se constituent en bandes armés, sera réactivée. En témoigne le récent assaut au commissariat et à l'Hôtel de ville de Belladère qui fait suite à ceux de juillet et de décembre derniers. Ces développements pourraient même, par ailleurs, provoquer le départ du régime. Ainsi, la Convergence pourra être propulsée au pouvoir avec la complicité de ses tuteurs de la communauté internationale. Tout ceci prouve que le peuple haïtien, éternelle victime des «beaux discours» des dirigeants, devra lutter ferme afin de renverser l'ordre des choses pour établir un vrai régime démocratique basé sur ses véritables revendications.