| Conformément à la résolution 806 adoptée par le Conseil permanent de l'Organisation des Etats américains (OEA) le 15 janvier 2002, et suite à l'accord signé le 1e mars suivant entre le ministre des Affaires étrangères Joseph Philippe Antonio et le secrétaire général adjoint de cette Organisation Luigi Einaudi sur la mission spéciale, qui a pour objet l'établissement du cadre juridique régissant la présence et le travail de la mission en Haïti, une commission d'enquête avait été formée et arrivait en Haïti dès le 8 avril dernier. Cette commission d'enquête a pour tâche d'investiguer «les circonstances entourant les événements suivants: une attaque armée contre le Palais national durant les premières heures de la journée du lundi 17 décembre 2001; le pillage et l'incendie du siège de partis politiques de l'opposition, des résidences privées des dirigeants de la Convergence... attaques, actes d'intimidation et menaces contre les membres de la presse», etc. Cette commission d'enquête arrivée le 8 avril avait séjourné environ deux semaines dans le pays avant d'y revenir ce lundi 13 mai.
Les événements du 17 décembre faisaient suite à une «tentative de coup d'État» dénoncée par les autorités Lavalas. Des sources officielles annonçaient que des assaillants avaient envahi l'enceinte du Palais national pour s'enfuir ensuite vers la République dominicaine. Dans la matinée du 17 décembre, des représailles avaient été enregistrées à plusieurs endroits du pays où des locaux de partis politiques de la Convergence et quelques résidences de certains de ses leaders avaient été saccagés, par des individus proches du pouvoir, d'après la Convergence.
Depuis l'arrivée de cette commission d'enquête, plusieurs consultations, tant du côté du pouvoir que de celui de la Convergence, ont été effectuées. Cependant, n'y a-t-il pas lieu de questionner les véritables motivations et la nature réelle de cette «commission d'enquête indépendante de l'OEA»?
Le leader du Parti populaire national (PPN) Ben Dupuy, au cours d'une conférence de presse le mardi 14 mai a, en effet, critiqué une fois de plus le travail de cette commission d'enquête qui, selon lui, mettrait la charrue avant les boeufs en faisant précéder le jugement par le verdict en ce qui a trait à la tâche de ces juristes internationaux qui doivent, en principe, faire le jour sur les violences survenues le 17 décembre 2001. «La commission commence à parler de dédommagements pour les victimes des événements du 17 décembre. Nous pensons qu'une enquête sérieuse devrait conduire à la source; car ce qui a provoqué ces désordres n'est autre que le fait que des individus lourdement armés en provenance de la République dominicaine aient pénétré l'enceinte du Palais national... Donc leur investigation devrait commencer en République dominicaine pour déterminer les circonstances dans lesquelles ces événement (...), notamment chercher à savoir comment se fait-il que la République dominicaine puisse permettre à ces gens lourdement armés de traverser sa frontière? D'autre part, il faut se rappeler que quelque temps avant ces événements presque tous les ténors de la Convergence avaient participé à des réunions en République dominicaine...» a précisé Ben Dupuy. Ainsi, il a indiqué avoir refusé une invitation émanant d'une certaine Mme Mulsch le conviant à participer à une rencontre prévue pour le 15 mai organisée par la commission spéciale de l'OEA qui enquête sur ces événements du 17 décembre. «Nous ne répondrons pas à cette invitation parce que nous considérons que cette mission de l'OEA est tout à fait inconstitutionnelle et illégale», a dit le secrétaire général du PPN.
D'autre part, pourquoi faut-il que l'Organisation hémisphérique intervienne toujours pour mettre de «l'ordre» chez nous? Doit-on entendre par là que seule Haïti soit confrontée à des problèmes structurels et aux virus de la corruption administrative. A ce sujet, Ben Dupuy s'est demandé pourquoi il n'y avait pas eu de mission de l'OEA à investiguer sur les fraudes enregistrées en Floride, au cours des élections présidentielles réalisées aux Etats-Unis en novembre 2000, afin de propulser George W. Bush au pouvoir? Par ailleurs, les autorités Lavalas consentent à dépenser des sommes importantes pour favoriser, afin d'avoir la bénédiction de la communauté internationale, le fonctionnement de cette mission spéciale de l'OEA qui n'a d'autre but que de peaufiner la mise sous tutelle du pays. «Le projet de budget de cette mission se chiffre, à 2 839.540 dollars US et n'inclut pas de fonds de programme pour les volets envisagés par la mission, à savoir droits de l'homme, administration de la justice, gouvernance et sécurité ou pour les activités de la commission interaméricaine des droits de l'homme. Le chef de la mission, pour sa part, aura à recevoir comme salaire annuel la somme de 96 000 dollars», c'est ce qu'on peut lire dans les textes de l'accord (annexe 5). Parallèlement, cette même Organisation des Etats américains soutient le jeu des «politicailleurs» regroupés au sein de l'alliance macouto-bourgeois de la Convergence. Quel est donc le sens de cette enquête? Sinon de mettre sous le coude la souveraineté nationale tout en ramenant Lavalas et la Convergence à la volonté de leur patron commun: les Etats-Unis, et ceci au détriment des aspirations des masses.
D'autre part, Ben Dupuy a aussi opiné sur le groupe d'«experts» de la lutte contre les stupéfiants venus des Etats-Unis, dirigé par Irvens Tosky, qui a séjourné dans le pays à l'invitation du chef de l'État et qui a rencontré ce dernier au Palais national le 30 avril dernier. «Cette invitation est une démagogie de la part du gouvernement visant à attirer les faveurs de la communauté internationale, notamment les Etats-Unis.» Tout en reconnaissant le fait que la drogue constitue un fléau mondial, le secrétaire général du PPN a toutefois rendu les pays développés responsables de ce phénomène. «Les pays développés font en sorte que toute les denrées produites par les pays sous-développés, leur permettant d'exporter et générer des revenus et des devises afin d'importer des produits manufacturés, soient dévaluées. Le café, le coton, le cacao, etc. constituent des exemples... Ainsi, les paysans se désintéressent de la culture de ces denrées... D'où dans certains pays d'Amérique latine, les paysans n'ont d'autre alternative que de cultiver des produits ayant beaucoup de valeur sur le marché: tels que la marijuana, le coca», a précisé Ben Dupuy, avant d'ajouter: «S'ils (les grands pays) veulent réellement combattre la drogue, ils doivent d'abord arrêter leur complot et permettre que le prix des denrées agricoles puissent augmenter afin que les pays puissent générer des profits». Il a aussi rappelé que les Etats-Unis, en revendiquant la lutte contre la drogue dans le monde, ont souvent allié la drogue à des fins politiques, notamment en soutenant les trafiquants de drogue comme Manuel Antonio Noriega au Panama et Michel François en Haïti: «Si les Etats-Unis ont des problèmes de drogue, qu'ils surveillent leurs frontières; ils ne peuvent pas demander à tout le monde de jouer un rôle de police pour eux. Car c'est chez eux que réside la demande», a déclaré en outre, le secrétaire général du PPN.
Cette voie empruntée par les autorités Lavalas, accompagnées de leurs frères ennemis de la Convergence sous la direction de leurs tuteurs de la «communauté internationale», ne fait que confirmer leur volonté farouche de persister dans l'application stricte du plan inhumain dit néolibéral au détriment des justes revendications du peuple haïtien.
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