15 Mai  2002

May 15, 2002

15 Me  2002
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Vol.20,No.9 Piblisite / Abonment
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A l'aube du 7 mai 2002, un des agents assurant la sécurité du sénateur du Sud-Est Prince Sonson Pierre a été grièvement atteint d'une balle dans la ville de Cayes-Jacmel. Selon les déclarations du sénateur, Robert Blémur a reçu un projectile à l'oeil pendant qu'il tentait de le couvrir pour échapper aux tirs des assaillants.

«On m'a appris que des militants Lavalas s'apprêtaient à rouvrir les portes de la mairie. Je me suis décidé à m'y rendre pour éviter d'éventuelles embrouilles. A peine arrivé, on a commencé à lancer des pierres et à ouvrir le feu en direction de ma voiture. Je me suis réfugié à l'intérieur de l'enceinte de la mairie où j'ai effectivement trouvé des militants Lavalas, et j'ai intimé l'ordre à mes agents de sécurité de ne pas tirer à hauteur d'homme, ce qu'ils ont fait. Quand l'atmosphère se fut un peu calmé, je me suis décidé rejoindre ma voiture et c'est à ce moment que Bob Blémur a été atteint par le projectile» a indiqué Prince Sonson Pierre, qui a affirmé avoir identifié ses agresseurs.

Le sénateur a en effet pointé du doigt l'organisation populaire pro-Lavalas dénommée «Face à Face» qui aurait fomenté ce complot avec la complicité d'un secteur à l'intérieur du pouvoir Lavalas. «J'ai identifié ce secteur. Tout au cours de la journée, ces gens discutaient avec moi en vue de trouver une solution négociée sur l'affaire de la mairie... Ce groupe a pour nom "Face à Face", et ils ont clairement cité, sur les ondes d'une station locale, les noms de personnes qui leur ont fourni de l'argent et des armes...», a expliqué le sénateur tout en se réservant de ne pas citer de noms, disant qu'il serait prêt à les divulguer à la justice.

Par ailleurs, l'agent de sécurité du sénateur qui se trouvait dans un état assez critique, avait été transféré le même jour à l'hôpital de l'Université d'Etat d'Haïti (HUEH) à la capitale où il a décédé deux jours plus tard. Prince Sonson a annoncé, suite à ce décès que des mesures seraient prises quant à la tenue des funérailles de son employé, affirmant, en outre, qu'il s'est déjà entretenu avec la famille du défunt à ce sujet.

La police pour sa part a une version différente, qui cependant pourrait la dispenser de mener une enquête sur les faits. En effet, le chef de la police départementale du Sud-Est Jean Neslie Elie: ... «D'après le rapport de police que nous avons, le sénateur avec des hommes armés ont tiré pour briser les scellés de la porte de la mairie, ils ont ouvert la porte et ils sont entrés; et c'est au cours de leurs tirs que l'un des membres de la sécurité du sénateur a reçu une balle...

Réagissant à ces déclarations, le sénateur Prince a rejeté l'idée selon laquelle les projectiles proviendraient seulement des armes de ses gardes de corps, indiquant que ces allégations rappelleraient les événements du 17 décembre 2001 où l'on avait accusé les autorités Lavalas d'avoir fabriqué les faits. «Le major Elie et le sénateur Fourel Célestin ont des réflexes militaires. Ils fournissent toujours des versions erronées des faits...» a ironisé Sonson Pierre.

Le président de la Chambre haute, le sénateur Fourel Célestin, s'est de son côté interrogé sur les événements en ces termes: «Quelle est cette histoire d'aller à trois heures ou quatre heures du matin briser les scellés d'une mairie fermée par autorité exécutive pour enquête et redressement... ?» En effet, mais cependant son collègue Sonson Pierre a bien expliqué les circonstances qui l'avaient amené à se rendre à la mairie à cette heure indue. A-t-il été attiré dans un piège? C'est une autre histoire et il y aura toujours matière à spéculation tant que les choses fonctionneront de cette façon, c'est-à-dire tant qu'il n'y aura pas des services de l'État responsables, où tout un chacun peut jouer le rôle d'agent de police et vice versa...

Le responsable de l'organisation «Face à Face», Duvernois Etienne, rendu responsable par le sénateur Sonson de l'attaque du 7 mai, a accusé, pour sa part, ce dernier d'être le principal responsable du climat de tension qui règne à Cayes-Jacmel, tout en appelant les autorités à agir afin d'éviter le pire. Alors que le maire de Cayes-Jacmel, Ernest Fils, a retourné les accusations sur le responsable de Face à Face qui est en même temps le juge de paix de la commune. Selon Ernest Fils, les membres de Face à Face seraient armés et puissants semant la terreur à Cayes-Jacmel.

Le Premier ministre Yvon Neptune, et son gouvernement, pour leur part ont tout simplement exprimé leurs préoccupations face à ces événements. Ils ont dénoncé et condamné la violence en général, épiloguant sur le droit... «Des instructions sont passées aux autorités compétentes pour qu'elles prennent toutes les dispositions permettant de faire la lumière sur ce cas et que justice soit rendue en conséquence» indique sans autre forme de procès la note publiée par le Premier ministre. Le député du Sud-Est, Wilner Content a exhorté les bandes rivales à trouver une entente afin que la paix puisse revenir dans cette commune, exigeant du même coup au ministère de l'Intérieur et des Collectivités territoriales d'assumer ses responsabilités afin de résoudre la crise à la mairie de Cayes-Jacmel. Il a réclamé l'arrestation et le jugement des auteurs du meurtre. Ce serait la moindre des choses!

Ces événements font suite à un conflit opposant le cartel de la mairie de Cayes-Jacmel ayant à sa tête Ernest Fils et les membres de l'organisation populaire pro-Lavalas «Face à Face» pour le contrôle de cette administration communale. Les autorités compétentes ont dû fermer les portes de cette mairie pour empêcher des affrontements. Une délégation du ministère de l'Intérieur conduite par le directeur général Bell Angelot, s'est même rendue sur place pour s'enquérir de la situation. Angelot avait promis de dresser un rapport à ses supérieurs dans l'objectif de résoudre cette crise qui dure depuis plus d'un mois.

D'accusations en contre-accusations, la situation ne fait qu'empirer à Cayes-Jacmel où les événements s'enchaînent. Sans faire abstraction de ce dernier drame, plus que d'un conflit interlavalassien, on s'aperçoit que Fanmi Lavalas en est réduit à différents groupes qui se font la guerre pour le contrôle des sources de prébendes. S'il y avait une justice cependant, il s'agirait pour elle, juste au moment où l'on dit enquêter sur l'assassinat du parlementaire des Gonaïves André Durogène, d'en profiter pour investiguer s'il existe un groupe qui en veut systématiquement à la vie du sénateur Sonson Pierre et surtout: pourquoi?