15 Mai  2002

May 15, 2002

15 Me  2002
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Qui est derrière l'attaque de Belladère?

On en a peu parlé, mais même si elle a été moins spectaculaire, l'événement survenu à Belladère dans la nuit du 30 avril dernier n'en aura pas moins montré de grandes similitudes avec les attaques respectives contre les commissariats le 28 juillet 2001 et contre le Palais national le 17 décembre dernier. Cette nuit-là en effet des individus lourdement armés ont pris pour cible le commissariat de la ville frontière de Belladère dans le Plateau Central, pour ensuite incendier les locaux de l'administration communale. Le coordinateur régional de Fanmi Lavalas, Jean Bouchette, qui se trouvait au commissariat au moment de l'attaque, a été tué tandis que les policiers auront pu prendre la fuite à l'arrivée des assaillants. Selon le porte-parole de la police nationale qui s'était rendu sur place, les bandits, qui étaient armés de fusils de calibre T-65 et de mitraillettes Uzi, ont emporté les armes trouvées sur place, soit trois fusils dont deux M-1 et un calibre 12. Dépêchés sur place des agents de la Swat Team ont procédé à plusieurs interpellations.

Le nouveau coordonnateur national de Fanmi Lavalas, Jonas Petit, a bien sûr déploré l'assassinat du responsable du parti, Jean Bouchette et exhorté les autorités judiciaires et policières à tout mettre en oeuvre en vue d'arrêter les responsables de ce meurtre. Le représentant du secrétaire général de l'OEA en Haïti, Sergio Romero Cuevas, qui a tout aussi bien condamné cette attaque, a pris sur lui de réclamer l'ouverture d'une enquête: «Je condamne, de la façon la plus énergique, cet acte de violence; et je crois que la mission de l'OEA en Haïti est d'aider la nation haïtienne à marcher sur les rails de la démocratie», avait-il indiqué.

Les autorités ont déjà procédé à l'arrestation de sept personnes dont deux des maires de la commune, Jonas Vincent, le maire principal, et Bernard Siril, son assesseur. Le commissaire de police de Belladère, Cerrant Arsène, a été aussi mis aux arrêts sur ordre du ministre de l'Intérieur et de la Direction générale de la police, selon ce qu'a annoncé le juge de paix Lozama Christophe. Le député de Belladère, Levy Joseph, de son côté, a félicité les autorités de la police et de la justice estimant que ces arrestations constituent un pas positif dans le cadre de l'enquête qui devra conduire à l'interpellation de tous les coupables. Y parviendront-ils et même ont-ils la volonté de vraiment chercher d'où peut provenir ce nouveau coup de main?

Le même scénario s'était déroulé aux dates citées plus haut. En effet, le 28 juillet 2001 des hommes lourdement armés avaient fait irruption à l'Académie de police à Frères, dans la banlieue de la capitale, où des policiers avaient trouvé la mort. Des commissariats, dont celui de Pétion-Ville, avaient aussi été attaqués et des armes et des munitions emportées. Ce que nous appelions une «répétition générale» pour cette autre attaque effectuée le 17 décembre 2001, cette fois contre le Palais national. Suite à ces attaques, les assaillants avaient pris la fuite, en direction de la République dominicaine. Nous disions que c'était une tentative d'assassinat contre le président Aristide. Ainsi la répétition de ce genre de situation aurait dû porter les autorités Lavalas à renforcer les mesures de sécurité sur la frontière haïtiano-dominicaine. Cependant, ils s'adonnent de préférence à ouvrir davantage cette frontière aux forces dominicaines en y implantant des zones franches industrielles, préférant ainsi plaire à leur patrons impérialistes qui doivent bien savoir l'origine de ce qui s'est passé à Belladère. Puisque le gouvernement haïtien loin de prendre des mesures de sécurité face à ces attaques qui sont des moyens de pression, se dépêchent plutôt de signer des accords pour les zones franches par exemple.

D'autre part, cette commission d'enquête de l'OEA se tait volontairement sur ces incursions ayant pour base arrière la République dominicaine, tandis que le représentant de l'OEA Sergio Romero étrangement réclame une «enquête» qu'il lui serait aisé pourtant de réclamer de ses collègues juristes de l'OEA qui se penchent sur les événements du 17 décembre.