La célébration de la Fête du travail et de l'agriculture, le 1er mai, a permis de mettre en relief, cette année, diverses préoccupations étroitement liées à la situation de la terre, les conditions de vie des paysans, la politique agraire et la production nationale.
Aucune activité spéciale n'avait été annoncée officiellement, sinon, la traditionnelle foire dite gastronomique organisée au Champ-de-Mars par le ministère de l'Agriculture et dont l'ouverture officielle était faite par le Premier ministre Yvon Neptune qui a dans son discours exposé le concept «métaphysique» d'«alfa-économique». «Nous avons la possibilité de produire et d'apprendre. Toute cette foule ici présente a, au moins, une mère, un père, une soeur ou un frère, un oncle qui ne sait ni lire, ni écrire. Il faut organiser avec l'Etat, il faut organiser avec le président Jean-Bertrand Aristide afin que cette grande majorité puisse avoir en main l'outil, de l'alphabétisation. C'est avec cet outil que nous pourrons créer du travail...», a déclaré Yvon Neptune le plus sérieusement du monde! À son tour le ministre de l'Agriculture, Sébastien Hilaire reprenait le flambeau pour reprendre sans aucun engagement le refrain: «... Cela fait plus de 200 ans que les petits paysans de chez nous font vivre le pays avec le bout de leurs ongles, ils font vivre l'économie du pays»...
En réalité, chaque année, c'est le même spectacle et le même discours, et ces mêmes produits sont exposés en référence à une prétendue production nationale tandis que le gouvernement applique une politique d'importation libre défavorable à l'agriculture nationale et s'apprête en outre à liquider des terres fertiles dans le nord-est du pays.
La preuve en est palpable, car à Ouanaminthe une manifestation paysanne contre l'installation des zones franches a été interdite par la police et substituée par une activité d'une délégation du pouvoir Lavalas dirigée par Yola Bastien et dont l'identité des membres n'a pas été révélée. La manifestation originale avait été convoquée par plusieurs organisations telles que Solidarité frontalière, MRA, Association des jeunes de Bilé, Batay ouvriye, Association des rebelles, Base 52 de Ouanaminthe, etc. Elle devait se tenir à Pitobert, le site choisi pour installer la zone franche. Les dirigeants des organisations pré-citées ont été surpris de recevoir une lettre de la police, sur le tard, le 30 avril, leur disant qu'ils ne pourront manifester sur le site choisi parce qu'il y aurait une autre manifestation à cet endroit précis; et qu'ils pourront choisir de manifester à une autre date.
Les autorités veulent manifestement contrecarrer les revendications des paysans qui refusent de céder des terres fertiles et arrosées, favorables à une véritable production nationale au profit de l'installation d'une zone franche dont les conséquences seraient encore plus néfastes que la construction du parc industriel que le dictateur Jean-Claude Duvalier avait installé dans la capitale et qui ne profite en rien au pays. Il est clair, selon la méthode «diviser pour régner» que le pouvoir Lavalas a donc cherché subtilement à provoquer un affrontement entre les paysans. C'est ainsi qu'un groupe de paysans, ignorant l'interdiction de manifester contre l'installation de la zone franche, ont été pris à partie par un autre groupe venu participer à une distribution de machettes par les membres d'une délégation gouvernementale.
De son côté le ministre de l'Intérieur, Jocelerme Privert, cherche à rassurer, sans convaincre qui que ce soit, contre tout doute concernant la dépossession des paysans de leurs terres. «J'ai rencontré tout le monde, je veux parler des vrais propriétaires, des vrais occupants de la zone retenue. J'ai donc tous les documents qui établissent les titres de propriété» a indiqué Jocelerme Privert. Le président de la commission Intérieur à la Chambre des députés, Francky Exius, suite à sa rencontre avec le ministre Privert a fait chorus et s'est déclaré satisfait des démarches entreprises jusque-là par le gouvernement et souhaite que ce projet puisse se réaliser en vue d'améliorer les conditions économiques. Il est donc clair que le pouvoir Lavalas met de côté toutes les revendications légitimes des masses les plus défavorisées dans l'unique intérêt de recueillir sous la table quelques miettes des multinationales pour grossir les fonds des hauts fonctionnaires du régime et plaire à l'instar de la Convergence à la «communauté internationale».
L'insouciance du pouvoir Lavalas à faire fi des revendications populaires et paysannes et son intolérance l'acheminent vers la répression systématique. Cet aspect a été nettement évident à Port-au-Prince où des individus vraisemblablement stipendiés par le pouvoir étaient venus barrer la route à des milliers de paysans de différentes régions du pays qui participaient à la marche pacifique, le 1er mai, du Parti populaire national (PPN). Les paysans qui marchaient sous le thème «PPN se altènativ pèp la» (le PPN est l'alternative du peuple) avec pancartes en mains dans lesquelles étaient inscrites des slogans en faveur de la justice, de la production nationale, d'une vraie réforme agraire et contre l'installation de la zone franche à Marie-Bahoux ont été obligés de s'arrêter avant d'atteindre la fin du parcours prévu, devant le Palais national, où des provocateurs les attendaient. Le PPN avait pourtant averti la Direction de la PNH de l'heure, du trajet de la manifestation depuis le 26 avril.
Toutefois, selon Ben Dupuy, les paysans et le PPN ont pu diffuser le message qu'ils étaient venus apporter, qui étaient est clair et annonce la mobilisation jusqu'à la victoire finale. «Je crois que le message que nous avons lancé est ferme et nous allons continuer la lutte dans les plaines, dans tous les départements du pays... Le Parti populaire national va continuer la lutte et nous savons que la victoire est à nous».