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Le projet d'établissement de zones franches tout au long de la frontière haïtiano-dominicaine,
inauguré officiellement le 8 avril dernier par les deux président de l'île, Jean-Bertrand Aristide et Hipolito Mejia, dans
la plaine de Marie-Bahoux à Ouanaminthe, continue de soulever l'indignation des paysans du nord-est qui ne veulent absolument
pas céder leurs terres au profit d'usines de sous-traitance. Ces paysans continuent de contester le fait que les autorités Lavalas
aient choisi la région la plus fertile du nord-est pour implanter ce projet. Le gouvernement Lavalas, ne tient point compte de ces
revendications, il n'avait d'ailleurs même pas daigné tenir des consultations même pour la forme. Il va au contraire de l'avant
et fonce avec zèle désormais dans l'application des programmes du plan néo-libéral à travers notamment l'installation de ces
zones franches sur la frontière prévue par le plan Hispaniola qui vise à transformer la dette externe des deux pays en investissements,
dont la République dominicaine sera la principale bénéficiaire. De fait, le projet de Marie-Bahoux émane du capitaliste dominicain
Fernando Capella, représentant du Groupe M. «Cette zone franche sera construite en territoire haïtien avec des investissements des
capitalistes dominicains», confirmait encore une fois le quotidien dominicain Hoy du mardi 9 avril 2002.
Dans l'émission «Pawòl la pale» diffusée sur les ondes de Radio Haïti Inter le samedi 20 avril, quelques paysans provenant de la vallée
de l'Artibonite et de la plaine de Marie-Bahoux, plus précisément de Pittobert, ont fustigé le comportement des autorités Lavalas en ce qui
a trait à leur mutisme face à la dégradation des installations destinées à favoriser la production agricole dans tout le pays. Ils en ont
profité aussi pour dénoncer la mise en place d'une zone franche à Marie-Bahoux.
Guillaume Josaphat, membre de l'organisation Solidarité frontalière, intervenant à l'émission, a évoqué l'absence de structures pouvant
permettre aux habitants de Marie-Bahoux de mieux cultiver le riz dans la région. «L'Etat haïtien ne sait absolument rien sur ce qui se fait
dans la plaine de Marie-Bahoux au niveau agricole... Ce n'est que grâce à quelques groupements de paysans tels le Groupement agricole se
Perengo (GAP), le Mouvement des paysans de Mereng (MPM), que nous avions pu maintenir la culture du riz à Marie-Bahoux» a précisé Josaphat.
La situation ne serait pas différente dans l'Artibonite, selon ce qu'ont affirmé Flaubert Camilus et Roger Dauphin, membres du Konbit Oganizasyon
peyizan Latibonit. Ils ont en effet évoqué les différents problèmes auxquels font face les cultivateurs dans la vallée de l'Artibonite. Ils ont
affirmé que les deux éléments essentiels pour la production agricole, en l'occurrence l'eau et les engrais, leur font réellement défaut. Selon
eux, l'ODVA qui devrait en principe gérer ce genre de difficultés n'intervient que sur la base de parti-pris. «Si vous n'avez pas un amis à
l'ODVA, vous n'aurez pas d'engrais» confiaient-ils, alors qu'initialement, l'engrais devrait être géré par les organisations paysannes. «Le problème
ne se pose pas seulement à Marie-Bahoux et dans l'Artibonite», ont-ils indiqué, car en sacrifiant la production nationale le gouvernement Lavalas
agit aux dépens de la campagne d'alphabétisation. A ce sujet, ces paysans ont indiqué que le président Aristide devrait investir plutôt dans la
jeunesse en bâtissant des écoles, comme il en avait fait la promesse le jour de son investiture. En guise de consolider les maigres infrastructures
existantes au niveau agricole, le gouvernement Lavalas les éliminent pour les remplacer par des masses de béton afin de plaire à ses patrons
impérialistes.
A ce sujet, Mme Huguette Charles, toujours de l'organisation Solidarité frontalière, a soulevé, dans son intervention, une contradiction qui existerait
entre la stratégie de l'ancien président René Préval qui faisait de la «réforme agraire» un des principaux axes de son programme et celle adoptée par
le président Aristide qui donne la priorité à l'établissement des zones franches sur la frontière. Selon elle, ces deux politiques seraient diamétralement
opposées en ceci que l'une favoriserait la production nationale et l'autre serait anti-nationale.
Par ailleurs, ces représentants des paysans de Marie-Bahoux et de Pittobert, ont indiqué que l'implantation de ces zones franches menace la souveraineté
nationale, car ce projet devrait toucher 1500 km2 du territoire national, et une fois que ces usines seront établies, leur sécurité sera assurée par
des militaires dominicains. Ainsi, une bonne partie de notre sol sera confiée à des Dominicains, qui ont d'ailleurs consciemment réclamé la région
de Marie-Bahoux.
Face à ce plan macabre soigneusement soutenu par les autorités Lavalas, les paysans se disent prêts à mourir pour défendre leurs terres et qu'en aucune
occasion ils n'entendaient les céder. «Les autorités nous promettent de nous dédommager pour ces terres. Mais à quoi peuvent bien servir
cet argent... Nous savons que la journée de travail sera rémunérée à 36 gourdes dans ces usines. Qu'est-ce que cette somme peut bien représenter
face à nos dépenses quotidiennes... Même si cette zone franche générerait 10 000 emplois, nous n'en avons pas besoin.. Tout ce que nous voulons
ce sont nos terres. S'il faut que notre sang coule pour les garder, nous le ferons», a affirmé Mme Charles.
D'autre part, les représentants des paysans de Marie-Bahoux, en ont aussi profité pour inviter tous les paysans de tout le pays à se joindre
à eux pour participer à une grande manifestation qu'ils organiseront sur la plaine de Marie-Bahoux, le 1er mai, jour de la Fête des travailleurs
et de l'agriculture, pour exprimer une fois de plus leur refus au projet des lavalassiens.
Pourtant, l'administration Lavalas semble être plus décidée que jamais à finaliser son «forfait». En effet, le ministre de l'Intérieur et
des Collectivités territoriales, Jocelerme Privert, a rencontré le mercredi 17 avril dernier 400 membres de collectivités territoriales
du département du Nord-Est au local de la délégation départementale. Le projet de l'installation des zones franches était évidemment au centre de
la réunion. Cependant, en dépit des arguments avancés par le ministre pour défendre le projet, les autorités locales n'ont pu être édifiées sur
les vraies raisons d'une telle démarche de la part du gouvernement. D'autre part, Martine Deverson au titre de ministre a.i du Commerce a été
au Sénat le même jour pour essayer de convaincre les parlementaires sur la nécessité de voter le projet de loi sur la création des zones
franches sur la frontière haïtiano-dominicaine. Bien que les débats étaient assez houleux, Martine Deverson se disait confiante qu'un consensus
allait être trouvé entre l'exécutif et le législatif. «Les secteurs public et privé ont beaucoup d'intérêts dans ces types d'infrastructures»
affirmait cyniquement la ministre Lavalas qui doit bien se douter que les gesticulations des parlementaires Lavalas comme elle ne sont
destinées qu'à l'opinion publique. De toute façon le gouvernement n'a point attendu leurs points de vue pour entreprendre ses travaux à Marie-Bahoux.
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