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«La raison du plus fort est toujours la meilleure» dit justement, à certains égards,
Lafontaine dans une fable qui pourrait bien illustrer l'emprise de l'idéologie dominante sur les pays dits du
tiers-monde. Mais qu'on ne se laisse pas engloutir par cette formule en baissant constamment la tête devant les
«géants du monde». La République de Cuba représente d'ailleurs, incontestablement, un exemple vivant de dignité
et de souveraineté, comme vient d'ailleurs de le démontrer encore une fois la réaction du président Fidel Castro
face à la servilité du président mexicain Vicente Fox et du ministre des Affaires étrangères de celui-ci Jorge
Castaneda dans les fourberies de ces deux-là au service de George W. Bush. Cuba demeure sans conteste un excellent
modèle pour les «tiers-mondistes», à court de référence. Il devient courant, par ailleurs, dans les «petits pays»
où les diplomates des «grandes écuries» se font souvent passer pour des garants de la propreté administrative et
de la démocratie, critiquant et proposant à tort et à travers, tout en blanchissant leurs propres administrations
publiques souvent teintées de corruption, pas toujours dévoilée. La récente déclaration de l'ambassadeur français
à Port-au-Prince, Yves Gaudeuil, peut bien confirmer cet état de fait qui ne peut que nuire à notre statut de
peuple indépendant.
En effet, au cours d'un déjeuner-débat organisé le jeudi 18 avril dernier par la Chambre franco-haïtienne de commerce
et d'industrie à l'hôtel Montana, l'ambassadeur Yves Gaudeuil s'est immiscé grossièrement dans les affaires du pays
en critiquant sévèrement l'administration Lavalas: «En dépit des discours réformateurs, voire révolutionnaires, les
tenants du pouvoir, presque malgré eux, retournent aux usages traditionnels. Il faut avouer que c'est tellement pratique
d'avoir une justice, une police qui ne se disputent pas; de disposer des finances publiques dont 40% des ressources
échappent au contrôle grâce au système des comptes courants des ministres et de pouvoir puiser dans les entreprises
publiques... pour se maintenir au pouvoir», a-t-il indiqué, tout en rappelant que son pays ainsi que l'Union européenne
ne décaisseront aucun fonds pour le gouvernement haïtien tant qu'un accord politique n'aura été conclu entre les
protagonistes de la crise.
Ces propos, relevant de l'ingérence, tenus par Gaudeuil sont, sans conteste, le fruit de l'inconséquence et de la
«mendicité» des autorités Lavalas qui ne se soucient guère des retombées des stratégies qu'elles adoptent dans le
cadre de la coopération avec l'étranger, notamment la France, tout en invoquant à tort et à travers la mémoire des
héros de l'Indépendance. En témoigne le branle-bas pour la commémoration du bicentenaire de l'Indépendance en 2004.
En guise de réaction à l'ingérence du diplomate français, le ministère de la Culture et de la communication a publié
un communiqué le vendredi 19 avril pour condamner les propos tenus par celui-ci. Ainsi, le gouvernement haïtien a
qualifié d'inappropriées et à connotation raciste les déclarations du diplomate. «Le gouvernement condamne
vigoureusement les propos inappropriés voire à connotation raciste que des diplomates accrédités en Haïti s'autorisent
à tenir et qui constituent une forme d'ingérence dans les affaires internes du pays en violation des normes de la
Convention de Vienne. En l'espèce, le chancelier haïtien est habilité à convoquer l'Ambassadeur de France pour
l'entretenir à ce sujet, ce, dans le souci d'aménager les conditions propices aux meilleures relations entre
les deux Etats... Le gouvernement tient à renouveler sa ferme intention de préserver les meilleurs relations
possibles avec les Etats représentés en Haïti, en dépit du comportement parfois inadéquat de certains diplomates».
Ainsi le chancelier haïtien, Philippe Antonio Joseph a annoncé que l'ambassadeur Yves Gaudeuil ferait l'objet d'une
convocation pour légèreté verbale et ingérence dans les affaires internes du pays. Toutefois, on est en droit de se
demander si ce genre de mesure n'arrive pas un peu trop tard, compte tenu des nombreuses immixtions déjà faites par
d'autres diplomates accrédités dans le pays et pour lesquelles il n'y a jamais eu de réplique de la part des autorités.
Lorsqu'on a tant réclamé l'apport des «blancs» pour trancher nos conflits, comment peut-on aujourd'hui les faire taire?
D'autre part, cette position de Yves Gaudeuil cache aussi et surtout les «intentions inavouées», de la communauté
internationale de propulser les vendus de la Convergence au timon des affaires publiques pour mieux atteindre leurs
objectifs. Car, Yves Gaudeuil disait aussi ce jour-là: «Il conviendrait sans doute de préciser la réalité importante
du phénomène que je viens de décrire, un véritable contrôle démocratique par un Parlement comportant une présence de
l'opposition pourrait assez facilement éviter...» C'est ainsi que le ministre chargé de faciliter les négociations,
Marc L. Bazin, et Micha Gaillard ont favorablement et servilement accueilli les déclarations de leur patron.
«L'ambassadeur a fait un appel pertinent, non seulement des déficiences de l'Etat dans notre pays, tel qu'il fonctionne.
Je crois que c'était très utile également de dire quel est le sens de l'Etat que la France devait voir, prévaloir
dans notre pays» a déclaré sans aucune pudeur Marc Bazin qui est pourtant ministre dans le gouvernement Lavalas.
De son côté Micha Gaillard tout aussi «sans colonne» a estimé que «c'est un droit de regard, d'un pays ami, malgré
les problèmes que nous avions eu au cours de notre histoire avec ce pays (La France). Nous en tant qu'haïtien... nous
devons comprendre les critiques sur notre gestion de la politique, notre gestion de l'économie... Ce, pour
pouvoir bien comprendre et prendre la bonne direction... Et ce qui le plus important c'est de comprendre que
le pays perd des opportunités; en terme d'investissements économiques, de ressources humaines et de
démocratisation...» C'est là l'essentiel pour Gaillard qui rêve d' «investissements».
Parallèlement, en tenant ce genre de discours sur les affaires internes d'Haïti, l'ambassadeur Yves Gaudeuil voudrait
comme sacraliser le fonctionnement de l'administration publique de son pays, donner en exemple des dirigeants français
qui nagent quotidiennement dans des scandales, en partant des affaires de fausses factures aux délits d'initiés comme
ce fut le cas du précédent ministre des Finances socialiste. Ainsi, faudra t-il rappeler à Yves Gaudeuil les trois
enquêtes qui ont mis en cause le président Jacques Chirac lui-même pour des malversations survenues antérieurement
à son entrée à l'Elysée. Car selon le journal Le Monde du lundi 16 juillet 2001, «Plus encore que dans les dossiers
relatifs au financement du RPR et aux marchés de l'office HLM de Paris, M. Chirac apparaît directement visé dans
cette nouvelle instruction. Lui-même, son épouse, sa fille Claude et plusieurs membres de leur entourage immédiat
ont bénéficié de ces voyages, dont une expertise remise au juges le 2 juillet estime le montant à 2 329 144 francs...»
(Le Monde 16 juillet 2001). Le président Jacques Chirac serait donc fortement soupçonné de financement occulte au
profit du RPR d'après les instruction d'un juge, Eric Halphen, sur les HLM de Paris. Et ce n'est que la pointe de
l'iceberg car si Chirac a pu éviter de devoir déposer devant un juge, ce n'est que grâce à un tour de passe-passe
d'un membre du Conseil constitutionnel, Roland Dumas, lui-même impliqué dans l'affaire des énormes pots-de-vin
reçus de Taiwan... On n'a jamais entendu un diplomate accrédité en France dénoncer ces pratiques de corruption.
A moins que l'ambassadeur Gaudeuil ne considère pas ces faits comme relevant de la gabegie administrative
pratiquée par l'ex-maire de la capitale française et actuel président de la République! Il devait aussi
se rappeler que son gouvernement avait soutenu la dictature des Duvalier pendant environ 40 ans avec toute
la corruption qui s'y rattachait. Et qui pis est, c'est encore chez lui, en France, que Jean-Claude Duvalier
s'est réfugié, après qu'il eut littéralement pillé les ressources du pays, emportant avec lui plus des
centaines de millions de dollars. Et ce sont encore les autorités françaises qui ont fait obstruction
aux procédures judiciaires pour tenter de récupérer une partie des sommes volées au Trésor haïtien par
Duvalier et consorts.
Le contexte dans lequel évolue les États aujourd'hui ne prête pas à l'isolement. C'est un fait indéniable. Cependant,
il ne faut pas foncer aveuglément, comme le font si bien les autorités Lavalas, dans des programmes soigneusement
façonnés par l'impérialisme. Quant un gouvernement exécute si adroitement le plan néo-libéral et obéit si docilement
aux injonctions de l'étranger, en témoignent l'établissement expresse des zones franches sur la frontière
haïtiano-dominicaine et l'accord de mise sous-tutelle signé entre Haïti et l'OEA en mars dernier, comment saurait-on
questionner le comportement d'un diplomate étranger?
À tel point qu'on est en droit de se demander si cette réaction tardive des autorités lavalassiennes ne serait pas
uniquement destinée à détourner les regards du droit d'ingérence qu'elles offrent déjà si libéralement à la communauté
internationale dans son ensemble?
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