Au moment où le président Aristide opère une vague de nominations
dans l'administration publique, le Premier ministre Yvon Neptune a tenu à présenter à la presse, le mercredi 17 avril,
le premier «bilan» de son premier mois à la tête du gouvernement. «Dès le lendemain de ma prise de fonction, j'ai
entamé des rencontres avec certaines administrations de l'Etat qui méritent un regard prioritaire de la part du
gouvernement, suivant les éléments de mon énoncé de politique générale», a lancé le Premier ministre au début de
cette conférence au cours de laquelle il allait résumer ses différentes rencontres et séances de travail avec divers
secteurs de l'appareil administratif public. Ainsi il a rencontré les dirigeants de l'EDH «de manière à mieux répondre
aux urgences de l'heure dans ce secteur et à mieux planifier les mesures et actions préventives» en rappelant
l'annonce du chef de l'Etat de l'installation d'un groupe de 10 mégawatts pour le Cap-Haïtien.
Faut-il dans ce cas penser que les mesures préventives ne seraient que ponctuelles? Sur la question de l'eau potable,
le Premier ministre a fait état des «problèmes de captage, de pompage et de distribution... des problèmes liés à l'eau
potable, tels que la déforestation, l'assèchement des sources et l'urbanisation anarchique». En outre, après plusieurs
rencontres autour de la sécurité avec le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPNH), les directeurs départementaux
et le directeur du service de la circulation automobile, le Premier ministre dit avoir constaté «une certaine amélioration
en ce qui concerne la sécurité des citoyens», tout en reconnaissant qu'un sondage est nécessaire auprès des intéressés
pour le confirmer. Selon lui «des progrès peuvent se réaliser dans le domaine d'interception des stupéfiants, dans la
mesure où les moyens mis à sa disposition soient augmentés». Le Premier ministre a aussi classé l'alphabétisation dans
«la liste des actions prioritaires» de son gouvernement.
D'un autre côté, il s'est prononcé sur la résidence «officielle» des Premiers ministres acquise par l'Etat haïtien sous
l'administration de son prédécesseurs Jean-Marie Chérestal et a déclaré que cette résidence pourra servir à toutes fins
utiles. On se rappelle que l'achat au prix de 1 700 00 dollars avait été l'un parmi d'autres scandales qui ont fait la
marque du pouvoir Lavalas.
Par ailleurs, entre nomination de nouveaux directeurs généraux dans l'administration publique et installation de nouveaux
conseils municipaux par l'exécutif pour cause de gabegie administrative, de dilapidation des fonds publics et de corruption
tant dans l'Ouest, le Nord et le Sud, le président Aristide n'a cessé, depuis sa visite le 8 avril dernier au Cap Haïtien,
de parler de «réforme» ou de «changement» dans le fonctionnement du pouvoir Lavalas. Mais le constat général permet d'arriver
à l'évidence que ces changements tant annoncés et tant souhaités par la population ne sont que superficiels à l'intérieur
d'un système corrompu qui ne peut que produire les mêmes éléments. Et parmi ces nouveaux promus, beaucoup se sont, dans
le passé, souillés dans des scandales dans la gestion des fonds publics. C'est le cas, par exemple, du nouveau directeur
général du Service maritime et de la navigation haïtienne (SEMANAH), Patrick Norzéus, qui fut député à la 45e législature
et par la suite maire de la commune de Delmas où le cartel qu'il présidait avait été dissout suite à une enquête de la
Cour supérieure des comptes qui révéla le détournement d'environ 1 000 000 de gourdes. Ce dossier passa comme une lettre
à la poste quand Norzéus menaça de dénoncer les dossiers secrets de Lavalas.
Alors que les multiples déclarations du président Aristide tendent à effacer dans la mémoire de la population le souvenir
des scandales de riz au Parlement, d'achat de maisons luxueuses à la primature et en Italie, de dilapidation des fonds
publics à la DGI - en attendant que d'autres scandales soient révélés - des révélations affluent et renforcent le doute sur
la crédibilité du pouvoir Lavalas. En effet, Pierre Raymond Divers, chanteur du groupe Phantoms, et proche du pouvoir Lavalas,
plus connu sous son nom d'artiste King Kino, se serait pour une raison ou pour une autre décidé à s'affranchir finalement
du régime Lavalas qu'il a taxé vertement de prédateur dans ses nombreuses interventions sur les ondes. «Je ne peux pas
comprendre qu'un homme qui se disait révolutionnaire et qui luttait aux côtés du peuple haïtien puisse être aujourd'hui
ce capitaliste. Toutes les recettes de l'administration publique sont partagées entre les grands du régime tels le
président, sa femme et Gladys Lauture», a clamé Divers sur les ondes de radio Galaxie. Bien que n'apportant aucun élément
de preuve à ses affirmations, il a aussi prétendu que les événements des 28 juillet et 17 décembre 2001 ne concernaient
rien d'autre qu'une affaire de drogue. En fait il aurait été plus édifiant s'il en disait plus sur ce qu'il sait
vraiment! Ces affirmations vagues sont parfois contre-productives puisqu'elles peuvent servir de prétexte aux autorités
gouvernementales pour qualifier tout autre scandale dûment documenté, telle l'affaire du «riz des sénateurs», de
«rumeur».
Dommage que le nouveau Premier ministre n'ait pas cru bon d'inclure les «affaires» dans le compte rendu de ses différentes
rencontres. C'est sans doute un trop gros morceau auquel sa «politique générale» n'avait pas prévu de s'attaquer pour ne pas
saper les bases de son régime?