24 Avril  2002

April 24, 2002

24 Avril  2002
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Vol.20,No.6 Piblisite / Abonment
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Au moment où le président Aristide opère une vague de nominations dans l'administration publique, le Premier ministre Yvon Neptune a tenu à présenter à la presse, le mercredi 17 avril, le premier «bilan» de son premier mois à la tête du gouvernement. «Dès le lendemain de ma prise de fonction, j'ai entamé des rencontres avec certaines administrations de l'Etat qui méritent un regard prioritaire de la part du gouvernement, suivant les éléments de mon énoncé de politique générale», a lancé le Premier ministre au début de cette conférence au cours de laquelle il allait résumer ses différentes rencontres et séances de travail avec divers secteurs de l'appareil administratif public. Ainsi il a rencontré les dirigeants de l'EDH «de manière à mieux répondre aux urgences de l'heure dans ce secteur et à mieux planifier les mesures et actions préventives» en rappelant l'annonce du chef de l'Etat de l'installation d'un groupe de 10 mégawatts pour le Cap-Haïtien.

Faut-il dans ce cas penser que les mesures préventives ne seraient que ponctuelles? Sur la question de l'eau potable, le Premier ministre a fait état des «problèmes de captage, de pompage et de distribution... des problèmes liés à l'eau potable, tels que la déforestation, l'assèchement des sources et l'urbanisation anarchique». En outre, après plusieurs rencontres autour de la sécurité avec le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPNH), les directeurs départementaux et le directeur du service de la circulation automobile, le Premier ministre dit avoir constaté «une certaine amélioration en ce qui concerne la sécurité des citoyens», tout en reconnaissant qu'un sondage est nécessaire auprès des intéressés pour le confirmer. Selon lui «des progrès peuvent se réaliser dans le domaine d'interception des stupéfiants, dans la mesure où les moyens mis à sa disposition soient augmentés». Le Premier ministre a aussi classé l'alphabétisation dans «la liste des actions prioritaires» de son gouvernement.

D'un autre côté, il s'est prononcé sur la résidence «officielle» des Premiers ministres acquise par l'Etat haïtien sous l'administration de son prédécesseurs Jean-Marie Chérestal et a déclaré que cette résidence pourra servir à toutes fins utiles. On se rappelle que l'achat au prix de 1 700 00 dollars avait été l'un parmi d'autres scandales qui ont fait la marque du pouvoir Lavalas.

Par ailleurs, entre nomination de nouveaux directeurs généraux dans l'administration publique et installation de nouveaux conseils municipaux par l'exécutif pour cause de gabegie administrative, de dilapidation des fonds publics et de corruption tant dans l'Ouest, le Nord et le Sud, le président Aristide n'a cessé, depuis sa visite le 8 avril dernier au Cap Haïtien, de parler de «réforme» ou de «changement» dans le fonctionnement du pouvoir Lavalas. Mais le constat général permet d'arriver à l'évidence que ces changements tant annoncés et tant souhaités par la population ne sont que superficiels à l'intérieur d'un système corrompu qui ne peut que produire les mêmes éléments. Et parmi ces nouveaux promus, beaucoup se sont, dans le passé, souillés dans des scandales dans la gestion des fonds publics. C'est le cas, par exemple, du nouveau directeur général du Service maritime et de la navigation haïtienne (SEMANAH), Patrick Norzéus, qui fut député à la 45e législature et par la suite maire de la commune de Delmas où le cartel qu'il présidait avait été dissout suite à une enquête de la Cour supérieure des comptes qui révéla le détournement d'environ 1 000 000 de gourdes. Ce dossier passa comme une lettre à la poste quand Norzéus menaça de dénoncer les dossiers secrets de Lavalas.

Alors que les multiples déclarations du président Aristide tendent à effacer dans la mémoire de la population le souvenir des scandales de riz au Parlement, d'achat de maisons luxueuses à la primature et en Italie, de dilapidation des fonds publics à la DGI - en attendant que d'autres scandales soient révélés - des révélations affluent et renforcent le doute sur la crédibilité du pouvoir Lavalas. En effet, Pierre Raymond Divers, chanteur du groupe Phantoms, et proche du pouvoir Lavalas, plus connu sous son nom d'artiste King Kino, se serait pour une raison ou pour une autre décidé à s'affranchir finalement du régime Lavalas qu'il a taxé vertement de prédateur dans ses nombreuses interventions sur les ondes. «Je ne peux pas comprendre qu'un homme qui se disait révolutionnaire et qui luttait aux côtés du peuple haïtien puisse être aujourd'hui ce capitaliste. Toutes les recettes de l'administration publique sont partagées entre les grands du régime tels le président, sa femme et Gladys Lauture», a clamé Divers sur les ondes de radio Galaxie. Bien que n'apportant aucun élément de preuve à ses affirmations, il a aussi prétendu que les événements des 28 juillet et 17 décembre 2001 ne concernaient rien d'autre qu'une affaire de drogue. En fait il aurait été plus édifiant s'il en disait plus sur ce qu'il sait vraiment! Ces affirmations vagues sont parfois contre-productives puisqu'elles peuvent servir de prétexte aux autorités gouvernementales pour qualifier tout autre scandale dûment documenté, telle l'affaire du «riz des sénateurs», de «rumeur».

Dommage que le nouveau Premier ministre n'ait pas cru bon d'inclure les «affaires» dans le compte rendu de ses différentes rencontres. C'est sans doute un trop gros morceau auquel sa «politique générale» n'avait pas prévu de s'attaquer pour ne pas saper les bases de son régime?