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Jean L. Dominique: Le sens d'une lutte
Deux ans après l'assassinat du PDG de radio Haïti Inter, le journaliste Jean Léopold Dominique et du gardien de cette station, Jean-Claude Louissaint, le 3 avril 2000, il est exaspérant de constater les détours et les faux-fuyants des autorités lavalassiennes sur ce dossier.

Mais rien ne peut arrêter ces revendications de justice, ni les messagers de cette quête qui répercutent cette clameur. Diverses manifestations et déclarations réclamant justice et continuent d'affluer. Tant en Haïti qu'au niveau international des voix s'élèvent pour contrecarrer la tendance manifeste du gouvernement à vouloir enterrer un dossier qui, à ce qu'il paraît, l'embarrasse au plus haut point. On peut fort bien se rappeler le traitement accordé au juge Claudy Gassant par ce gouvernement dans l'instruction de cette affaire. On peut tout aussi bien noter la passivité des policiers du sous-commissariat de Léogâne dans le lynchage de Panel Rénélus en détention, mains et pieds liés, enlevé du sous-commissariat le 9 novembre 2001 par un groupe de personnes, alors que le juge Gassant avait réclamé le transfert de l'inculpé à Port-au-Prince pour des raisons de sécurité.

Il convient de rappeler que Wilner Lalane arrêté le 15 juin 2000 a décédé de façon suspecte à la suite d'une opération chirurgicale très simple. Requis pour une véritable autopsie, son cadavre devait disparaître de la morgue... Cela n'a point dérangé le sommeil des autorités (Il en faudrait beaucoup plus!) On trouverait encore bien d'autres preuves établissant une véritable volonté de blocage de la part des trois pouvoirs d'Etat dans le blocage, quand on sait que la doyenne du tribunal civil de Port-au-Prince, la juge Lise Pierre-Pierre avait fait relâcher le commissaire de police de Léogâne, Michel-Ange Jean-Baptiste dont le juge Gassant avait ordonné l'arrestation et la mise en détention au Pénitencier national suite à sa deuxième audition le 13 décembre 2001. La juge Pierre-Pierre n'a eu aucun complexe par ailleurs pour claironner que «même si le président de la République renouvelle le mandat du juge Gassant, je ne lui confierai point le dossier à nouveau».

Une série de mobilisations sont lancées à travers tout le pays par des organisations paysannes tel que Kozepep ainsi que des organisations de défense des droits humains et des libertés individuelles (Eko Vwa Jean Dominique, Commission justice et paix nationale, NCHR, etc.), des institutions religieuses pour clamer une fois encore: justice pour Jean Dominique, autour du thème «si l'impunité est semée la démocratie ne pourra être récoltée» («si enpinite simen demokrasi pa ka donnen»). 

Mais il ne suffit pas de réclamer justice, il est tout aussi important que ces mobilisations commémoratives puissent porter vers l'idéal, le sens de la lutte menée par Jean Léopold Dominique en faveur des couches les plus défavorisées, surtout au niveau de la masse paysanne bafouée et oubliée.

Dans la lutte, le peuple haïtien avait trouvé en Jean Dominique un farouche défenseur qui n'hésitait pas à passer le micro pour laisser parler des paysans victimes des visées des tenants d'un système féodal au détriment de la production nationale. Malgré l'exil, il ne s'était jamais fatigué d'être le défenseur d'une réforme agraire qui devait profiter aux paysans au bénéfice de la production nationale. On sait ce qu'il est advenu de cette réforme agraire pourtant assez timide qui ne donnait point aux paysans des titres de propriétés sur les maigres parcelles qu'on leur assignait. Mais il aurait été là pour dénoncer cette situation sur les ondes qui emportaient sa voix familière aux confins du pays. 

Dans la lutte, Jean Dominique avait toujours projeté la vision d'un état de droit où triompheraient la justice et la démocratie, où l'impunité serait bannie, et surtout où des élections pourraient se tenir sans ingérence étrangère, quelle qu'en soit l'issue. À ce propos, il est d'ailleurs assez significatif aussi qu'au niveau de la Convergence elle-même, à l'instar du blocage du pouvoir, il ne se soit pas réellement manifesté d'exigences contre l'impunité des assassins de Jean Dominique. On peut essayer de comprendre l'indifférence des leaders de l'opposition à ce sujet, car Jean Dominique dénonçait justement le coup d'État électoral que l'IRI préparait en leur faveur. Et si Dominique n'était pas le seul à lancer ce cri contre l'ingérence étrangère dans les élections d'avril 2000, il n'en est pas moins vrai que sa voix portait loin et touchait bien des secteurs de la population. 

Les cris portés en tous lieux pour réclamer justice pour Jean Dominique doivent donc continuer à s'élever dans le sens de la lutte du peuple haïtien, et ce sera aussi un des moyens de maintenir vivante sa mémoire pour poursuivre la lutte contre l'impunité. Justice pour Jean Dominique est donc une question centrale du combat pour la démocratie. «Franchement, nous ne savons pas comment le dossier pourra évoluer dans les jours et mois à venir, parce que les obstacles sont énormes. Parfois nous nous demandons est-ce que nous avons mesuré le poids des commanditaires de l'assassinat du 3 avril 2000, vu les résistances sur le plan judiciaire. Mais tant que lumière ne sera pas faite, nous continuerons à lutter pour le triomphe de la vérité. Si ce n'est pas dans un tribunal du système judiciaire, nous l'obtiendrons devant le tribunal de l'opinion publique» a déclaré sa veuve, la journaliste Michèle Montas qui rejoint l'appel du Parti populaire national (PPN) «à tous les patriotes, toutes les organisations populaires progressistes, tous les intellectuels progressistes pour qu'ils se joignent à lui pour construire un front alternatif en vue de barrer la route aux forces réactionnaires»... 

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