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Actualité politique:
Nouveau cabinet ministériel:
Faire du vieux avec du neuf?

Tout s'est déroulé, jusqu'à présent, rapidement à la perfection pour la ratification d'Yvon Neptune: après avoir reçu la bénédiction, le mardi 12 mars par les deux commissions parlementaires, Chambres haute et basse, les autres étapes n'ont représenté que de simples formalités d'usage pour le numéro 2 du Parti Fanmi Lavalas. Le jeudi 14 mars, Yvon Neptune, a passé avec succès, sans surprise, son examen pour sa Déclaration de politique générale qui devra être le programme qu'aura à exécuter l'ex-président de l'Assemblée nationale qui a dû aussi démissionner de son poste de parlementaire pour occuper sa nouvelle charge à la tête du gouvernement. 

Accompagné du ministre des Affaires étrangères, du nouveau ministre de l'Education Mme Myrtho Célestin Saurel, du ministre des Haïtiens vivant à l'étranger, du nouveau ministre du Commerce Leslie Gouthier, du ministre de la Santé et enfin du ministre de la Condition féminine, Yvon Neptune a plaidé, au cours de son exposé, en faveur d'un climat d'ouverture et de dialogue... Il a insisté plus loin sur l'entente qui doit être trouvée avec l'opposition, les secteurs économiques et sociaux du pays en vue, disait-il, de promouvoir un climat de compréhension et de respect mutuel permettant d'atteindre l'unité favorable au redressement de la situation et parvenir à une transformation en profondeur de la société. Le Premier ministre a précisé, en outre, que son gouvernement mettra en application une politique réaliste adaptée aux exigences de la conjoncture et aux impératifs d'un développement économique et social durable. D'autre part, Neptune a orienté l'action de sa politique gouvernementale sur les plans fiscal, médical, agricole et diplomatique. Sur ce dernier point, il indique que la diplomatie haïtienne continuera à jouer un rôle de la manière la plus efficace que possible dans la recherche d'une solution à la crise post-électorale, vieille de deux ans. On peut dire en gros que le tout est calqué sur le Livre blanc: «Investir dans l'humain», programme de son parti Fanmi Lavalas qu'avait déjà agité avant lui son prédécesseur un an plus tôt. Rien de bien nouveau à ce niveau, d'autant plus que les propositions de ce Livre blanc, pour généreuses qu'elles soient, dépendent de trop d'impondérables, telle l'aide étrangère. 

Après avoir écouté l'exposé du Premier ministre, les députés ont entrepris une période de questions souvent assez fastidieuses puisque de l'un à l'autre ils posaient la même question pour obtenir la même réponse. Toutefois, le député du Nord, Nahum Marcellus, intervenant le premier, a touché du doigt la plaie, la brûlante question de la justice que ne pourront résoudre continuellement des déclarations sans lendemain. Le député a, en effet, fait remarquer au Premier ministre que dans son exposé le terme justice n'a pas été suffisamment développé et ce conformément aux revendications du peuple haïtien. Trêve de débats, on passait au vote et l'unanimité fut pratiquement totale. Sur 60 députés présents, 58 ont voté pour. Il n'y avait que le député du Plateau Central Max Théodore, président de la commission Infrastructure, à s'abstenir.

Yvon Neptune n'avait plus qu'à poursuivre sa marche triomphale qui le conduisait chez ses anciens confrères au Sénat. Cette fois-ci, leçon prise, il allait orner un peu plus sa politique générale du thème de la «justice». Par la suite, le scénario était identique à la chambre des députés. Les sénateurs, à l'instar des députés, se sont prononcés dans leurs interventions sur les thèmes comme: la corruption dans l'administration publique, les infrastructures, eau potable, électricité, insécurité, justice, etc. En fin de séance, le vote confirmait «l'appui incontestable» des sénateurs au nouveau chef de gouvernement. Quinze sénateurs sur seize ont voté pour la politique générale de l'ex-sénateur et, comme à la Chambre basse, une seule abstention, celle de Dany Toussaint, le premier sénateur de l'Ouest. Les carottes étaient donc cuites sans que Neptune ait eu réellement à se fouler la rate.

Le vendredi 15 mars 2002 dans la soirée, le président de la République allait achever le cérémonial au Palais national avec la cérémonie d'investiture de son nouveau Premier ministre. A cinq heures de l'après-midi tout le monde prenait déjà place dans la Salle des bustes. L'ex-Premier ministre Chérestal était lui aussi présent; le corps diplomatique au complet, des consuls et des membres d'organisations internationales, sans compter le cabinet ministériel y compris les ministres fraîchement nommés, et quelques sympathisants du pouvoir Lavalas, ainsi que quelques membres du secteur privé. De grands absents: le secteur religieux et naturellement ladite opposition.

Le président Aristide, après avoir remercié le nouveau Premier ministre d'avoir accepté d'assumer cette «responsabilité patriotique» et félicité celui-ci sans doute pour sa ratification, rapide et inévitable, pourrait-on ajouter, a prononcé le discours de circonstance, littéralement: «Excellence, monsieur le Premier ministre, je me rappelle encore ce soir là quand je vous ai vu à l'écran défendant courageusement les valeurs démocratiques et la dignité haïtienne, nous étions en exil, et aujourd'hui, chez nous, la vibration patriotique qui a donné naissance à notre amitié se transforme aujourd'hui en une symphonie où vous et moi ne pourrons que chacun, jour après jour, servir, oui, être servi, non»... Il en revenait inévitablement aux «préoccupations» de l'heure, en ces termes: «La composition de l'équipe gouvernementale reflète, croyons-nous, la volonté de laisser les portes du dialogue toujours ouverte: 1. ouvertes pour écouter tous les citoyens sans distinctions; 2. pour écouter attentivement la voix de l'opposition; 3. ouvertes pour accueillir critiques et conseils; 4. ouvertes pour aller vers ceux qui hésitent de venir à nous; 5. ouvertes pour accueillir bientôt la mission de l'OEA conformément à la résolution 806; 6. ouvertes pour exploser toutes les pistes devant conduite à la fin de cette crise» a soutenu le chef de l'Etat.» En fin de compte, c'est le même film qui va être rejoué pour la énième fois, avec constamment les yeux braqués vers la communauté internationale et des yeux doux sans arrêt et vains vers l'opposition créée par cette même communauté internationale. Comme quoi la vie de millions d'Haïtiens devrait constamment dépendre de la résolution de cette crise insoluble. Et il semble que tel est le cas puisqu'il le disait lui-même en poursuivant: « (...) Et nous avons hâte de voir enfin la fin de cette crise. Bien sûr cette politique d'ouverture, le gouvernement et moi souhaitons y arriver. Cette voie nous conduira aux élections prévues pour le mois de novembre 2002 et/ou le premier semestre 2003 (...) pour la mise en oeuvre de notre programme, la tenue de bonnes élections démocratiques s'avère nécessaire»... Il faudra attendre après la Convergence pour voir mettre en marche ce que Yvon Neptune venait de réciter la veille au Parlement? À ce compte le sort du peuple est laissée entre les mains du bon vouloir des leaders et mercenaires de la Convergence? 

Le Premier ministre de son côté, s'en venait à son tour reprendre ce qu'il disait vingt-quatre heures plus tôt au Parlement: «Les maîtres mots demeurent: ouverture et dialogue approfondi, entente souhaitable et souhaitée, participation totale. C'est cette trilogie conjoncturelle qui, jointe aux deux autres piliers de l'idéologie de Fanmi Lavalas: justice et transparence qui continue à guider notre pensée et notre action» a indiqué Neptune qu'on aimerait bien croire. 

Désormais Neptune était en charge et prêt à appareiller, semble-t-il, puisque son cabinet était déjà complet. Le lundi matin 18 mars, il était donc déjà à l'oeuvre à la Primature pour donner lui-même l'investiture à ses ministres en l'absence du chef de l'État en voyage à Fort-Liberté. La composition du nouveau gouvernement n'offre pas, il est vrai de surprise ni de grand changement, en somme un remaniement avec un peu de «sang neuf». Six ministres seulement ont dû céder la place: Guy Paul, (Culture et communication), Henry-Claude Ménard (Intérieur), Stanley Théard (Commerce et industrie), Gary Lissade (Justice), Georges Gaston Mérisier (Education) et Ernst Laraque (Travaux publics). Pour les nouveaux ministres, il s'agit de:

- Leslie Gouthier nommé au ministère du Commerce et de l'Industrie. Il a été ministre à la fin des années 80 au Conseil national de gouvernement (CNG). Il est aussi un ancien responsable de la compagnie de tabac Comme Il Faut;
- L'agronome Paul Duret nommé au ministère de la Planification et de la Coopération externe. Duret est membre de l'association des agronomes haïtiens. Entrepreneur et en principe proche du secteur coopératif; il prend la place de Marc Bazin qui n'est pas pour autant renvoyé, comme nous le verrons plus loin;

  • Harry Clinton au ministère des Travaux publics, transports et communication. Il était, avant sa nomination, directeur général du Laboratoire national des bâtiments et des travaux publics (LNBTP)
  • Jean-Baptiste Brown, nommé au ministère de la Justice.
  • Myrtho Célestin Saurel au ministère de l'Education nationale à la Jeunesse et aux Sports. Elle avait déjà occupé le même poste durant le premier mandat du président Aristide en 1991;
  • Jocelerme Privert au ministère de l'Intérieur et des Collectivités territoriales. Il a occupé précédemment successivement les postes de directeur général de la DGI et ensuite secrétaire d'état aux Finances;
  • Lilas Desquiron, nommée au ministère de la Culture. Elle a été en poste comme ministre conseiller à l'ambassade d'Haïti à Paris. Auparavant elle avait animé une émission à radio Métropole.
  • Marc L. Bazin est reconduit, mais cette fois comme ministre sans portefeuille chargé d'aménager un cadre propice aux négociations; n'en déplaise à ses anciens comparses tel Serge Gilles, Bazin est rayonnant.
  • Pour les autres, ils ont été repêchés dans le gouvernement de Chérestal:
  • Joseph Philippe Antonio reconduit au ministère des Affaires étrangères;
  • Faubert Gustave reconduit au ministère de l'Economie et des Finances
  • Leslie Voltaire reconduit au ministère des Haïtiens vivant à l'étranger;
  • Henri-Claude Voltaire reconduit au ministère de la Santé publique et de la Population;
  • Sébastien Hilaire reconduit au ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural;
  • Webster Pierre reconduit au ministère de l'Environnement;
  • Martine Deverson reconduite au ministère du Tourisme;
  • Eude St-Preux Craan reconduite au ministère du Travail et des Affaires sociales.
Au niveau des secrétariats d'État, il n'y a presque pas de changement, sauf la création du secrétariat d'Etat à la communication dirigée par Mario Dupuy, l'actuel directeur général du canard boiteux, L'Union, le quotidien gouvernemental. Herman Nau reste à la Jeunesse et aux Sports; Jean-Gérard Dubreuil à la Sécurité publique; Maryse Guiteau à l'Alphabétisation.

En définitive, si l'on se fie à la Déclaration de politique générale présenté par le nouveau Premier ministre et aux déclarations du président Aristide, ce «nouveau» cabinet devra «attendre et voir venir», faire du replâtrage sans un véritable projet commun.  

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