Haïti Progrès
Le journal qui offre une alternative
 
Actualité politique
Mission réussie pour Luigi Einaudi?

La dix-huitième mission du secrétaire général adjoint de l'Organisation des Etats américains, Luigi Einaudi, aura été l'une des plus fructueuses que le diplomate ait jamais réalisée dans le cadre de ses missions de bons offices dans le pays, si l'on s'en remet aux déclarations qu'il a faites à son départ le vendredi 1er mars dernier à l'aéroport international de Port-au-Prince. En effet, Einaudi ne s'en cachait pas et, rompant avec son mutisme lors de son arrivée deux jours plus tôt, il déclarait aux journalistes: «Je viens de signer avec le ministre des Affaires étrangères haïtien un accord entre le gouvernement de la République d'Haïti et le secrétariat général de l'Organisation des Etats américains concernant la mission spéciale de l'organisation des Etats américains pour le renforcement de la démocratie.» Un accord en dix points qui était déjà sur le tapis depuis le 15 janvier dernier et qu'Einaudi ne serait venu que finaliser avec le ministre Joseph Antonio, et au sujet duquel le représentant sur place de l'OEA, l'ambassadeur Sergio Romero Cuevas précisait qu'il n'avait rien à voir avec les huit points de la lettre de l'ex-président Bill Clinton au président Aristide.

Les buts de ce document, qui a été rendu public, sont assez vagues et paradoxalement très étendus. Einaudi ne faisait référence qu'à deux points en particulier plus spécifiques, car la plupart des autres concernent les privilèges diplomatiques dont devront jouir absolument les membres de cette mission. 

Ainsi au point 1.2, il est dit que les travaux de la mission porteront sur les domaines de la sécurité, de la justice, des droits de la personne et du développement démocratique, de la gouvernance et du renforcement institutionnel. Mais c'est surtout le 2.1, auquel Einaudi faisait référence qui montre le pouvoir dont bénéficieront ces prochains délégués de l'OEA: «Pour l'exécution du présent accord, le gouvernement d'Haïti garantit à la mission et à ses membres l'accès libre à tous les secteurs de la politique et de la société civile haïtienne, presse et partis d'opposition compris. De même que le gouvernement d'Haïti, dans le cadre des lois haïtiennes et conformément à la Charte de l'OEA, apportera à la mission et à ses membres toutes facilités pour l'exercice de leurs fonctions, y compris leur libre circulation sur tout le territoire haïtien, ainsi que le plein accès à tous les organes, organismes et entités gouvernementaux et à leurs archives et documents.» Par contre il est précisé plus loin que les dossiers de la mission sont inviolables! Le paragraphe 'b' du point 2.2 fournit d'autres indices des pouvoirs discrétionnaires dont jouiront les envoyés de l'OEA en fait: «Formuler les recommandations et fournir l'aide 

Qu'ils jugent pertinentes». Et advenant que le gouvernement haïtien ne suive pas ces «recommandations», qu'arrivera-t-il?

Cette mission va débuter ses travaux dans le pays avec trois juristes internationaux, appuyés en principe par les institutions haïtiennes. Elle aura à enquêter sur les événements survenus le 17 décembre dernier et à faire des recommandations correspondantes. L'accord prévoit aussi la formation d'une commission tripartite chargée de conseiller le gouvernement sur les questions de réparations pour les victimes des événements du 17 décembre.

D'autre part, le secrétaire général adjoint de l'OEA a mis en garde les autorités haïtiennes quant aux manquements en ce qui a trait à l'application des termes de cet accord. «Si l'on arrive à travailler bien ensemble et que les termes de l'accord sont respectés par le gouvernement, je crois que le secrétaire général, César Gaviria, pourra faire un rapport positif et qui aura une influence positive sur l'assemblée générale de l'OEA qui se réunit à la Barbade du 2 au 5 juin prochain», a prévenu Einaudi, qui tiendra ainsi constamment une épée de Damoclès sur la tête des dirigeants du régime Lavalas.

Voilà une situation qui contraste avec la logique la plus élémentaire. En effet, alors que d'un côté, l'OEA, considérée comme le «ministère des affaires coloniales des Etats-Unis» se félicite des efforts consentis par le gouvernement haïtien en faveur de la démocratie, de l'autre côté, paradoxalement, le gouvernement nord-américain renforce sa position contre l'Etat haïtien. Doit-on avoir recours, encore et toujours, à ces éternels secrets de polichinelle pour arriver à cerner le sens de ce jeu?

Le nouveau secrétaire d'Etat américain pour les Affaires hémisphériques, l'un des durs de l'extrême droite liée précédemment activement aux terroristes anti-castristes de Miami, Otto Reich, a indiqué que le gouvernement du président Bush comptait utiliser son influence et ses ressources pour porter le régime du président Aristide à réaliser des réformes sur les plans politique et économique. Le secrétaire d'Etat Colin Powell, pour sa part, qui a rejeté récemment une demande de la Caricom relative à la levée des sanctions contre Haïti, s'est dit déçu de l'évolution de la démocratie en Haïti. En fait l'«accord» conclu par Einaudi ne serait qu'une étape de plus pour étouffer le gouvernement Lavalas.

Le ministre de la Communication, Guy Paul, pour sa part, a voulu préciser, comme si quelqu'un pourrait s'aviser d'en faire le constat, que l'accord signé entre l'OEA et son gouvernement ne constitue pas une mise sous tutelle du pays par la communauté internationale! Cependant, Guy Paul se trouvait dans l'impossibilité d'indiquer la durée de cette mission technique de l'OEA qui doit séjourner dans le pays. 

A quelle sorte de mission Guy Paul voudrait-il qu'on s'attende, sinon à une mise en tutelle déguisée? D'autre part, comment un gouvernement démissionnaire peut-il engager l'Etat dans un dossier aussi important? A moins que le gouvernement Lavalas ait décidé de classer la signature de cet accord au rang des affaires courantes.

Les membres de la Convergence, de leur côté, se disent prêts à collaborer avec la mission technique de l'OEA qui aura, entre autres, à enquêter sur les événements du 17 décembre. Cependant, Gérard Pierre-Charles, dirigeant de l'OPL indique que si les résultats de l'enquête ne sont pas satisfaisants, la Convergence ne retournera pas à l table des négociations. Ainsi, la Convergence annonce déjà la couleur. Toutefois, il y a lieu de s'interroger sur cette attitude arrogante de la Convergence qui commence déjà à spéculer sur les résultats de l'enquête que devra mener la mission de l'OEA et sur la reprise prochaine éventuellement des négociations. Il est vrai que certains membres de la Convergence ne sont point rassurés non plus, concernant cette nouvelle situation qui permettra à l'OEA, désormais officiellement installée, de fignoler son plan à sa guise sans devoir manipuler et aguicher constamment les assoiffés de l'opposition.

www.haitiprogres.com - Cette Semaine/HOME*~http://www.haitiprogres.com/Archiv.htm