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Actualité politique
L'IRI peut-il raccommoder 
la Convergence?
Au début de l'année dernière, l'IRI (Institut républicain international) sous prétexte de menaces décidait de fermer son siège dans la capitale haïtienne. Les dirigeants de ce puissant lobby para-gouvernemental de Washington avaient-ils pris la décision de cesser leurs ingérences et immixtions dans les affaires haïtiennes? Point du tout, ce n'était en fait qu'une retraite apparente, garante en principe d'une éventuelle discrétion de circonstance. Il est devenu de notoriété publique en effet que c'est l'IRI qui rassemblait, grâce à un financement d'au moins trois millions de dollars, 15 partis et groupuscules hétéroclites au sein d'une Convergence Démocratique à la veille des élections générales d'avril 2000 en Haïti pour les opposer à Fanmi Lavalas en faveur de qui le peuple haïtien mettait en échec la tentative de coup d'État électoral fomenté par l'IRI. Il n'était pas dit cependant qu'il allait s'en tenir là tout en veillant à maintenir une apparente cohésion parmi les composantes éparses de sa créature, la Convergence. Tâche difficile s'il en est, sinon impossible, et les tuteurs de ce regroupement artificiel en seraient arrivés à s'interroger sur sa viabilité, alors même qu'ils voudraient forcer la note pour lui ouvrir les portes d'un pouvoir de facto

En fait toute une campagne médiatique internationale aura été lancée ces derniers jours en jonction avec toutes les autres factions conservatrices, putschistes, néo-macoutes pour faire feu de tout bois. Il nous a été rapporté par exemple que le gang macouto-bourgeois désigné contradictoirement par l'acronyme MOUN (Personne en français) aurait cru bon de présenter sur son site Web - sans aucune autorisation et de façon nettement illégale, soit dit en passant - un de nos éditoriaux où nous critiquions les agissements de certains secteurs du régime Lavalas. Nadal, le chef de ce groupe, n'aurait-il pas encore siphonné assez d'argent depuis les «70 ans que sa société opère en Haïti» pour se payer un «nègre» pour remplir les colonnes de son site avec des billevesées? 

Pour en revenir à la Convergence Démocratique en question, les choses ne seraient donc pas si reluisantes malgré tout. On n'a qu'à voir le nombre de porte-parole qui prennent la parole en son nom, et on en arrive à voir même des communiqués de cette Convergence signés par un seul de ses dirigeants «reconnus» à l'insu des autres. Et l'interview de l'ex-Premier ministre de la Dominique, Dame Eugenia Charles, rendue publique la semaine dernière (voir p. 15 dans ce numéro), en dit long sur l'opinion générale quant à la crédibilité de la Convergence.

D'autant plus que Dame Eugenia Charles ne peut être soupçonnée d'anti-impérialisme. Tout au contraire, alors qu'elle était Premier ministre de la Dominique, de 1980 à 1995, elle avait été l'un des plus farouches alliés de Washington dans les Caraïbes pour l'intervention à la Grenade en octobre 1983. Elle est même particulièrement connue pour avoir présenté la «requête», au nom des cinq membres de l'Organisation des États des Caraïbes orientales, pour l'envoi par l'ex-président Ronald Reagan de milliers de militaires nord-américains pour envahir la Grenade «pour protéger la vie de citoyens des États-Unis» -- constitués par environ 900 étudiants en médecine - suite au renversement et à l'assassinat du dirigeant progressiste Maurice Bishop.

À sa retraite de la politique dans son pays en 1995, Eugenia Charles était nommée représentante de la Caricom auprès de l'OEA avec qui elle participait à une mission conjointe en Haïti du 29 au 31 mai 2001, toujours dans le cadre des négociations entre le gouvernement haïtien et la Convergence Démocratique, un ramassis de 15 partis et groupes hétérogènes nettement discrédités depuis longtemps, qui survit seulement grâce à l'appui généreux de Washington. Déjà l'été dernier, dans le Wall Street Journal, la journaliste Mary Anastasia O'Grady citait sa déclaration disant qu'elle «trouvait que les Haïtiens étaient seulement intéressés dans quelle mesure ils pouvaient obtenir de l'aide financière de la communauté internationale. Je ne sais pas s'ils sont intéressés à trouver une solution» (WSJ 6/07/01). O'Grady se hâtait d'en conclure un peu vite que cette remarque s'adressait au président Aristide. Malheureusement pour elle, l'interview que vous lirez en page 15 montre clairement que Dame Eugenia Charles se référait plutôt aux protégés de l'IRI et d'elle-même, soit l'opposition représentée par la Convergence.

La situation serait donc assez critique pour les mercenaires de l'IRI. Et certainement, l'Institut ne reste point inactif. On a vu au début de ce mois ses ouailles Victor Benoît et Micha Gaillard du Conacom/Convergence, Evans Paul du KID/Convergence ainsi que d'autres s'amener à Washington au siège de l'IRI où le chef Georges Fauriol et son adjoint et «interprète» Stanley Lucas les attendaient. Peu de jours après, le 19 février, Fauriol était «de retour» en Haïti pour s'entretenir avec eux. La situation paraît très pressante; s'agirait-il de «refaire» un «consensus» qui n'a jamais existé comme l'explique Eugenia Charles?, ou bien les leaders de la Convergence auraient-ils manifesté des signes d'impatience dans l'attente d'un nouveau coup de main monétaire?

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