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Le kidnapping: instrument de la déstabilisation?

Alors que dans la capitale haïtienne se déroulaient les trois jours gras du carnaval, la Police nationale (PNH) n'aurait pas chômé entre-temps car, semble-t-il, elle aura obtenu du succès dans son opération pour traquer un des réseaux de kidnappings qui sévissent activement dans le pays. En effet le mercredi 13 février elle présentait une quinzaine d'individus arrêtés au cours du week-end, dont huit seraient des «militants» de l'opposition regroupée au sein de la Convergence démocratique, dont cinq de la KID et un de la bande à de Ronceray. Les responsables de la police ont évidemment suscité de farouches réactions au sein de ce secteur qui a aussitôt, sans attendre ni demander des éclaircissements, crié automatiquement à la persécution. 

Parmi les présumés bandits se trouve justement un ancien député, Jean Mandenave, membre de la direction de la KID (Konfederasyon inite demokratik) dirigée par Evans Paul qui a encore une fois déchaîné ses diatribes habituelles contre le régime Lavalas, arguant que le président Jean-Bertrand Aristide voulait gagner du temps avec des manoeuvres pour discréditer l'opposition. «Ce sont des manoeuvres du pouvoir en place et ceci ne passe pas. Lavalas sait bien ce qu'il doit faire pour résoudre le problème du pays, parce que la question de kidnapping est synonyme de Lavalas», s'est-il exclamé de but en blanc, ne donnant pour toute preuve de ses accusations que le déroulement présumé de l'opération: «La police a fabriqué une autre histoire pour frapper l'opposition (...) Nous avons repéré quatorze personnes arrêtées par la police dont huit d'entre elles sont membres de la Konvansyon inite demokratik (KID). Ces arrestations se seraient faites en trois moments différents. D'abord ils ont arrêté le vendredi 8 février 5 membres de la KID vers 4 heures de l'après-midi à bord d'une voiture aux alentours du Petit Séminaire collège St Martial, et parmi eux un membre du directoire de la KID Jean Mandenave. En suite, ils ont intercepté quatre autres militants, et ce qui étonne c'est qu'ils ont été directement conduits au Pénitencier national (...). Le samedi 9 février, ils ont enfin arrêté deux membres de la KID et un membre du RDNP avec cinq autres paisibles citoyens indépendants qui s'y trouvaient par hasard.» Une possibilité que les dirigeants de la Police n'ont d'ailleurs pas nié dans leurs explications, où leur porte-parole Jeannot François apportait des précisions qui devraient pouvoir désarmer le «simplisme» d'Evans Paul alias K-Plim: «Nous ne pouvons affirmer avec certitude que toutes les personnes arrêtées ont un lien avec le banditisme mais elles se sont trouvées en compagnie des présumés bandits recherchés ou aux alentours des lieux au moment de notre intervention (...) M. Mandenave et M. Bruno étaient avec les suspects durant l'intervention et ont été interpellés en conséquence», disait le policier. Son collègue et porte-parole de la PNH Jean Dady Siméon indiquait de son côté: «Cela n'a rien à voir avec la politique; ils ont été arrêtés comme suspects d'appartenir à un réseau de kidnappeurs.» De fait il ajoutait que «la police a identifié les numéros des plaques des véhicules de cinq des suspects qui correspondent aux plaques utilisées des véhicules utilisés dans un récent kidnapping»

De fait, Genner Morin, journaliste à la station Magic Stéréo a été d'abord libéré provisoirement puis définitivement après sa comparution devant le tribunal le lundi 18 février, de même qu'un autre prévenu. Le directeur de cette station, Wakim Exumé, malgré qu'il en eût, avait dans une certaine mesure confirmé les déclarations de la PNH en détaillant les circonstances menant à l'interpellation de Morin, en relatant: «... C'est bien le samedi 9 février qu'une unité spéciale de la police a fait son intervention dans le quartier à la ruelle Nazon, et plusieurs citoyens ont été arrêtés. Parmi eux le journaliste Genner Morin. Nous avons mené notre propre enquête, nous avons également vérifié qu'il se trouvait sur les lieux au moment de l'intervention de la police. Nous affirmons que cette arrestation est illégale et arbitraire. Les conditions de la détention du journaliste avec tous ceux qui se trouvaient dans son cachot sont inhumaines. Nous demandons la libération du journaliste.» Ce qui a été fait. 

Mais l'opposition en question n'allait pas lâcher ce morceau, comme si elle avait trouvé là bien opportunément un nouvel élément pour poursuivre sa cabale, sa «guerre de basse intensité» (voir pages centrales) pour les persécutions dont elle s'estime victime de la part du pouvoir. La Convergence reprenait donc curieusement à son compte les accusations portées précédemment par l'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran qui croyait devoir critiquer une éventuelle politisation de la PNH. Et tout aussi étrange le fait que ces événements surviennent juste avant l'arrivée de deux missions de l'OEA. En accusant le régime d'intimidation pour empêcher l'avancement du processus des négociations, Paul Denis, l'un des porte-parole de la Convergence associait malicieusement ces événements à l'arrivée prochaine dans le pays de deux missions de l'OEA et de celle du secrétaire adjoint de cette Organisation: «Voilà donc, criait-il, chaque fois qu'on essaie d'avancer il y a une mission de M. Einaudi qui doit rentrer prochainement dans le pays pour préparer l'arrivée de deux missions de l'OEA et voilà qu'on recourt encore une fois à des arrestations arbitraires et illégales.» Pourtant des dirigeants de la Convergence n'ont point cessé de clamer qu'ils ne négocieraient pas avec Fanmi Lavalas. Ce nouvel épisode ne serait point à la base d'un quelconque refus de négocier. 

À ce compte-là, faut-il croire que les membres de la Convergence auront trouvé la formule parfaite pour jouir d'une «immunité sénatoriale» totale, puisqu'ils peuvent se permettre de faire n'importe quoi, et crier au loup quand ils sont découverts, jouant gagnant à tout coup. Et en outre, il y a toujours une mission de l'OEA qui arrive à point nommé pour recueillir des plaintes fraîches sur leurs nouveaux malheurs, comme celle des deux experts de la Commission interaméricaine des droits humains qui est arrivée dans la capitale haïtienne au début de cette semaine.

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