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Actualité politique
Peut-on stopper la
«dégénérescence de Fanmi Lavalas?«Je dois vous dire une chose qui est claire; je ne sais pas si vous avez connu les années 90, si vous avez connu le mouvement Lavalas dans les années 90. Moi, j'ai vécu les années 90, je crois avoir vu un gouvernement, je crois avoir vu des gens à la tête du pays se soucier de l'intérêt de ce pays. Mais ce mouvement, à mon avis, a dégénéré, il y a plein de gens dans Lavalas qui n'ont maintenant rien à voir avec le peuple. Ces gens, ils sont au niveau de Lavalas, ils sont des lavalassiens zélés, fanatiques, fanatiques par rapport à leurs poches. Parce que grâce au mouvement ils gagnent beaucoup de sous. Voilà, je dois vous dire franchement, moi, c'est là mon inquiétude; nous devons débarrasser Lavalas de ces gens-là. Et moi je les appelle des gangsters, le mot n'est pas trop fort, puisqu'ils sont connectés avec les gangsters de la Convergence, avec les gangsters de la société civile.» Ces mots ne sont pas d'un simple «déçu» du régime Lavalas, c'est même l'un des sénateurs de première ligne de Fanmi Lavalas, Prince Sonson Pierre qui s'exprimait ainsi au sujet de son parti lors d'une assez longue entrevue sur les ondes de Radio Vision 2000 le 29 janvier dernier. Il ne nous dévoile rien, mais il a le mérite, dans sa position, de dire bien haut ce qui n'échappe plus à personne. Car la barque s'enlise de plus en plus. Mais il ne dit pas tout, ou du moins n'analyse-t-il pas les raisons qui ont mis dans cet état un mouvement qui était censé charrier les espoirs de tout un peuple.
Mais sans remonter jusqu'aux années 90, on peut trouver certains éléments propres à causer cette continuelle «dégénérescence». Allons au plus proche, prenons les élections d'avril 2000. D'abord un Parti, Fanmi Lavalas, assuré de triompher aux élections grâce à la popularité de son leader le président Aristide, et qui n'aura choisi que des individus soumis, en apparence, mais pour la plupart sans aucune conviction, sans aucun engagement envers le peuple. Ce Parti les a adoubés en quelque sorte, leur octroyant une légitimité populaire. Mais ce n'est pas tout, car c'est sans vraiment aucune contrainte et sans doute pour en faire de plus fidèles alliés «reconnaissants» que des individus traînant un dossier judiciaire, des putschistes d'avant-garde, des hommes liés à l'ancien régime d'avant 1986 sont conviés à intégrer les rangs du gouvernement à titre de ministres et autres. Concessions, aura-t-on pu croire au début, pour rassurer la «communauté internationale» quant au véritable programme du nouveau pouvoir? Ou véritable choix d'un régime qui ne comptait plus se distinguer des précédents dans ses rapports avec le peuple qui l'avait élu? On croit bien que c'est le deuxième «choix» qui aura été délibérément fait. Et de fait même le discours politique ne consistera plus désormais qu'à faire référence au peuple qu'en tant que pure abstraction.
D'ailleurs aucun signal n'est lancé pour faire comprendre aux caciques déjà adoubés qu'il y a lieu de changer d'attitude, de comportement. Loin de là, ces derniers sont déjà dans la place et un modus vivendi semble s'être établi entre eux et la direction du Parti qui est d'ailleurs devenu une hydre, qui peut tendre ses tentacules dans autant de directions qu'il y a de membres. Et le sénateur Prince Sonson le dit bien quand il affirme qu'il y en a qui sont «connectés avec des gangsters de la Convergence, de la société civile», etc.
Par ailleurs, à quoi s'occupent les dignitaires à part de rouler dans des voitures luxueuses sans aucune décence face à la misère de la population? Ils font constamment diversion quand ils voudraient faire croire qu'ils s'occupent à quelque chose. Ainsi les éternelles «négociations» ou des déclarations au sujet de celles-ci constituent leur menu favori. Il n'y a qu'à prendre au hasard l'une ou l'autre de leurs interventions. Par exemple celle que faisait le 31 janvier le représentant national de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune à Radio Haïti Inter: «Je crois au dialogue, disait-il, nous croyons en un tête-à-tête entre Haïtiens et Haïtiens. La délégation de la Caricom a répété sa compréhension propre que définitivement il faut que soeurs et frères haïtiens s'asseoient pour parler, mais de bonne foi»... Pour parler de quoi? Du partage du gâteau? «Mais de bonne foi, poursuivait-il, avec un esprit d'ouverture, avec un sens où les différents acteurs pour la construction du pays, pour renforcer les institutions, pour faire tout ce qui est nécessaire, tout ce qui est possible contre cette situation de misère qui sévit dans le pays, qui continue à se dégrader à cause du blocage au niveau des relations de coopération du gouvernement avec les organisations internationales. D'abord nous sommes ouvert pour écouter, pour comprendre.» Ouvert mais sourd? Comme on peut le remarquer le blocage de l'aide est une constante pour n'avoir d'autre projet que les «négociations». Et c'est une constante, car le 7 février, à l'usine sucrière de Darbonne, le président ne reprenait-il pas la même antienne en déclarant que «si les persécuteurs n'avaient pas bloqué l'aide internationale contre le pays, on serait déjà loin dans les travaux. Des routes auraient été construites, des écoles, des hôpitaux, des universités...» Et aux dernières nouvelles, ce mardi 12 février, Yvon Neptune vient d'intimer à ses collègues au Sénat de ne pas faire de déclarations publiques sur «une série de choses». Et c'est encore tant mieux pour la «transparence»!
Écoutons cette fois le sénateur Dany Toussaint sur les ondes de Radio Quisqueya le 21 janvier dernier qui s'exprimait au sujet de la démission du Premier ministre Chérestal: «Bon, laissez-moi féliciter le Premier ministre parce qu'il s'est montré un homme de caractère, un homme... Je ne crois pas qu'il a démissionné parce qu'il ne voulait pas répondre devant le Parlement, il a démissionné parce qu'on s'en est pris à sa dignité... C'est surtout cela qui est derrière sa démission (...) Et le prochain Premier ministre doit déjà se préparer, parce que le bâton qui bat le chien blanc, c'est le même qui battra le chien noir. C'est facile d'emmener la couleuvre à l'école, mais c'est difficile de la faire asseoir...» Comme on le voit on n'a droit qu'à de «solennelles» platitudes, des règlements de compte internes continuels, mais à aucune explication concernant les véritables motifs d'un événement ou d'un autre. Voulu ou pas, on doit malheureusement le constater, c'est le vide total, et le «petit monde» de ces messieurs devrait constituer la principale préoccupation de tous!
Et que dire de cette opposition, cette Convergence démocratique fabriquée et financée par les durs de la droite de Washington pour faire contrepoids au régime Lavalas? Presque la même chose et pire. Ils sont à l'affût en attendant qu'on leur cède la place. Ils n'interviennent point sur aucun dossier qui pourrait faire avancer des domaines tels que la justice, à moins qu'ils soient directement concernés pour gagner des points face à la communauté internationale. Encore la semaine dernière cette engeance défilait à Washington à l'invitation de l'Institut républicain international et portait ses plaintes devant l'administrateur de cette boîte ultra-réactionnaire, George Fouriol assisté de Stanley Lucas. Et Victor Benoît avait toute latitude pour faire partager ses frustrations à tout le monde sur les ondes de la Voix de l'Amérique, avec toujours un vocabulaire en retard d'une génération: «Nous sommes en présence d'un régime totalitaire, s'écriait-il. Maintenant il y a des choses, une chose qui m'a frappé, qui me rend beaucoup inquiet pour l'avenir de mon pays: c'est quand j'ai vu qu'il y a des enfants de 12 à 14 ans qui étaient armés, des enfants qui auraient dû être à l'école. Au lieu d'utiliser enfin le plus de ressources dont dispose le pays pour créer des écoles, le gouvernement achète des armes et arme les enfants. C'est un danger pour le militant de l'opposition...»
Gérard Pierre-Charles de l'OPL n'en a que pour les négociations, qui «signalait» tout récemment encore que quant à la Convergence, c'est «fondamentalement la résolution du 15 janvier de l'OEA...» qui l'intéresse.
Jamais on n'entendra de ce groupe ni dans l'autre un questionnement au sujet des mesures imposées par le FMI, jamais ils ne présenteront un programme quelconque visant à améliorer la conditions des masses démunies... Le dialogue existe en fait entre eux, sauf que pour qu'il progresse, les deux camps sont suspendus aux lèvres de l'OEA qui doit leur transmettre les ordres de Washington. Ils voudraient de concert mettre le peuple haïtien aussi dans l'attente de ce qui aura été décidé pour eux. A ce jeu-là, on ne voit pas ce que ce peuple a à espérer de leurs intrigues de cour? La Convergence et ses alliés essaient de capitaliser sur les bévues trop apparentes de Fanmi Lavalas pour fixer toute l'attention sur leur adversaire, tandis que l'attente se prolonge. Mais les patriotes ne sauraient être dupes, et partager cette fixation sur un personnage donné, perdant leur temps, et ne pas se tenir prêts pour développer une véritable alternative populaire.
Il ne peut plus être question de regénérer Fanmi Lavalas, il est noyauté et désormais le peuple est affranchi pour prendre en main sa propre destinée.
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