Haïti Progrès
Le journal qui offre une alternative
La Caricom à la rescousse de l'OEA? Le lundi 28 janvier arrivait dans la capitale une nouvelle mission de la Caricom, beaucoup plus imposante, du moins plus nombreuse que d'habitude, puisqu'elle comprenait, sous la conduite de Julian Hunt, ministre des Affaires étrangères de St Lucie, Timothée Harris, ministre des Affaires étrangères de St Kitts et Nevis, Eddie Greene, assistant-secrétaire général de la Caricom pour le développement humain, Mme Sonia Johnny, ambassadeur de St Lucie à Washington et à l'OEA, Mme Chairmaine Atkinson Jordan, coordonnatrice de la politique étrangère pour la Caricom et Mme Magloire, interprète de la délégation.
Avec toujours en toile de fond les négociations, à l'instar de l'OEA, le chef de la mission Julian Hunt estimait évidemment indispensable d'établir un climat de sécurité pour la reprise des dites négociations et il exprimait ainsi son but: «A ce propos il convient de mettre sur pied une commission internationale d'enquête dans les événements qui ont eu lieu le 17 décembre 2001. On a aussi reconnu que les structures de la démocratie en Haïti sont faibles et qu'il y a besoin de soutenir les structures, surtout celles de la justice, de la police et de la gouvernance.» Rien de bien nouveau et ce discours est littéralement le même que tient l'OEA.
La délégation s'est donc immédiatement attelée à la tâche, rencontrant le jour de son arrivée les ambassadeurs du groupe dit des pays amis. Les deux jours suivants de son séjour elle rencontrait les représentants de la Convergence et de Fanmi Lavalas. Le mercredi c'est avec le président Aristide qu'elle avait un tête-à-tête que l'on dit «courtois et cordial». On ne sait pas exactement ce qui s'est dit entre les interlocuteurs, et il ne fallait pas encore une fois s'attendre à en savoir plus en écoutant le président du Sénat et représentant national de Fanmi Lavalas qui racontait: «Nous croyons dans le dialogue, dans la négociation entre les Haïtiens eux-mêmes. La délégation de la Caricom a fait comprendre qu'il est vital pour les Haïtiens de s'entendre définitivement pour construire le pays et renforcer les institutions. Nous demeurons donc ouverts.»
Du côté de la Convergence, s'il faut en croire le chef de l'OPL Gérard Pierre-Charles, la rencontre avec la délégation de la Caricom s'était déroulée fondamentalement autour de la résolution du conseil permanent de l'OEA du 15 janvier 2002: «Cette résolution présente pour nous une très grande importance puisqu'elle reconnaît qu'il n'y a pas véritablement moyen de négocier car les conditions ne sont pas réunies. Nous avons demandé à la Caricom d'appuyer aussi cette résolution et d'aider à établir les conditions pour la reprise des négociations, il faut identifier et punir les responsables des faits du 17 décembre, dédommager les leaders de la Convergence victimes de ces faits et prendre des mesures contre les responsables dans tout autre crime politique ou de droits humains.» En résumé la Convergence ne refuse plus de négocier, sauf qu'elle a trouvé de nouvelles raisons pour ne pas négocier?
Rosny Desroches de l'Initiative de la société civile (ISC) a de son côté dit apprécier la visite de la Caricom qui, d'après lui, marque sa solidarité avec le peuple haïtien dans cette situation difficile. Cette solidarité, selon lui, doit être encore plus manifeste dans le cadre du renforcement des institutions démocratiques. On pourrait en conclure que Desroches n'aura vu dans cette visite qu'un geste de bon voisinage, sans aucune visée politique, mais ce serait le méjuger, le prendre sans doute pour un «naïf». Guyler C. Delva, secrétaire de l'Association des journalistes haïtiens dit, lui, avoir partagé son point de vue sur la situation de la presse en Haïti avec la délégation et souhaite une invitation encore plus concrète de la communauté internationale à la recherche d'une solution à la crise. Selon lui le rôle de l'international doit être beaucoup plus actif.
À la lumière de toutes ces déclarations, le départ de la délégation le jeudi 31 janvier aurait marqué la fin de cette mission de bonne volonté. Mais tel n'est pas en fait le cas, puisque les visiteurs se rendaient présenter leur rapport au sommet des chefs d'État et de gouvernement de la Caricom qui se tenait à Bélize les 3 et 4 février. Le 4 février en question devait être plutôt l'ouverture du premier sommet commun des chefs d'État et de gouvernement des pays des Caraïbes et d'Amérique centrale avec la participation justement du secrétaire général de l'OEA, César Gaviria.
La veille la délégation présentait son rapport en question pour rendre compte des retombées de son séjour en Haïti, faisant part des plaintes de la Convergence pour ses locaux détruits, de même que des dénonciations du gouvernement haïtien au sujet de l'attaque du Palais le 17 décembre dernier.
Tout cela serait bien formel, mais n'expliquerait point le rôle exact assigné ou que se serait assigné la Caricom dans le dossier haïtien. Facilitateur autonome ou simple instrument de l'OEA? Est-ce là une nouvelle stratégie de l'OEA pour mettre autant de monde de son côté que possible et augmenter d'autant la pression sur le pouvoir Lavalas? Déjà au début de cette semaine, le président Aristide, au cours de sa conférence de presse au Palais national, a relancé son appel à l'opposition pour dépasser la crise. La délégation de la Caricom aurait-elle été porteuse d'un message au chef d'État haïtien en prévision de la trente-deuxième session ordinaire de l'assemblée générale de l'OEA qui doit se tenir le 31 mars prochain?
On ne peut pas écarter non plus l'hypothèse que des dirigeants des petits États de la Caricom voudraient se donner plus de relief, se trouver une «monnaie» d'échange en servant de tête de pont à l'OEA. Parce qu'en fait de crise, elle est bien plus réelle, moins fabriquée et fomentée à Trinidad, un des membres en règle de la Caricom, et où, outre une crise politique il existe un conflit actif entre les communautés africano-trinidadiennes et indo-trinidadiennes (originaire de l'Inde) susceptiple de s'exprimer violemment à tout moment.