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L'OEA laisse l'opposition sur sa faim Suite aux manifestations vengeresses qui ont marqué le 17 décembre 2001 suite à la tentative d'assassinat contre le président Jean-Bertrand Aristide, la communauté internationale avait presque exclusivement exprimé sa vive préoccupation concernant la situation politique et des droits humains en Haïti. Ces événements dans leur ensemble s'étaient soldés par une dizaine de morts et la destruction des bureaux et des résidences privées de certains leaders de l'opposition. C'est ainsi que pressuré par le gouvernement des Etats-Unis, le conseil permanent de l'Organisation des États américains (OEA) avait organisé le 15 janvier une session spéciale sur Haïti. Certains attendaient de pied ferme cette réunion où ils croyaient que la Charte démocratique inter-américaine adoptée à Lima (Pérou) le 11 septembre 2001 allait être évoquée. D'après les provisions de cette charte, suivant les interprétations faites sur la «crise post-électorale» haïtienne, on pouvait décider de l'isolement international d'Haïti.
Pour le moment, l'OEA n'en est pas arrivée jusque-là. Après une série de considérants relatifs entre autres aux actes de violence des 28 juillet et 17 décembre 2001, à l'impasse actuelle où des négociations autour de la «crise post-électorale», et aux efforts effectués depuis tant par l'assemblée générale que par le conseil permanent de l'OEA, la résolution CP/806(1303/02) a été adoptée au terme de la réunion. On peut retenir les points suivants:
1. la condamnation des pertes en vie humaines et la destruction des biens occasionnées par les événements du 17 décembre 2001
2. l'exhortation faite au gouvernement d'Haïti, à tous les partis politiques et organisations de la société civile de condamner et à éliminer toutes les formes de violence.
3. l'appel au "gouvernement d'Haïti à poursuivre avec diligence ses efforts visant à rétablir un climat de sécurité propre à créer les conditions nécessaires à la reprise des négociations patronnées par l'OEA, à savoir: a) la réalisation d'une enquête approfondie, indépendante sur les événements liés au 17 décembre 2001 et des jours suivants; b) la poursuite de toute personne et le licenciement, le cas échéant, de tout individu dont la complicité aura été établie dans les actes de violence perpétrés le 17 décembre 2001 et les jours suivants; c) la réalisation d'une enquête approfondie sur tous les crimes politiquement motivés; d) des réparations aux organisations et individus qui ont subi des dommages comme résultat direct des actes de violence du 17 décembre 2001; e) une invitation à l'OEA pour qu'elle envoie des représentants en Haïti pour mener une enquête, évaluer la situation et aider le gouvernement et le peuple d'Haïti à renforcer leur système et leurs institutions démocratiques; f) une invitation à la Commission interaméricaine des droits de l'homme pour qu'elle effectue une visite sur le terrain en Haïti.
4. de charger le secrétaire général de l'OEA de soumettre un rapport intérimaire au conseil permanent aussitôt que possible et au plus tard le 31 mars 2002, et un rapport complet à la 32e session ordinaire de l'assemblée générale sur la mise en oeuvre de la présente résolution;
5. de demander au secrétaire de transmettre la présente résolution au secrétaire général des Nations Unies»
Après la mise en oeuvre de toutes ces demandes de l'OEA, le gouvernement haïtien pourra alors demander au secrétaire général César Gaviria d'oeuvrer conjointement avec les Etats membres à la normalisation des relations entre Haïti et la communauté internationale, notamment les institutions financières internationales comme la BID et le FMI. En d'autres termes, l'OEA maintient sa position initiale selon laquelle le déblocage de toute aide internationale à Haïti viendra seulement après que des progrès auront été réalisés vers une solution durable à la «crise née des élections du 21 mai».
En Haïti, le représentant du secrétaire général de l'OEA en Haïti, Sergio Romero Cuevas, a déclaré qu'après cette résolution l'OEA cherchait du financement pour sa prochaine mission dans le pays. Il a indiqué qu'une invitation formelle des autorités haïtiennes n'était même pas indispensable pour l'arrivée de cette mission. «Ecoutez, la résolution était approuvée par Haïti... Je crois que ce ne serait pas indispensable d'avoir une invitation. D'abord, Haïti a voté pour la résolution 1831 à San José (de Costa Rica) pour la création de la mission... et maintenant il a voté aussi la résolution 806. Alors, on n'a aucun problème», a-t-il dit. Il a ensuite repris le refrain habituel, à savoir que la création d'«un climat de confiance» suite aux événements du 17 décembre 2001 est une condition sine qua non à la reprise des négociations autour de la «crise post-électorale». Et en ce sens, il se retrouve assez proche de la position de la Convergence qui prétend que c'est le président Aristide qui a mis fin aux négociations le 17 décembre 2001.
Le gouvernement haïtien et le parti au pouvoir Fanmi Lavalas ne semblent pas importunés par cette nouvelle résolution 806 de l'OEA. Le porte-parole de ce parti, Jonas Petit, a indiqué que la résolution a repris plusieurs positions déjà exprimées par son organisation, sans préciser lesquelles. «L'encadrement qu'une série d'institutions essaient de donner aux Haïtiens dans un conflit qu'ils ont, nous voyons que la résolution en grande partie a repris un ensemble d'éléments que nous avions déjà. Donc, nous souhaitons que nous continuerons avec les discussions et que nous parviendrons à une solution très bientôt», a déclaré Jonas Petit qui estime qu'on ne devrait pas se faire d'illusion sur la lenteur du processus d'implantation de la démocratie en Haïti. Quant à l'opposition, elle a joué le jeu, montrant sa déception face à une résolution dont elle avait espéré et annoncé qu'elle allait sanctionner sévèrement le régime Lavalas pour «son brigandage du 17 décembre», suivant les mots mêmes de Gérard Pierre-Charles de l'OPL/Convergence. Ils se seraient donc attendus, suivant les apparences, à un isolement immédiat du pouvoir, «conformément à l'article 21 de la Charte démocratique interaméricaine». Cette section s'applique «quand des situations surgissent dans un Etat membre qui puissent affecter le développement du processus institutionnel politique démocratique ou l'exercice légitime du pouvoir». «Nous autres de l'opposition démocratique haïtienne, nous sentons qu'il y a une nécessité pour que la communauté internationale prenne une décision claire et nette.
Cette affaire de jouer sur deux tableaux, c'est une chose qui n'aide pas à l'avancement, au renforcement du processus de négociations. Il faut une condamnation claire de ce qui s'est passé le 17 décembre de l'année 2001», a lancé le porte-parole de l'OPL/Convergence Paul Denis qui a poursuivi: «L'objectif toujours affiché de l'OEA, c'est qu'elle sert de facilitateur. Jusqu'à cette date l'OEA est un facilitateur. Il n'y aura pas de résolution de la crise si les parties haïtiennes ne s'entendent pas sur la façon de s'en sortir. L'OEA peut aider, mais l'OEA ne peut remplacer les parties et trouver une solution à leur place. En ce qui nous concerne, nous considérons que depuis le 17 décembre que Lavalas et M. Jean-Bertrand Aristide ont assassiné les négociations, les ont enterrées. Je ne sais pas peut-être avec la toute-puissance de l'OEA, on peut ressusciter le processus de négociations, mais pour nous autres il est mort et enterré.» C'est certainement une façon pour Denis et sa clique de faire de la surenchère, puisque sans le «ministère des Affaires coloniales de Washington», ainsi que l'OEA est officieusement désignée, ils savent très bien ne disposer d'aucun autre atout ni d'aucune représentativité. Un de leurs alliés, le vice-président de la Conférence épiscopale d'Haïti, Mgr Guire Poulard est pour sa part allé plus loin et a dénoncé ce qu'il appelle la mise en scène de l'OEA. «Je savais que rien n'en sortirait. Je crois que l'OEA a perdu la face. L'OEA n'est pas compétente pour régler le problème d'Haïti. D'ailleurs, ce n'est aucune organisation internationale qui réglera rien pour nous; nous sommes les premiers acteurs», a-t-il déclaré assez confusément pour exprimer toute l'impatience de la Convergence.
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